Minuscule : la vallée des fourmis perdues (et choupies)

30/01/14 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : ,

Minuscule1

Quand on voit les affiches de Minuscule : la vallée des fourmis perdues, ou sa bande-annonce (mais il ne faut pas regarder sa bande-annonce), un mot nous vient à l’esprit. Ce mot c’est “Aawww“* – à prononcer comme devant une vidéo de chaton mignon. Quand on voit le film, c’est le même mot qui nous tient en haleine, dans les deux sens de lecture cette fois, soit “Wwwaa” – à prononcer comme devant une vidéo d’aurore boréale.

Une bande-annonce trop punchy pour une épopée

MINUSCULE_120Des gentilles fourmis noires tentent de ramener une boite de sucre à la fourmilière. Des méchantes fourmis rouges veulent les en empêcher. Une coccinelle pourrait bien changer le cours des choses.

Pourquoi éviter la bande-annonce ? Parce que La vallée des fourmis perdues n’est pas un film à sketchs comme vous pourriez le croire, mais bien ce que vous lirez partout : une aventure épique. Épique comme de longs plans de paysages fabuleux, comme une amitié de peu pas de mots, comme de grands mouvements de camera et quelques rebondissements pour la respiration. Si les gags du trailer sont l’oxygène du film, le premier – en les spoilant tous – ne vous gâchera toutefois pas le second (malgré une inévitable déception due au manque d’air – forcement). Pas plus que ne troubleront votre émerveillement les gamins fascinés (et non survoltés – ouf) de la salle – vers lesquels vous ne vous tournerez qu’en cas d’incompatibilité avec les lunettes 3D (mais comment fait leur génération pour ne pas avoir les yeux en sang ?).

Car Minuscule est une petite merveille. Ponctuée de quelques références cinématographiques (Star Wars entre autres) et mignonne à souhait, elle n’use pas d’autres manichéismes que celui de son pitch (tout n’est pas rose à la guerre), ne s’alourdit pas de niaiseries ou d’anthropomorphisme (elle s’inspire du documentaire), et se savoure comme une randonnée. Une expérience à prendre pour ce qu’elle est, en somme, si possible sans se référer à la talentueuse série du même nom et des mêmes auteurs (Thomas Szabo et Hélène Giraud), bien qu’elle ait été écrite dans sa continuité (simultanément à vrai dire, puisque les deux aventures ont débuté la même année) et reprenne quelques uns de ces moments forts (rigolos). De l’humour décalé donc, un récit qui prend son temps en fait, un long-métrage fluide (malgré quelques petits défauts de montage) et surtout, des prises de vues dans des décors réels, ici dans les parcs nationaux du Mercantour et des Écrins – tiens prends toi la nature dans la vue.

Minuscule0

Intertitre sans jeux d’antonymes autour de l’adjectif minuscule

Cocorico. Outre tout, ce qui séduit dans Minuscule, c’est que Thomas Szabo, Hélène Giraud, et Futurikon (la boite de production) ne prennent pas les spectateurs pour des cons formatés et proposent une approche différente du cinéma animation (à destination des enfants). Le temps d’observation qu’ils nous offrent, c’est celui de se demander pourquoi les fourmis ont des coton-tiges dans leurs fourmilières, ou de noter qu’à vol de coccinelle, un trajet prend (beaucoup) moins de temps qu’à pattes de fourmis. C’est celui d’interroger et de respecter la nature – qui se pare sans artifices de mille et une couleurs – par le biais de son microcosme, tout en passant un bon et beau moment. Ce sont par ailleurs les efforts déployés pour mettre ce scénario en place – lequel s’il tient sur trois lignes, captive de bout en bout – et l’habiller de détails qui font mouche (et merde, un jeu de mots).

MinusculecocciMinuscule, c’est un budget de dix millions d’euros et deux longues années de travail qui méritent de s’y attarder. Tournage en décor naturel, en relief, en studio (une dizaine de maquettes, dont certaines de deux mètres), images de synthèse et accompagnement sonore (à la diversité riche) et intelligent (à chaque armée son thème) d’Hervé Lavandier, afin de pallier à l’absence de dialogues. Une exigence de qualité qui pousse à davantage de tolérance vis à vis des deux ou trois points noirs qui viennent s’y ajouter (comme sur le dos d’une coccinelle). Quelques défauts qu’on a précédemment distillés, et cet autre : si on apprécie à leur juste valeur le design des insectes, les cicatrices de ces fourmis qui ont vécues, la quasi-impossibilité de les différencier, l’araignée noire (façon noiraude de Miyazaki), force est de constater que le lézard ou le brochet sont moins réussis, et que les humains de la première scène (des acteurs) ternissent un ensemble esthétique presque parfait. Par ailleurs, c’est quoi ces bestioles là ?

Minuscule3

Minuscule – La vallée des fourmis perdues, de Thomas Szabo, Hélène Giraud, sorti le 29 janvier 2014. A voir en 3D dans les salles équipées (ou pas).

* Si tu n’as pas fait “Aawww” en regardant la coccinelle dans les pupilles (ou avec la première image de ce papier), ne t’embête pas à emmener tes enfants au cinéma, confie les à leur tata ou leur tonton, qui – de toute manière – auraient été voir le film sans eux (à raison).

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

1 commentaire

Laisser un commentaire