Mondwest : le soulèvement des machines

10/05/12 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : , ,

Le parc d’attractions Delos, peuplé de robots, propose aux visiteurs de se replonger dans plusieurs époques. Lancés dans l’ouest sauvage, deux amis se retrouvent plongés en plein cauchemar quand l’un des androïdes se détraque et les prend en chasse…

Voir Mondwest aujourd’hui, c’est être gagné par la nostalgie d’une époque qu’on n’a pas connue, se demander à chaque minute comment nos parents ont réagi lorsqu’ils ont découvert le film en 1973. C’est être obligé d’admettre qu’on ne le saura jamais, et regarder Mondwest comme une vieillerie de plus, une bobine si surannée qu’elle pourrait être ridicule si on ne faisait pas l’effort d’aller au delà des a priori et d’oublier, pendant 1h30, que les codes du cinéma ont changé.

Le problème de la science-fiction, c’est qu’elle est périssable : ce qui, aux yeux de nos aînés, paraissait improbable, ce qui revêtait alors les oripeaux d’un imaginaire aussi fascinant que terrifiant, est souvent aujourd’hui, bien anodin. Difficile de ne pas sourire devant les massifs ordinateurs qui gèrent à distance les automates du parc Delos, et sur lesquels il serait impossible aujourd’hui rédiger cet article. Difficile aussi de ne pas se gausser face à la maladresse de l’écrivain Michael Crichton en terme de mise en scène dans les deux premiers tiers du film (la séquence finale, quasi muette et se déroulant dans les entrailles du parc, sauve le reste). Mais comment ne pas reconnaitre, dans le même temps, l’avant-gardisme du propos ? Dans les années 70, l’informatique chassée depuis peu des seuls domaines aéronautiques et industriels, balbutie encore. Prés de deux décennies avant le bug de l’an 2000 (toujours attendu de pied ferme), Crichton invente le virus. Celui qui gagne les automates de Delos sera destructeur, aucun ingénieur n’ayant anticipé la faille. En 1973, voilà largement de quoi effrayer le commun des mortels.

Pour renforcer le malaise occasionné, Crichton donne aux visiteurs du parc le droit de vie ou de mort sur ses locataires mécaniques. Armés de pistolets conçus pour ne “tuer” que les machines, les descendants de ceux qui ont conquis par le sang cette Amérique versée sur la violence, le pouvoir de l’apparence et la société des loisirs, vont pouvoir librement assassiner leurs propres ancêtres. L’ironie est glaçante. Le soulèvement des machines doit aussi se lire comme la destruction pure et simple de cette toute puissance, l’irrespect total de ses propres racines et le début d’une ère individualiste. Yul Brynner l’a sans doute compris mieux que quiconque, lui qui, à la lecture même du scénario, a décidé de faire don à son personnage de sa panoplie endossée treize ans auparavant dans Les Sept Mercenaires. C’est ici que Mondwest s’impose comme légitime en dépit des avancées technologiques qui en ont fait un vestige cinématographique : si aujourd’hui les parcs d’attraction invitent tout un chacun à côtoyer de près des pirates factices à l’effigie de Johnny Depp (à moins que ce ne soit l’inverse), Crichton proposait à ses protagonistes d’approcher au plus près le mythique cow-boy des Sept Mercenaires, transformé, le temps d’un film, en Terminator avant l’heure (James Cameron s’est ouvertement inspiré du film). Toutes les pistes – temporelles, historiques, sociologiques – se brouillent, imposant aujourd’hui Mondwest comme un film faussement passé de mode, réellement visionnaire.

Mondwest, de Michael Crichton, avec Yul Brynner, James Brolin, Richard Benjamin. En DVD et Blu-Ray depuis le 3 avril chez “Aventi”.

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