Lincoln de Steven Spielberg

30/01/13 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : ,

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Lincoln. L’abolition de l’esclavage. Film-titre, titre-pitch et film-titre-pitch (tout est dans le titre), le dernier bébé de Spielberg ne dévie pas d’un iota de son programme : un Homme, une Œuvre, figé dans un livre d’histoire joliment illustré sur papier glacé – sur 2h30 quand même…

La moitié du temps, Day-Lewis alias “Abe” le patriarche, est saisi une tasse de café à la main en train de raconter une histoire (et Abe raconte beaucoup d’histoires qu’on lui a racontées, manière de dire qu’il n’oublie jamais personne, de montrer son amour intrinsèque de son prochain) ou devant une fenêtre, avec un contre jour qui lui découpe une aura, ou bien le menton pointé sur la poitrine, solennel. C’est un patriarche/père fondateur aux joues rebondies, le cœur aussi pur que Sangoku, sanctifié dès les 5 premières minutes (sur scène, face à des soldats déjà percés de Sa Légende). Assez étonnement, dans le rôle évident du chasseur d’Oscars, l’acteur est d’une discrétion et d’une justesse imparables. Or le personnage, à la fois pilier et liant du film, ne sort jamais vraiment de cette esquisse Rockwelienne : ou bien trop lisse, ou bien du manque de courage de Spielberg de monter un vrai sujet de cinéma, et non un carnet d’illustrations. Ou bien parce que c’était effectivement un saint… avec l’histoire américaine, on ne sait jamais.

LINCOLN DAY LEWIS

Car le reste reste du film n’est que périphérie et logorrhée, à nous faire honte de notre anglais sous-titré (et de nos peu de souvenirs de cours de civilisation américaine à la fac), à côté desquelles le Social Network de Fincher passe pour une balade reposante. Il y a des républicains favorables à l’abolition et d’autres non, idem du côté des démocrates, mais certains peuvent être achetés, ou convaincus, pour peu qu’on leur parle poliment. Difficile de savoir qui est qui, qui veut quoi, tant rien ne dépasse : certains personnages retournent leur veste le temps de deux scènes et d’un sermon d’Abe venu leur apporter la bonne lumière en personne. Peut-être échaudé par l’échec de son Amistad (sujet et contextes proches) Spielberg a voulu garder l’exacte distance d’avec son sujet, au risque de coller à l’abscons et de ne jamais décoller de la fascination pour son personnage. Rouleau compresseur de l’histoire, Abe aplanit toute aspérité – et tout plaisir de cinéma – sous son verbe et son bouc emplis de sagesse.

lincoln-affCertes, à un moment, l’aura se dissipe (Lincoln en a fait voir des vertes et des pas mûres à sa compagne). Certes, le réalisateur en profite pour caser au passage ses obsessions sur la cellule familiale américaine (Lincoln a des soucis avec son aîné qui veut s’engager dans l’armée pour montrer qu’il est pas un fifils à papa. Remember La guerre des mondes), et distille un semblant de réflexion sur l’exercice du pouvoir et la construction d’une nation : on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs, un peu de corruption ne peut pas faire de mal si l’idéal est juste, et, notre préféré, e pluribus unum ou, traduit approximativement du latin : “l’unité, c’est de la balle”. On sera en droit de trouver tout cela vaseux, pour ne pas dire fortuit, avec cette impression (bien avant le générique de fin), d’avoir assisté à un long, très long cours d’histoire magistral, plaisant à entendre mais dont on se sentirait exclu pour cause de grippe les trois leçons précédentes.

Lincoln, de Steven Spielberg, en salle le 30 janvier 2013.

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