Les yeux ouverts : filmer la fin de vie

07/03/11 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags :

“L’émotion est là. Il est impossible de la forcer. Elle surgit ainsi, tranchante et douce. Parfois, inattendue, parfois absente alors qu’on la croit inéluctable”. L’émotion est là, explique donc Frédéric Chaudier, réalisateur du documentaire Les yeux ouverts, et c’est bien là que réside la limite du film, évoquant les soins palliatifs sans vraiment en donner de définition. Dés les premières images, filmées entre les murs de la maison médicale Jeanne Garnier à Paris, il faut donc s’en tenir à cet échange entre une soignante et sa patiente, dame âgée pour qui “les soins palliatifs, c’est la fin des haricots !”. Finalement, ainsi dénuée de ses attributs techniques et médicaux, cette définition suffit à comprendre ce que vivent les malades à l’écran. La fin des haricots, peut-être, mais dans un établissement où la douleur physique et la souffrance psychologique sont prises en compte, loin des murs tristes des hôpitaux. Ici à Jeanne Garnier, on accompagne les malades jusqu’à la mort, avec tendresse.

Après le décès de son père, Frédéric Chaudier est revenu dans l’établissement, pour filmer les liens particuliers qui se tissent entre soignants et patients, des gestes affectueux en gros plan et des regards qui en disent long. “J’ai voulu faire un film qui parle le plus simplement possible d’une chose qu’on n’a pas l’habitude d’aborder facilement, sinon dans des fictions. Ici, les personnes qui meurent à l’image ne se relèvent pas en fin de prise… Les gens que j’ai rencontrés là bas savaient très bien qu’ils ne verraient jamais ce film” témoigne le réalisateur, lequel apparaît à l’écran sous les traits d’un personnage animé qui parviendra à sortir de son gouffre pour atteindre les étoiles : “Je ne voulais pas que le film soit un autoportrait. Ce petit personnage qui déambule et voyage à la recherche de son père m’a permis d’insuffler de la poésie, de la candeur”. Pour autant, Frédéric Chaudier a voulu éviter tout pathos, même si son vécu rejaillit par moments, laissant l’émotif prendre le pas sur l’informatif. Difficile dans ces conditions, de trouver des réponses à certaines questions, le réalisateur insistant d’ailleurs “je ne suis pas médecin. J’ai tenu à apporter ma subjectivité, à faire découvrir un lieu en parlant de l’humain et pas forcément de soins palliatifs”. Un parti pris qui pourra en déranger certains, mais qui séduira ceux pour qui les documentaires n’ont pas nécessairement une vocation informative. A la sincérité et à l’humanité de ces yeux ouverts, on pourra toutefois préférer les personnages imaginés par Jean-Pierre Améris dans C’est la vie (2007), avec Jacques Dutronc et Sandrine Bonnaire. Presque paradoxalement, ceux qui n’ont jamais entendu parler d’unités de soins palliatifs en apprendront davantage sur le sujet dans ce film de fiction que dans le documentaire de Frédéric Chaudier.
En DVD le 9 mars. Bonus :
– Bénévolat : la place de la société civile dans les centres de soin : Acte I (11′), Acte II (8′)
– Réflexion croisée entre le docteur Régis Aubry et le député Jean Léonetti (14′).
– Micros trottoirs de sortie salle (2′)
– Entretien avec Frédéric Chaudier (22′)

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