Mary et Max : pourquoi on M ?

02/10/09 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties

En salle depuis le 30 septembre, Mary et Max d’Adam Eliott conte l’histoire d’une correspondance entre deux individus que tout sépare et tout relie, comprendre : entre deux solitaires. Les synopsis de quelques lignes ne peuvent décrire ses personnages comme le film lui-même, qui leur donne chair en mille détails quand nous nous contenterons de dire qu’ils contrastent. Que Mary, australienne, 8ans, fabrique des figurines en os de poulet. Que Max, new-yorkais, la quarantaine, en collectionne en caoutchouc. Ces deux-là font mouche, ils font un film drôle et attendrissant, vont même un peu plus loin.

Marginalité

Que celui qui ne s’est jamais senti différent jette la première place de ciné. Même ceux qui se targuent d’incarner la banalité y ont réfléchi un minimum, au fond ce n’est pas banal. Mary et Max dépeint les portraits de deux marginaux, ceux dont on peut avoir peur en réalité parce que leur décalage est trop grand, ceux auxquels on s’attache en film parce que leur décalage est trop universel. Le monde semble souvent bien étrange, la vie injuste, les relations humaines compliquées et la simplicité se trouve parfois dans les réactions spontanées, moins courantes mais plus évidentes. Parce que Max souffre du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme qui creuse le fossé entre lui et les autres, il accentue l’incompréhension ambiante dont nous souffrons également. Parce que Mary complexe sur une tache de naissance et une vie malchanceuse, elle voit ce qui l’entoure d’un regard que nous nous prenons à partager. Ces personnages atypiques parlent à notre singularité et c’est précisément ce que nous en retenons. Comme un écho qu’il fait bon entendre en cette époque formatée.

Mélancolie

La mélancolie est une « certaine disposition de l’âme à la tristesse » (dixit wiktionnaire). Que celui qui n’a jamais ressenti de spleen… On va pas vous la faire deux fois. Sans tabou ni pathétisme, Adam Elliott trouve avec Mary et Max le ton juste pour parler de cette langueur monotone. Loin des sanglots longs des violons, il berce le spectateur par la voix off bien pensée de Barry Humphries (photo ci-dessous), d’une désinvolture presque familière. Quelques musiques entraînantes restent en tête quand la narration, – aux premières minutes trop littéraires pour qui lutte encore avec l’anglais d’une version originale (à préférer) – entraîne dans l’univers bien particulier du film. Si la dureté du monde comme fil rouge effraie certains phobiques de la déprime, elle teinte le long métrage d’un réalisme émouvant. Parce que la souffrance fait partie de la vie au même titre que l’humour qui aide à l’accepter. Un dosage ici trouvé.

Barry et Max

Minimalisme

M pouvait coller avec motion control, technique d’animation qui impressionne toujours tant elle demande de moyens (132 480 images, 1026 bouches dont 30 pour Max). Mais ce qui séduit avant tout c’est cette véritable proposition graphique d’une banlieue australienne brune et d’un New York gris, tout deux ponctués de rouge par quelques objets clés. Ces mondes à priori ternes et sombres permettent ainsi la plus grande poésie. Car il n’y a rien de plus poétique qu’une grande amitié… Elle se construit ici par de petits riens dans un échange épistolaire duquel nous préférons tout taire pour vous laisser l’agréable surprise d’un naturel cru et gourmand. Duquel vous trouverez explications dans bien d’autres supports si la curiosité vous dévore.

Mary et Max aurait pu avoir du mal à trouver son public mais les critiques dithyrambiques se font rassurantes. Si le film n’est pas parfait, de par sa difficulté d’accroche et ses défauts forcés (personnages secondaires caricaturaux, impression erronée d’une dureté trop facile à mettre en scène), il mérite qu’on s’intéresse à son originalité. Notamment parce que son imperfection fait tout son charme. Egalement parce qu’elle signe un genre que nous (adultes) attendions, celui de l’animation tout public.
Photos copyright Gaumont distribution

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