[#PIFFF 2015] Deux Français au palmarès et un film de clôture hyper brutal

24/11/15 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , , ,

prix public don't grow up

Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le sixième jour” (Genèse, 1:31) Vous nous excuserez, c’est dimanche, et ces quelques lignes du bouquin racontant la vie de l’autre, là – Dieu – résument assez bien l’épilogue pifffesque. Il nous reste donc à apporter le point final à cette série de compte-rendus quotidiens d’un festival qui ma foi, “était très bon”. Avec en cette ultime journée, outre le palmarès plutôt satisfaisant, un programme qui nous a gratifiés de films bidonnants et gentillets : Southbound et ses routes poussiéreuses où errent âmes en peine et monstres en fuite. L’Enfant Miroir et ses épis de blé dorés à l’or fin où le monde cauchemardesque des adultes vu par les yeux d’un enfant recèle tant de dangers. Et Green Room, ses néo-nazis frappadingues et ses gentils punks éliminés à coups de canines… Et après ça ? “Et il se reposa au septième jour de toute son œuvre, qu’il avait faite“. Ouais ben vivement.

Southbound, de Roxanne Benjamin, David Bruckner, Patrick Horvath, Radio Silence (hors compétition)

Le problème des films omnibus, c’est qu’ils sont souvent inégaux. V/H/S, par exemple, l’était. Mais une poignée de sketches se révélaient toutefois assez réussis pour qu’on ait envie de savoir ce que feraient ses initiateurs par la suite. Un autre film à sketches, en l’occurrence, dont les cinq histoires se déroulant le long d’une route aride du sud des Etats-Unis, ont pour principale vertu de ne pas être de simples courts-métrages accolés arbitrairement les uns aux autres. Chaque segment en amène un autre, par une situation, un personnage, un lieu… et surtout un thème : la rédemption, acquise (ou pas) au prix d’une virée cauchemardesque, d’une opération à poumon ouvert, d’un home invasion douloureux, de rencontres avec des figures de l’au-delà ou pire encore, des rednecks obèses. Si Rob Zombie décidait de (dé)poussiérer la Quatrième Dimension, le résultat ressemblerait probablement à Southbound. Pour une fois, un omnibus qui tient la longueur.

southbound

The Reflecting Skin (L’Enfant miroir, 1990), de Philip Ridley (séance culte)

Philip Ridley, venu présenter The Reflecting Skin aux festivaliers, aura bien pris soin de ne livrer que très peu de clés nécessaires à l’entière compréhension de cet étrange monument sauvé de l’oubli par des admirateurs ayant œuvré à sa restauration. Les champs de blé baignés de soleil (et peints en jaune tous les matins sur le tournage par Ridley lui-même) sont le terrain de jeu d’un garçonnet de 9 ans, Seth, qui avec ses amis, croit pouvoir faire le mal en toute innocence. Jusqu’au point de non-retour. “Imaginez que ce film est raconté par un vieux monsieur qui évoque ses souvenirs d’enfant” suggère Ridley avant la séance, “mais sans perdre de vue qu’il s’agit d’un narrateur non fiable“. Ainsi armés pour découvrir L’Enfant Miroir, on se laisse rapidement transporter par l’image, somptueuse, la musique, grandiose, le spectacle total s’ouvre sur des entrailles de grenouille explosant au visage d’une prétendue vampire et se termine sur un cri déchirant et un soleil déclinant. Entre les deux, l’enfant et les actes qu’il commet (et ceux qu’il pourrait bien avoir commis) deviennent le socle d’une infinité d’interprétations. Seth, miroir de la dégénérescence humaine, incarne l’innocence perdue (aussi symbolisée par le bébé mort), l’Amérique que ses enfants abandonnent ou qui abandonne ses enfants (un garçonnet se drapera de la bannière étoilée avant de mourir). Le narrateur non fiable ne nous dit pas tout, mais en montre suffisamment pour qu’on décèle dans son récit, des bribes de monstruosité dissimulées par la candeur. L’expérience est autant visuelle que psychologique, contribuant à donner à The Reflecting skin l’apparence d’un conte cruel à voir plusieurs fois pour en comprendre les enjeux.


The Relecting Skin (1990) – Theatrical Trailer par pifff

Green Room, de Jeremy Saulnier (film de clôture)

En 2014, le festival s’était achevé sur une note bien barrée avec Tusk, de Kevin Smith, diversement apprécié par les spectateurs, mais qui avait eu le bon goût de faire marrer à peu près tout le monde dans la salle. Cette fois-ci, on arrête de rire : après l’extraordinaire Blue Ruin l’an dernier, Jeremy Saulnier change de couleur mais pas de ton. Avec Green Room, le jeune réalisateur se montre toujours aussi habile dans sa manière d’instaurer une tension graduelle jusqu’à l’explosion de sauvagerie, en mettant ici un groupe de punk rock aux prises avec des skinheads qui les prennent d’assaut dans une petite salle de concert. Saulnier filme les tripes de ses personnages avec les siennes, ne s’interdisant ni les éventrations au cutter ni les carotides déchiquetées par des pitbulls mal dressés mais capables d’une affection sans limite pour leurs maîtres. Une dissonance qui crée le malaise dans ce survival agressif évoquant, plus encore que les films de Carpenter (auxquels on pense évidemment), la Nuit des Morts-Vivants de George A. Romero. Peut-être pas la meilleure façon de clôturer le PIFFF (dans le genre festif, on fait mieux), mais la confirmation que Saulnier va apporter de belles couleurs au cinéma de genre.


Green Room (2015) – Clip par pifff

Palmarès

On avait nos deux préférés, The Survivalist et Der Nachmacht, qui rentrent broucouilles au profit de Don’t Grow up, de Thierry Poiraud, lauréat de l’Œil d’Or (prix du public). Un film français, messieurs-dames – pour une fois qu’on en voit au PIFFF, autant les remercier chaleureusement, d’autant que celui-ci est plutôt bon. Lucile Hadzihalilovic repart d’ailleurs elle aussi avec un prix pour Evolution, celui du jury Ciné+ Frisson (partenaire du festival) qui lui garantit une promotion lors de sa sortie en salle et on ne sait plus trop quoi (on n’a pas tout bien entendu. On twittait). Une reconnaissance méritée pour ce trip visuel fascinant et malsain qu’on a fini par comprendre trois jours après sa projection (mais c’est trop tard, on a déjà écrit dessus). Côté courts, Of men and mice (compétition française) et L’Ours Noir (compétition internationale. Au niveau des titres, c’est pas logique mais on s’en fout) obtiennent les faveurs du public – qui apparemment, avait bien besoin de rigoler. Juliet, quant à lui, repart avec le prix du jury Ciné+ Frisson qui lui permettra une diffusion télé sur la chaine. Le jury, composé notamment de Seth Gueko et Joyce A. Nashawati, a eu l’œil et le bon. Outre la mention spéciale remise à L’Appel, en récompensant le très beau Phantasms of the Living, ces coquins de jurés célèbrent l’onanisme en bonnet de bain même si le court, tout réussi qu’il est, n’appartient pas vraiment au genre fantastique. Encore que, aux yeux d’une certaine partie de la population communément nommée “hommes”, la masturbation féminine peut être un phénomène quasi surnat… (Ah. J’ai un double appel).


Phantasms of the Living – TRAILER par jesebe

Notre petit favori rentre aussi broucouille que les deux longs qu’on espérait voir gagner. Celui ou celle qui devine de quel court on parle remportera rien du tout, mais l’essentiel est de participer.

En attendant la prochaine édition, l’album souvenir de ce PIFFF 2015 est disponible en cliquant sur ce lien. Non parce qu’on n’allait quand même pas s’emmerder à le poster ici alors qu’on a des likes à récolter sur notre page Facebook…

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