Main dans la main : Une féerie presque parfaite

30/12/12 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : ,

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Un jeune homme, employé dans l’artisanat en Lorraine et danseur à ses heures perdues, croise le chemin de l’illustre responsable de l’école de danse de l’Opéra Garnier, de 15 ans son aîné. Alors que tout semble les séparer, leurs corps deviennent aussitôt synchrones sans qu’ils puissent raisonnablement y remédier…

L’idée ferait sourire Buñuel : deux personnes deviennent soudainement indissociables, sans explication rationnelle. Un coup de foudre, en somme, prenant la forme d’une métaphore visuelle.

Alors évidemment – sans conflit, pas d’histoire – mieux vaut prendre deux antagonistes : la bourgeoise parisienne et le prolo’ provincial. Dès l’exposition, les caractères sont clairement mis en scène : lui, le danseur amateur, exécute son ballet en skateboard, slalomant sur les routes de campagne ; elle, l’illustre professeur de danse, marche sous escorte à travers les longs couloirs de l’Opéra Garnier, faisant résonner le vieux plancher sous ses talons. Le danseur en mouvement, modeste et moderne, détient la liberté, tandis que la danseuse déchue, prisonnière de son statut et des traditions, pleure son propre prestige.

De cette rencontre surréaliste, prétexte à diverse situations comiques assez réussies, naît l’impossible désir d’altérité : chacun est attiré par l’autre tout en restant fidèle à ses origines. La passion du couple est finalement montrée comme une gémellité contraignante et, sous la féerie de façade, s’inscrivent les divergences sociologiques. Nos deux protagonistes devront ainsi s’affranchir de leur condition respective (sociale, familiale et amicale) pour vivre leur amour utopique. Celui qui n’existe que dans les films, où l’on s’embrasse sous un feu d’artifice dans une ville majestueuse, sans peur du lendemain.

Et puis… plus rien. Ou presque. Car la force du film en est aussi sa faiblesse : jamais on ne sent les deux personnages véritablement maîtres de leur destin et – à l’image de leur rencontre – une avalanche de deus ex machina règle les conflits (une maladie, un licenciement, une grossesse…). S’ensuit ce sentiment d’inachevé, d’évolution avortée.

Affichant davantage d’ambitions qu’une simple comédie romantique, le film fourmille de bonnes idées, dont certaines probablement autobiographiques à l’image des deux premiers films de la réalisatrice (La Reine des pommes, La Guerre est déclarée), mais aucune n’est véritablement approfondie, si bien que le spectateur devra lui-même chercher les aboutissants. Le résultat est d’autant plus frustrant que l’œuvre est par ailleurs globalement réussie. L’interprétation est juste, les personnages secondaires attachants, et l’amertume poétique de certains dialogues, ainsi que l’utilisation de la voix-off dans la narration, n’est pas sans rappeler Truffaut.

maindanslamainSubsiste malheureusement ce scénario malade. Valérie Donzelli, qui coécrit, réalise et joue dans son film, peine à être aussi performante dans les trois domaines, symptôme fréquent du cinéma d’auteur. Pour certains, c’est ce qui en fait son charme. Pour d’autres, sa prétention. Chacun jugera.

Main dans la Main de Valérie Donzelli
Avec Valérie Lemercier et Jeremie Elkaim
En salle depuis le 19 décembre 2012.

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