Nous ne sommes pas des anges

31/03/07 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : , ,

En 1990, des années avant de faire croire au monde entier que sa carrière finirait dans la comédie sinon rien, Robert de Niro, encore moitié emblématique de Martin Scorsese, décide de mettre tout en haut de la pile de scénarios qui lui sont adressés, celui d’une pure comédie que met en chantier Neil Jordan. Ce dernier, ignorant encore qu’il sera, l’année suivante, à l’origine d’un véritable chef d’oeuvre (The Crying Game) et qu’il munira Tom Cruise et Brad Pitt de quelques dents longues dans Entretien avec un vampire, braque ses caméras devant un duo improbable: deux taulards en cavale déguisés en prêtres dans un village reclus peuplé d’abrutis. Encore plus improbable, c’est donc à De Niro et à Sean Penn que Neil Jordan confie ces deux rôles.
Un défi? Non, une bourde. Si le casting, complété par Demi Moore, pourrait être alléchant aujourd’hui, surtout au vu du tournant dangereux et suicidaire que prend la carrière du grand De Niro, il est, à l’époque, complètement inapproprié. Demi joue les potiches avec sérieux, Robert ressort ses mimiques de mafieux décontextualisées et Penn décide de se teindre les cheveux en blond pour avoir l’air crétin. Quant à Neil Jordan, il fait son cadre, pose ses projecteurs, décide d’aller boire une bière, revient à la fin du tournage et appose sa signature au générique d’un film à propos duquel on ne s’est jamais demandé pourquoi tout le monde l’avait oublié.
Et pourtant…
Vingt ans après, qui d’autre a eu l’idée de réunir à nouveau ces deux monstres sacrés? Personne. C’est aussi la raison pour laquelle Nous ne sommes pas des anges, plus proche du nanar que de O Brother, mériterait de gagner ses galons de film culte malgré sa qualité approximative.

Jeune premier précédé d’une sale réputation en 1989 (plusieurs uppercuts sur des paparazzis durant son mariage avec Madonna suffisent à cataloguer le bonhomme), Sean Penn y expose pour la dernière fois (car on ne l’y reprendra plus, forcément…) ses talents d’acteur comique à ce point mal à l’aise qu’il en devient attendrissant, face à un De Niro alors considéré comme le plus grand acteur vivant.
Aujourd’hui, les choses ne sont plus vraiment les mêmes… Désespérément has-been en attendant LE rôle qui va redorer son blason, De Niro a cédé son titre à Sean Penn, en tête de file des acteurs de sa génération. Un parcours croisé qui prend sa source dans une comédie ratée, voilà qui relève de l’incroyable.
On se surprend désormais à rêver d’une nouvelle rencontre, mais cette fois, à la manière d’un De Niro/Pacino dans Heat ou d’un Pacino/Penn dans L’impasse. Prions.
Les fans de la première heure seront toutefois ravis d’apprendre qu’un DVD de ces aventures pas du tout rocambolesques est désormais édité par la Paramount, enfin en zone 2 après quelques longues errances en zone 1.
Les autres se rabattront sur Taxi Driver, Il était une fois en Amérique, Mystic River et Crossing guard. On les comprend.

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