Paranoid Park

02/11/07 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties

Adaptée du roman éponyme de Blake Nelson, la dernière réalisation de Gus Van Sant vient de sortir dans les salles obscures. L’action de Paranoid Park se déroule à Portland, dans l’Oregon, au nord-ouest des États-Unis. Le titre du film tire son origine d’un skatepark situé au cœur d’une zone de transit de la ville, O’Bryant Square pour les autorités, Paranoid Park pour les rideurs. Le genre d’endroit où rêve de se rendre n’importe quel ado qui ne parle qu’en ollie ou autre kickflip. On découvre le spot en même temps qu’Alex et son pote Jared.

Alex, notre héros malgré lui incarné à l’écran par Gabriel Nevins, a fait l’expérience d’une nouvelle méthode de casting adoptée par Gus Van Sant. En effet, la célèbre plateforme communautaire Myspace, que je ne présenterai pas aux internautes chevronnés que vous êtes, a fait office de vivier de jeunes adolescents. Le réalisateur pense que c’est ce que devraient faire toutes les agences de casting pour trouver des lycéens […] en essayant de trouver les moyens de convaincre des amateurs de jouer dans le film. Le genre de phrase qui ne tombera sûrement pas dans l’oreille d’un sourd… Toujours est-il que, bien qu’amateur, Gabriel Nevins s’en tire plutôt bien ! Ce jeune angelot a du charisme, et les séquences ralenties ou les plans à rallonge ne font que renforcer les traits de cette prestance.

Le voilà donc lancé dans le monde de Paranoid Park ! Alex expérimente. Il se confronte au park et découvre ses résidents. Sans n’avoir rien demandé, il se perd contre le corps encore vierge de Jennifer, sa petite amie un brin encombrante (et plutôt chiante, il faut bien le dire). Sans avoir voulu la provoquer, il rencontre pourtant la mort, suite à une nouvelle scène de glisse improvisée entre deux wagons ; toujours ces mouvements, que l’on saisit, où l’on se faufile, quels qu’ils soient… Heureusement, il y a également Macy, sa voix douce et ses questions. Elles aident un Alex rongé de l’intérieur à répondre aux siennes. Noircissant des pages entières de son carnet, dans l’atmosphère chatoyante du salon ou bien à l’extérieur, recroquevillé sur un banc face à l’immensité du Pacifique, il se dégage de son secret en se méfiant des regards adultes inquisiteurs. Il raconte tout à Macy sans rien lui dire. Qu’importe, elle n’est pas intéressée sinon par le bien être de son ami.

Un angelot et son ange gardien

La technique est maîtrisée, alternant pellicules de 35 et 8 mm. Le directeur de la photographie Christopher Doyle, collaborateur fétiche de Wong Kar-Wai, a rejoint le projet. Le côté aérien de sa cinématographie a motivé le choix de Gus Van Sant qui explique avoir voulu le pousser dans un territoire instable, un territoire « grand angle » comme ceux qu’il avait apprécié dans Les Anges déchus du cinéaste hongkongais. Les deux compères avaient déjà travaillé ensemble en 1998 sur Psycho. Au final, il y a beaucoup de styles différents dans le film : des voitures défilant tantôt au ralenti, tantôt en accéléré, des caméras portables, du 8 mm pour les séquences de skate, du 35 mm, des plans « instables » et encore des ralentis… Paranoid Park fait l’éloge du mouvement dans tous ses états, à toutes ses vitesses.

Et que dire de la bande son ? Elliot Smith et sa voix caressante sur fond de rapides arpèges de guitare acoustique accompagnent Alex. Mais à quoi sert une bande son sinon à transformer le banal des décors et des gestes en quelque chose de plus fort ? Économiste averti ou pas, Gus Van Sant a bien compris le rôle de valeur ajoutée d’une bande originale de film : transcender les images et exprimer l’état d’esprit de son héros quand les dialogues se font rares. Nino Rota, Frances White, Ethan Rose ou Robert Normandeau nous offrent autant de paysages sonores se mêlant aux paysages visuels pour plonger le tout dans une atmosphère toute particulière. On se remémore, on ressent, on imagine… En un mot : magnifique.

Le film est plus accessible qu’un Elephant ou un Last Days. Au sortir de la salle, les discussions allaient plutôt dans ce sens. Ceux qui s’étaient ennuyés sur les deux films précédemment cités ont trouvé Paranoid Park plus vivant, plus entraînant, et ont eu beaucoup moins de difficultés à se plonger dedans. Un Gus Van Sant grand public ? Peut-être un peu plus que ses prédécesseurs, mais les cinéphiles purs et durs ne devraient pas pour autant se sentir floués. Vous l’aurez compris, ce soir, vous allez au cinéma !
Sortie : le 24 octobre 2007
Durée : 1 h 25
Réalisation : Gus Van Sant (Gerry, Elephant, Last Days)
Scénario : Blake Nelson
Avec : Gabriel Nevins (Alex), Lauren McKinney (Macy), Jake Miller (Jared), Daniel Liu (l’inspecteur) & Taylor Momsen (Jennifer)
Distribution : MK2 Diffusion
Site officiel : www.paranoidpark-lefilm.com

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