Les vampires sur grand écran

17/06/09 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , ,

Depuis les années 20, il hante les salles obscures du monde entier. Petite sélection de films où le vampire tient le haut de l’affiche.
Les vampires ont inspiré au cinéma un nombre incalculable de films. De la plus pure tradition (gousses d’ail, crucifix, pieu et tout le tralala) à un modernisme de bon aloi (rock and roll, sorties diurnes et fringues en cuir), le non-mort aux dents aiguisées n’en finit plus d’attirer les foules dans les salles obscures.
A Envrak, on ne fait décidément rien comme tout le monde : là où on attend une anthologie troussée de bobines cultes, ultra-célèbres, ou – n’ayons pas peur des mots – légendaires, on découvre avec bonheur et petits frissons de curiosité, quelques œuvres beaucoup moins connues. Laissons donc de côté l’expressionnisme terrifiant du Nosferatu de Murnau, l’esthétique baroque du Dracula de Coppola, le romantisme effréné d’Entretien avec un vampire, la classe infinie de Christopher Lee chez la Hammer, les illustres caprices d’un Bela Lugosi, les canines sexy de Salma Hayek dans Une nuit en enfer, les envolées bourrines de Blade ou encore le mythique Bal des vampires.
Réfléchissez-y donc à deux fois avant de prendre votre ticket pour Twilight 2, et laissez-vous plutôt tenter par ces pépites :

Les prédateurs (The hunger) : le casting du siècle

On n’est pas les derniers ici à dire du mal de Tony Scott, “faiseur” hollywoodien photocopiant souvent ses propres films et dont le talent est sans commune mesure avec celui de son frangin Ridley. On se calme : Tony Scott a réalisé Les prédateurs, et relève a posteriori le niveau de sa filmographie. En 1983, Deneuve dit oui à Bowie. Les deux stars permettent à Scott de pouvoir financer – très confortablement – ce premier film. Une affiche étonnante pour un long-métrage qui ne l’est pas moins : Miriam (Catherine Deneuve), est née il y a 4000 ans en Egypte. Elle vit à New-York avec son compagnon, John (David Bowie), à qui elle a transmis son immortalité 300 ans auparavant. Ce dernier est soudainement frappé d’un mal étrange qui le fait vieillir. Pour l’aider, Miriam fait appel à Sarah (Susan Sarandon), une doctoresse dont les charmes ne la laissent pas insensible. Peu à peu, elle se désintéresse de John et désigne Sarah comme sa prochaine compagne dans l’éternité. Vous avez bien lu : une vampire bisexuelle, s’adonnant avec délectation aux amours saphiques au détour de quelques scènes croustillantes qui valurent au film de sérieux problèmes avec la censure américaine. Outre le parfum de scandale qui flotte autour de ces prédateurs, le film rappelle à chaque plan que Tony Scott est un fils de pub. Agaçant parfois, mais au final, l’esthétique particulière des images confère à l’ensemble une atmosphère troublante et sexy.

Catherine Deneuve a une rage de dents.

Nosferatu : Herzog succède à Murnau

Sur grand écran, le non-mort originel, c’est lui : Nosferatu, campé par l’inquiétant Max Schreck et réalisé en 1922 avec une maestria inégalée par Friederich Wilhelm Murnau, l’un des chantres de l’expressionnisme. Pour le réalisateur Werner Herzog, Nosferatu est l’œuvre la plus importante du cinéma allemand. En 1979, il décide d’en livrer sa propre vision, apportant au récit une modernité rafraichissante. Toujours inspiré du roman de Bram Stoker, Dracula, ce nouveau Nosferatu, incarné par un Klaus Kinski terrifiant, permet à Herzog de réhabiliter le personnage du vampire, ici vulnérable et mélancolique, explicitement bisexuel (Jonathan Harker ne le laisse pas indifférent). En effectuant cette relecture de l’un des films les plus marquants de l’histoire du cinéma, Werner Herzog sait qu’il y a une place à prendre entre expressionnisme et cinéma contemporain. Il a vu juste.

Isabelle Adjani dans les griffes de Klaus Kinski.

L’ombre du vampire : un acteur aux dents longues

On retrouve ici Nosferatu, mais dans une habile mise en abyme concoctée par le peu connu Elias Merhige en 2000. Son postulat de départ relève du pur génie : Murnau s’apprête à réaliser un film adapté du Dracula de Stocker, et confie le rôle principal à Max Schreck. Sur le plateau, les évènements inquiétants se multiplient, les techniciens disparaissent, certains se font mordre par la star du film… Et si Max Schreck était un vrai vampire ? L’acteur était réputé dans les années 20 pour entrer dans la peau de ses personnages avec un professionnalisme à toute épreuve. Mais à quel point ? En troussant ce scénario hyper futé, Merhige trouve ici un espace de réflexion autour du pouvoir de l’image et de sa capacité à atténuer la frontière entre réalité et fantasme, et invente un nouveau monstre : le réalisateur fou. Car ici, Murnau est plus dangereux que Schreck, à qui il a promis des avantages en nature (l’actrice principale en paiera les frais). Un exercice de style, également, avec une lumière saisissante et quelques plans savamment calqués sur les images originales. Avec, en outre, deux acteurs exceptionnels, Willem Dafoe dans la peau de Schreck, et John Malkovitch dans celle de Murnau.
Passé inaperçu à sa sortie, L’ombre du vampire doit impérativement être redécouvert.

John Malkovitch et Willem Dafoe : le plus monstrueux des deux n’est pas celui qu’on croit…

Innocent blood : un vampire dans la mafia

John Landis n’est pas un tâcheron, et a eu maintes fois l’occasion de le prouver, via des productions aussi variées que The blues brothers, Hamburger film sandwich ou encore le cultissime Loup garou de Londres. Dix ans après les lycanthropes, ce sont les vampires qui s’attirent les faveurs du réalisateur. Ce dernier choisit de donner à la créature mythique les traits d’une jeune femme, Marie (Anne Parillaud), qui se nourrit exclusivement de malfrats, gangsters et autres méchants bonshommes – une sorte de Dexter avant l’heure, version féminine. Mais une nuit, l’une de ses victimes parvient à s’enfuir. Problème : la victime en question est une vraie raclure, et se transforme en vampire. Marie se lance à sa poursuite, aidée par un flic mignon. Si le film est blindé de défauts – les mafieux caricaturaux, notamment, sont vite insupportables – on peut apprécier le soin apporté à la caractérisation du personnage central, en manque permanent de sang mais, surtout, d’amour. Un peu de romantisme ne faisant jamais de mal, on conseille le film, vite vu vite oublié, mais fort sympathique.

Anne Parillaud : le regard qui tue.

The addiction : vampirisme intello

Bad lieutenant, King of New York, Body snatchers… La simple évocation de ces films fait ressurgir en mémoire une flopée d’images malsaines, jusqu’auboutistes, perturbantes : une nonne victime d’une tournante, un flic à poil qui insulte Jésus dans une église… Abel Ferrara, c’est ça : du cinéma brut de décoffrage, violent, et cérébral. Alors quand en 1996 le réalisateur annonce qu’il prépare un film de vampire, on peut s’attendre à tout. Sauf à ça : du noir et blanc rugueux, un pessimisme latent, un bildungsroman philosophique – Nietzche et Heidegger y sont abondamment cités – où les personnages apparaissent comme des allégories de toutes les addictions humaines. Ambitieux dans le fond, déroutant dans la forme – The addiction ne ressemble à rien, sinon au chef d’oeuvre qu’il est. L’occasion pour Ferrara de dépeindre une fois de plus New-York comme une ville tentaculaire, inquiétante, hostile, et d’y faire déambuler Lily Tomlin, mordue et contaminée par une inconnue, luttant contre son addiction pour le sang humain.

Lily Tomlin, lost in New York.

La sagesse des crocodiles : la beauté du diable

En 2000, peu après la sortie du film de Ferrara, le réalisateur Po-Chih Leong propose une nouvelle variation, passionnante, du mythe du vampire. Dans La sagesse des crocodiles, Jude Law incarne Steven, un séducteur invétéré obligé de s’abreuver du sang de ses conquêtes pour ne pas mourir. S’il saigne ses victimes sans regret, il semble constamment rechercher leur amour. Il pense le trouver enfin en la personne d’Anne. Dépassé par la nature exceptionnelle des sentiments qu’il éprouve pour elle, Steven ne peut se résoudre à la tuer. Et s’expose ainsi lui-même à une mort certaine. C’est ce dilemme qui donne à La sagesse des crocodiles une aura particulière, tenant à la fois du drame existentiel et du thriller (un détective se lance aux trousses de Steven, persuadé que le jeune homme est un dangereux tueur). La photographie à la fois sobre et léchée, des effets spéciaux discrets et efficaces et un apport original au mythe achèvent de rendre indispensable ce long-métrage aux élans poétiques fascinants.

Normalement, on rêve toutes de se faire mordre par Jude Law. Là non.

30 jours de nuit : il est mort, le soleil

C’est bien connu : les vampires ne sortent que la nuit. Dans la petite ville de Barrow, en Alaska, les habitants s’apprêtent à passer comme chaque année, un mois sans soleil. On vous laisse deviner la suite…
Avec 30 jours de nuit (2008), le réalisateur David Slade frappe très fort, convoquant dans ses plans l’un des cinéastes les plus importants de la veine fantastique, John Carpenter. Entre Assaut et The thing, le film fait découvrir aux spectateurs des vampires new age, affamés, cruels, violents, indestructibles (en l’absence de soleil, ils ne craignent que la décapitation…) Face à eux, une poignée de civils terrorisés, qui vont devoir survivre jusqu’à l’aube. Pas évident, quand on sait que l’aube en question ne sera pas là avant une bonne trentaine de jours. A moins d’être pointilleux sur la fidélité à l’œuvre originale (une bande dessinée à succès de Niles et Templesmith), on ne peut qu’être emballé par l’ambiance et l’esthétique de ce long-métrage éprouvant (attendez-vous à bondir de vos fauteuils), bénéficiant d’une gestion hallucinante de la lumière et d’un maquillage… très efficace.

Des vampires new age vraiment terrorisants.

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1 commentaire

    Anais  | 01/07/09 à 0 h 19 min

  • Merci pour ces conseils avisés

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