Oscars 2010 : Luc Besson, démission !

16/03/10 par  |  publié dans : Cinéma | Tags :

Pourquoi on ne regardera plus jamais la retransmission française de la cérémonie des Oscars.
Parce qu’on avait déjà juré mille fois qu’on ne nous y reprendrait plus. Adolescents et anglophiles depuis nos dernières années de collège, on tolérait tout juste les remarques déplacées de l’insupportable Isabelle Giordano, traditionnellement assistée par des comiques dont la cinéphilie laissait à désirer : Farrugia ou encore Timsit, respectivement auteurs des « on dirait un cochon, quand même » (à l’adresse de René Zelweiger, primée pour Retour à Cold Mountain) et « la grosse » (pour Kate Winslet, nommée pour Titanic). Quelques années plus tard, sans grande conviction, on persistait à rester éveillés toute la nuit pour suivre tant bien que mal cette cérémonie incessamment lourdingue traversée de private jokes étranges (le « Opraaaaah, Uuuuuumah ! » de David Letterman, 15 ans plus tard, on comprend toujours pas), de mièvreries diverses (les actrices portent heureusement du waterproof et les hommages aux morts s’accompagnent de violons sirupeux) et de commentaires imbuvables de la Giordano. Et puis on a laissé tomber. Parce que le cinéma américain, on en est largement revenus – on préfère les César – parce que trop souvent, les récompenses puent le dollar (autrement, comment Shakespeare in love, Le patient anglais ou Un homme d’exception pourraient être récompensés au détriment de bobines bien plus méritantes ?) et puis parce que la Giordano team, c’était plus possible. Les traducteurs en direct, c’est sympa, mais ça gâche : on n’entend pas les discours, on manque une phrase sur deux, les blagues intraduisibles tombent à plat. Une horreur.

Notre dernière cérémonie, c’était il y a six ans. Mystic River : Sean, Clint… face à Peter Jackson (qui avait tout raflé avec ses hobbits et ses anneaux… tiens donc), comment rater ça ? Las. On s’était bien ennuyé, tout de même. 5 heures de direct, c’est long, c’est chiant. 5 heures de traductions françaises approximatives, c’est pénible.

Cette année, c’était différent. On a fait l’effort. La fausse guerre orchestrée par les médias entre le bulldozer Cameron et l’outsider Bigelow – mariés en 89, divorcés deux ans plus tard – en compétition pour Avatar (un demi milliard de budget, le monde entier l’a vu au cinoche) et The Hurt Locker (Démineurs, 11 millions de budget, ma concierge l’a téléchargé) avait tout pour titiller les plus réfractaires. On a donc joué le jeu, en mettant tout en œuvre pour trouver un streaming de la cérémonie dénuée de tout commentaire parasite. Raté. On a du se farcir Canal. Pire que tout : il a fallu supporter Laurent Weil (Giordano, à côté, c’est Pierre Tchernia) et ses innombrables fulgurances – non Laurent, Very bad trip et Very bad thing, c’est pas le même film. Non Laurent, Beau Bridges n’est pas le père de Jeff – c’est son frère. Tu confonds avec Lloyd. Non Laurent, on ne se joue pas du français de la grande Sigourney quand on a eu l’honneur de l’interroger sans être capable de lui poser une question intéressante. Et quand on se vante d’avoir interviewé Mélanie Laurent une semaine avant mais qu’on ne connaît pas le titre de la pièce de théâtre dont elle est tête d’affiche, on rend sa carte de presse. Il est tout concon, ce Laurent Weil, presque attachant. On aurait pu tenir, remarquez. Mais Besson est arrivé.

Steve Martin et Alec Baldwin, les présentateurs de la cérémonie, avaient l’air beaucoup plus marrants que Weil et Besson. Mais on le saura jamais, on n’a pas pu les entendre : on n’avait pas la VO…

Luc Besson. Cette espèce de grosse chose qui fait des “films” un peu pourris et qui en produit d’autres franchement pires. On appréhende; on se dit qu’il n’y en aura que pour Avatar (Cameron, c’est son meilleur pote), et puis on a raison, Besson en parle beaucoup, quitte à se payer de bonnes tranches de rire lorsque ce pauvre Didier Allouch (il est là, lui aussi, mais il ne sait pas pourquoi) ose dire de Démineurs que c’est un très bon film. Mais il a un autre sujet de prédilection, Besson, sur lequel, pendant des heures, il se montrera intarissable : lui-même. Les nombreuses coupures pub deviennent pour lui un refuge pour entasser un nombre incalculables de sentences mégalomanes. Natalie Portman le trouve génial. Il a été nommé aux Golden Globes pour Nikita. Les Américains l’aiment. Les films qu’il produit sont magnifiques (sic). Les César… “Les quoi ?”. Adèle Blanc Sec pourrait bien lui valoir une nomination à l’oscar des meilleurs effets spéciaux. Pas un mot sur le palmarès en cours, sauf pour féliciter l’équipe de The cove, oscar du meilleur documentaire. Pas étonnant : c’est lui qui l’a produit.

Laurent Weil a l’air gêné, mais il se laisse embarquer dans le délire auto-suffisant de Besson. Jusqu’au jugement dernier : Démineurs ne méritait pas de gagner. Weil acquiesce, assénant avec son air concon à Didier Allouch que “ben non Didier, faut dire ce qui est, Démineurs c’est pas un grand film…” Allouch est consterné, et finit l’émission en calecif, sans qu’on sache trop quelle mouche le pique. Besson persiste : “Ils auraient dû donner l’oscar du meilleur réalisateur à Bigelow et celui du meilleur film à Avatar, parce que vous comprenez, ne pas récompenser Avatar, c’est une faute” Malgré l’heure indue, les twits s’affolent : le “ta gueule Besson, c’est toi la faute !” posté par un rédacteur sidéré de C’est la gêne nous fait bien rire. Les posts incendiaires à l’encontre du “réalisateur” nous rassurent : on n’est pas les seuls à être en colère. Ni les seuls à affirmer que non, plus jamais on ne regardera la retransmission française de la cérémonie des Oscars.

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

2 commentaires

    Rouletabille  | 17/03/10 à 00:19

  • Cherche bien chère Sabrina pourquoi Luc baison n’aime pas Demineur…la réponse est un procès contre la réalisatrice est la cause en est “Jeanne d’Arc” …

  • Sab  | 17/03/10 à 00:26

  • Oui mais à la fin de l’histoire, ils avaient fait la paix (d’ailleurs il me semble que c’est elle, qui lui a intenté un procès, et non l’inverse). Enfin, il est possible qu’on nous prenne pour des cons, aussi…

Laisser un commentaire