Nimrod Antal, cinéaste monstro-hongrois

17/07/10 par  |  publié dans : Cinéastes, Cinéma | Tags :

On n’a pas encore vu Predators, sorti en salles le 14 juillet. A vrai dire, l’annonce de la mise en chantier de ce film ne nous avait que très moyennement réjouis, peu convaincus par le tout juste correct Predator 2 (1997) et catastrophés par le médiocre cross-over Aliens VS Predator. Alors que le long-métrage originel réalisé par John McTiernan fait figure de grand classique des films d’action (il est l’un des meilleurs des années 80), les épisodes suivants tiraient dangereusement la série vers le bas. Un nouvel opus semblait donc tout à fait superflu. Le nom du surestimé Robert Rodriguez associé au projet avait tout pour nous faire définitivement fuir, d’autant que les premières rumeurs faisaient état d’un remake du premier film. Jusqu’au jour où nous avons appris qu’il serait en fait un épisode autonome, produit par Rodriguez et confié au réalisateur hongrois Nimrod Antal. Une annonce qui a, il faut bien l’avouer, enfin éveillé notre intérêt. Car ceux qui ont vu Kontroll et Vacancy, ses premiers films, le savent : Nimrod Antal est un bon.

Kontroll (2003) : le mal des transports

Bulcsu ne voit presque jamais la lumière du jour. Il est contrôleur dans le métro de Budapest, et souvent, il lui arrive de dormir sur son lieu de travail – quand il parvient à trouver le sommeil. Son morne quotidien est ébranlé par la présence d’un maniaque insaisissable qui tue les voyageurs en les jetant sur la voie. Ses virées insomniaques vont l’amener à croiser le chemin de ce mystérieux assassin, ainsi que celui d’une jolie jeune femme déguisée en ours…

Les Hongrois eux-mêmes n’en avaient jamais entendu parler. Nimrod Antal, formé à l’école du court, délivre avec Kontroll un premier film qui par chez nous, passe totalement inaperçu malgré sa présentation au festival de Cannes en section parallèle. Exploitants et distributeurs commettent ainsi une monumentale erreur heureusement réparée par le marché du DVD (merci Mad Movies). Car sous ses dehors de petit objet sans prétention, Kontroll est un film étonnant, porté par une réalisation empruntant davantage au Trainspotting de Danny Boyle qu’au Subway de Luc Besson. Bien lui en prend. Magnifiés par un éclairage extrêmement soigné (le directeur photo abat un travail irréprochable), les personnages évoluent ainsi dans un décor où l’onirisme le plus pur le dispute au sordide absolu. A la tête d’une équipe de bras cassés – mention spéciale au contrôleur narcoleptique – Bulcsu fait face à la malhonnêteté crasse de certains voyageurs, à un gang de contrôleurs rivaux déchainés du canif et à un tueur auquel Antal finit par donner une dimension inattendue et allégorique. Au beau milieu de ce bordel organisé où l’humour noir permet quelques respirations entre deux sueurs froides, le spectateur, prisonnier d’un montage rythmé au métro-nome, ne peut que ressentir une réelle compassion pour Bulcsu, et rêver d’un moment de calme. Il fallait tout le talent de Nimrod Antal pour réussir à tenir une cadence complètement folle tout en insufflant de beaux moments de tendresse à un film qui peut se targuer d’être introduit par le directeur des métros hongrois en personne et conclu par… un ange. A découvrir urgemment en DVD.

Vacancy (2007) : Wilson et Beckinsale se font chambrer

Une panne de voiture oblige David et Amy (Luke Wilson et Kate Beckinsale), jeune couple en crise, à passer la nuit dans un motel au bord d’une nationale passablement désertée. Dans leur chambre poussiéreuse, ils trouvent des cassettes vidéo montrant plusieurs meurtres violents, visiblement commis dans cette même pièce. Dissimulée dans un mur, une caméra a déjà commencé à tourner le prochain film du maître des lieux – le gérant du motel. Un film dont David et Amy seront les malheureux protagonistes s’ils ne trouvent pas très vite une solution pour s’enfuir.

On pense d’emblée au Psychose d’Hitchcock. Et on a tort. Car foin de travesti schizo dans Vacancy (Motel en VF), mais du sadique pur jus, sous la forme d’un gérant hôtelier complètement siphonné du caméscope qui transforme ses clients en acteurs de snuff movies*. La grande idée de Nimrod Antal, alors aux commandes d’un film… de commande, est de ne pas céder à la facilité de l’angoisse par le “classicisme”. C’est souvent entre les mains des non adeptes du genre que le genre est le mieux servi. La preuve ici, avec un refus évident de créer la peur par l’effet gratuit – et par l’application scolaire des fameux codes du cinéma d’horreur – mais grâce à une caractérisation exceptionnelle de ses deux protagonistes (bien campés par des acteurs ultra crédibles). David et Amy suscitant très vite une réelle empathie, difficile de ne pas s’identifier à eux et de ne pas partager leurs craintes à la découverte des vidéos morbides éparpillées dans leur chambre. Côté réal, de belles trouvailles de mise en scène forcent le respect, à l’instar des séquences à l’intérieur de la voiture où les possibilités offertes par les rétroviseurs en terme de profondeur de champ sont mises à profit avec ingéniosité, illustrant par la même les rapports conflictuels entre les deux personnages.
Une très belle surprise, se posant comme l’anti-Hostel dans son désir farouche de ne pas se réfugier dans le gore pour faire trembler les spectateurs et de donner une vraie épaisseur à ses personnages. Cerise sur la péloche, un générique excellent permettant à Antal de revenir aux sources du polar en rendant un hommage détonnant à Saul Bass.

Malgré le succès très approximatif du film, le Hongrois Nimrod Antal parvient donc à s’imposer dans le paysage cinématographique américain, et à décrocher le job d’artisan du très hollywoodien Predators. Reste à espérer que sa créativité et sa liberté d’artiste n’aient pas été débridées par Rodriguez et surtout par la Fox. C’est hélas ce que laissent présager les premiers retours, très mitigés. En attendant de pouvoir juger sur pièce, espérons que Nimrod Antal saura se relever de ce potentiel échec en revenant à un cinéma plus personnel. Plus… hongrois. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.
*Les Snuff movies sont des films courts qui mettent en scène un meurtre réel, parfois précédé de pornographie avec viols de femmes ou d’enfants.

A noter : Envrak boycottant systématiquement les films avec Jean Reno, personne ici n’a vu Armored (2009), réalisé juste après Vacancy. C’est la raison pour laquelle il n’est pas évoqué dans cet article.

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2 commentaires

    Jeanphi  | 18/07/10 à 18 h 08 min

  • Vacancy est un vrai bon film.
    Je ne savais pas qu’il avait réalisé Prédator. Paraît qu’il n’est pas intéressant.

  • Sab  | 19/07/10 à 13 h 20 min

  • Ouais, paraît. J’ai bien peur qu’il soit nul, en fait, mais il peut pas être pire que les Alien VS…

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