Mélanie Laurent, Les Adoptés : haters gonna hate

22/11/11 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags :

Une ascension fulgurante de Lioret à Tarantino. Un disque. La maîtrise de cérémonie du festival de Cannes. Un certain esclandre sur internet… et maintenant, un premier long-métrage ? Illégitime, prétentieuse, pétasse, enfant du sérail (hum. Son père double Ned Flanders dans les Simpson), surestimée, fausse, gonflante : au menu du “j’aime pas la Laurent” choisissez la formule qui vous plaira. C’était quand la dernière fois qu’un acteur, qu’une actrice avait à ce point polarisé les regards en France ? Et à seulement 28 ans ? A Envrak, Engy l’a trouvée “poudreuse”, avoue avoir tiqué sur sa “poignée de main molle” tandis que votre serviteur est resté comme deux ronds de flans lors de la conférence de presse qui a suivi la projection de Les Adoptés. En vrai, Mélanie Laurent est plus girl next door que la wannabe Vénus  qu’on se plait à décrire : elle pourrait être autant l’étudiante en psycho qui arrondit ses fins de mois en pigeant à la caisse de Carrefour, que cette petite bombe qui vous fait tourner la tête en boîte. Elle est belle – de la caissière à l’égérie de parfum, il n’y a qu’un pas – elle ne donne pas l’impression de sortir de la Sorbonne… mais pourtant – et surtout – elle vient de signer un premier film réussi dans le genre “plus auteur bobo français, tu meurs”. Bref, le mystère s’épaissit, et haters gonna hate (encore plus).

Ceux qui attendaient un bébé difforme en seront pour leurs frais. Les Adoptés a bien deux bras, deux jambes, une foufoune, une tête, et marche même déjà bien pour son âge. Il y a chez Mélanie Laurent quelque chose qui crie “aimez-moi, merde !” : idem de son premier film, dont l’exposition doit durer 10 minutes chrono, sommant le spectateur d’adhérer illico à une univers de femmes fusionnelles vivant dans un cocon ouaté, le quotidien étant relégué au rang de figurant. Il y aura bien un drame fatal, qui viendra s’assurer qu’on ne s’ennuie pas trop (parce que le bonheur des autres, c’est toujours un peu chiant au bout d’un moment), mais on est dans un cinéma de caractères plus que d’intrigue. Trois chapitres, chacun centré sur un personnage, et une voix off pour lier le tout avec quelque grandes phrases sur la vie, juste assez pour qu’on se sente chez soi dans ce cinoche français mais pas assez pour agacer. Des personnages qui font semblant de travailler (à la librairie, chez un luthier, pour un guide gastronomique…) pour mieux passer leur temps à papillonner comme des parisiens de cinéma. Les Adoptés, c’est aussi du bonheur gros comme ça, dans des apparts déraisonnables quand on sait qu’un libraire indépendant, bien souvent, ça gagne le SMIC (et encore, dans les bons jours).

UN PREMIER FILM SCOLAIRE ET REUSSI

Qu’importe : les personnages, les acteurs, sont forts. On sait gré à la réalisatrice d’apparaître généreusement à l’écran, tout en passant le premier rôle à d’autres (Marie Denarnaud, Denis Ménochet) et, luxe suprême, de faire jouer un gamin très convaincant. Il y a quelque chose dans cette histoire qui touche et qui arrive à émouvoir, malgré sa prévisibilité. Mélanie Laurent se paie même – consciemment ou pas – la roublardise d’expliquer que ces apparts, ces loyers, sont payés par la grâce d’un héritage. L’essai est transformé, et le choc est même plutôt violent quand on s’attarde sur l’esthétique du film. L’image, la lumière est magnifique – on met une pièce sur Arnaud Potier pour le César de la meilleure photographie. Et Mélanie récite ses conjugaisons avec une aisance proprement déroutante : 1er plan / arrière plan, profondeur de champ, changement de point, personnages détachés sur un fond uni (c’est poétique) ou séparés par les lignes du décor (il y a une gêne entre eux), ralentis dans des couloirs d’hôpital (“je souffre mais la vie continue de tourbillonner”), lumières des ampoules qui se diffractent dans l’objectif de la caméra (il est tard, je suis dans un état interlope entre mes pensées et le sommeil)… toute la grammaire du cinéma est convoquée dans une mise en scène ô combien classique, mais qui fait toujours sens.

Dans ces conditions, si l’on veut continuer à faire la fine bouche, on peut toujours se poser la question de savoir qui de Mélanie Laurent où des nombreux dépositaires du film (deux co-scénaristes…) incarne le film, et dans quelles proportions. Si cet univers über-bobo est bien celui de Mélanie, où s’il a largement été contaminé par d’autres. Interrogée sur le rôle d’une librairie anglo-saxonne dans le film et quant à savoir si elle avait lu les auteurs évoqués en clin d’oeil, Mélanie Laurent répond qu’elle n’en a lu aucun. De quoi semer le trouble…

Haters gonna hate (définitivement).

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2 commentaires

    Vincent L.  | 16/04/14 à 0 h 08 min

  • Ça vous arracherait la gueule de ne pas mettre de l’anglais partout ?

  • envrak  | 17/04/14 à 21 h 22 min

  • Ca t’arracherait la gueule de parler anglais ?

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