“Lou! Journal Infime”, de Julien Neel : De la case à l’écran

09/10/14 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : , ,

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Lou est une jeune fille créative et rêveuse d’une douzaine d’années. Elle vit seule avec sa mère, Emma, qui a mis de côté sa vie de femme ces dernières années pour se consacrer à l’épanouissement de sa fille. Leur cocon confortable cache malgré tout quelques failles : Emma stagne et glisse doucement vers la mélancolie alors que Lou est obnubilée par Tristan son petit voisin, délaissant sa bande de copains… Leur bulle éclate alors qu’Emma entame une renaissance amoureuse et qu’un premier baiser fait rentrer Lou dans les années enivrantes de l’adolescence.

On aurait aimé dire beaucoup de bien du premier film de Julien Neel, adapté de son phénomène de bédéries, “Lou!” Le dessinateur aixois est un peu notre parrain, celui qui, il y a quelques années, a accepté de consteller notre site violet de dizaines de mini-illustrations aussi mignonnes que… mignonnes. Une signature visuelle dont on n’était pas peu fiers. Mais on va avoir du mal à défendre  envers et contre tout, ce premier film si attendu.

Un timing comique mal géré

S’il parvient, par le dessin, à donner à Lou toute l’énergie qu’une adolescente est capable de déployer, la liberté que lui offre le  medium filmique semble le mettre davantage mal à l’aise – l’image en mouvement ne sied pas à Julien Neel. Non que le jeune réalisateur se montre maladroit caméra au poing. On lui reconnaît même un sens de la poésie qui à travers les décors hyper colorés d’une ville fictive à mi-chemin entre le Chinatown de Blade Runner et le Montmartre d’Amélie, se distille avec délice. Un univers que Neel se plait visiblement à filmer, parsemé d’accessoires kitschissimes que les jeunes filles de l’âge de Lou, auront du mal à identifier (tourne-disques, téléphones à cadran, machines à traitement de texte, Polaroïds…)

Rien d’étonnant à ce qu’un artiste œuvrant dans l’image figée parvienne à créer un univers visuel aussi marqué. Le bât blesse ailleurs : dans le choix de faire cohabiter à l’écran des personnages délibérément caricaturaux (la mère, incarnée par une Ludivine Sagnier au jeu assez crispant, le voisin, plus sobrement interprété par Kyan Khojandi mais dont le look improbable – entre altermondialiste et pêcheur de Patagonie – met à mal toute crédibilité), et d’autres beaucoup plus réalistes. A commencer par Lou, joliment sortie de ses planches par Lola Lasseron, jeune actrice à croquer. Pour avoir été ou avoir connu d’autres Lou avant elle, difficile de ne pas sourire face à ses tourments d’ado, période où l’existence entière tient à un échange de regard avec l’être adoré en secret, ou à une dispute avec sa meilleure copine – partie trahir une amitié indestructible avec la rebelle du collège. Le personnage-titre, heureusement, tient la route. La musique, heureusement, balise des sentiers inattendus (de la bossa nova dans Lou ? Oui, ça fonctionne). Les séquences animées, heureusement, offrent quelques bouffées de what-the-fuck bienvenues. Mais le reste mord trop vite la poussière : la faute à un cruel, très cruel manque de rythme, un timing comique mal géré et des longueurs impitoyables. Le film aurait gagné à être resserré, quitte à renvoyer ad patres des séquences entières entre Lou et son amie Mina, ou entre Ludivine et Kyan, au profit de plus longues confrontations avec la grand-mère (Nathalie Baye, absolument… bizarre), personnage relégué au statut de vieux meuble en arrière-plan le temps de quelques scènes un peu trop vite expédiées.

En l’état, trop déséquilibré, le film est fragile. Il fera rire le public auquel il s’adresse, celui qui ne sourcillera pas une seule seconde devant une séquence mal découpée ou un choix de montage hasardeux. Nous, on est maladivement pointilleux, victimes sans doute d’un mal qui touche trop de monde passé la vingtaine : on est trop vieux pour ces conneries.

Dans les salles depuis le 8 octobre.

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