Or Noir : Jean-Jacques d’Arabie

23/11/11 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties

Dans les années 30 au moment de la découverte du pétrole, la rivalité entre deux émirs d’Arabie et l’ascension d’un jeune Prince dynamique qui va unir les tribus du royaume du désert.

Jean-Jacques Annaud est un réalisateur immense. Dés son premier film, La Victoire en Chantant (1976), quelque chose de particulier se dégageait de son cinéma. Un goût du voyage doublé d’un militantisme exacerbé… et un amour immodéré pour un esthétisme cinématographique dont l’élégance emprunte beaucoup aux “grands classiques ” – Annaud affectionne le cinémascope, les plans larges et les plans serrés, il se fout de l’entre-deux. Alors il cite souvent Sergio Leone et David Lean. Tiens, parlons-en, de David Lean. Car Jean-Jacques Annaud, qui fut un temps considéré comme le plus américain des cinéastes français avant que ce satané Luc Besson ne prenne sa place, vient de réaliser Or Noir, son Lawrence d’Arabie à lui. Pas sûr que l’hommage soit flatteur…

Vous reprendrez bien un peu de désert ?

Après le désastre public et critique de Sa Majesté Minor, cet authentique pourvoyeur de chefs d’œuvre (Coup de Tête, La Guerre du Feu, Le Nom de la Rose, L’Ours, tout de même…), était attendu au tournant. Après un tournage chaotique, une polémique autour des conditions d’embauche des techniciens, et une post-production interminable, le film a quitté le banc de montage et parcourt désormais les salles à dos de chameau. Ambitieuse, cette fresque retraçant la rivalité entre deux émirs et l’ascension d’un jeune prince au moment où les compagnies pétrolières font main basse sur les sous-sols arabes, est aussi une énorme déception. Ne parvenant jamais à mettre à profit les possibilités offertes par le cinémascope – un comble, quand on tourne en plein désert – le cinéaste perd ses plus beaux automatismes (exit les majestueux plans d’ensemble de la Guerre du Feu, les gros plans leoniens de Stalingrad) au profit de tableaux étalonnés à la truelle, et très (trop) lourdement mis en musique par James Horner.

N’est pas David Lean qui veut

Contraints de réciter des lignes de dialogues sans saveur (il faut voir ce patibulaire à la mine contrariée – à moins que ce ne soit l’inverse – pétrir du sable entre ses mains, maugréant “je l’aurai, un jour… Je l’aurai !“) , les comédiens s’ensablent, manifestement conscients de participer à un ersatz fade du mythique modèle dont Annaud semble s’inspirer. Regard torve, sourires narquois et allure “chien andalou”, ce cabotin de Banderas, certain de tenir là le rôle de sa vie (il est persuadé d’avoir du sang arabe), se prend au jeu et adopte une posture hollywoodienne tellement vintage qu’il finit par être irrésistible… à défaut d’être crédible. Tahar Rahim (Un Prophète), qui confond sobriété et effacement, brille essentiellement par ses lunettes, accessoire crucial de sa panoplie de prince, lequel passera en deux heures du statut d’intello maladroit à celui de guerrier et de roi du désert. A ce stade du film, inutile de préciser que ses précieuses binocles auront réintégré leur étui. Quand on regarde Or Noir, on pense finalement moins à Lawrence d’Arabie – par respect – qu’à La Guerre du Feu et aux autres films d’Annaud – par nostalgie. Car n’est pas David Lean qui veut, certes, mais on attendait de cette fresque au tournage tant médiatisé, qu’elle rende un vrai hommage au cinéma de l’âge d’or dont elle s’inspire. Hormis la bataille centrale, filmée assez près des comédiens pour permettre enfin l’immersion, Or Noir peine paradoxalement à  trouver un souffle épique. Cruelle désillusion pour les cinéphiles… mais pas pour Jean-Jacques Annaud, visiblement fier de son bébé, qu’il défend avec ardeur : “cela faisait longtemps que je voulais faire un film sur le monde arabe, que j’admire énormément, et en parler d’une manière différente de ce que l’on voit habituellement” affirme le réalisateur, “en général, les arabes dans les films portent des ceintures d’explosifs…” L’initiative est louable, mais le résultat discutable. Dommage pour ce projet que le producteur tunisien Tarak Ben Ammar a longtemps porté sous son aile, et qui aurait sans doute mérité un traitement moins romanesque et plus réaliste. Dommage aussi pour Annaud, à qui on souhaite de retrouver la fougue de ses débuts, et d’enterrer ses velléités hollywoodiennes quelque part dans le désert où il vient de se perdre, au profit de projets plus personnels.

Sortie nationale le 23 novembre.

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