[#PIFFF 2015] La journée du sans-faute

21/11/15 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , , , , ,

Stephen Fingleton

Stephen Fingleton, venu présenter The Survivalist au public.

Quatrième jour : un sans faute. Inutile de finasser, chipoter, ergoter, tatillonner, chercher la petite bête… Encore que, sans la chercher, on la trouve quand même, la petite bête. Après la vaine promesse faite par Curtain, vendu comme un hommage à Franck Henenlotter mais dont la quasi absence de créature visqueuse relevait du vieux scandale, c’est finalement dans Der Nachtmahr qu’on l’a trouvée. Et évidemment, dans le mythique The Thing, de John Carpenter, événement de la journée pour tous ceux qui n’avaient jamais eu l’occasion de vivre l’expérience sur un écran de cinéma. Avec pour compléter le programme, un post-apo naturaliste et une comédie gore néo-zélandaise, cette quatrième journée aura visité quatre pays, trois continents, plusieurs sous-genres et univers musicaux. On valide.

Der Nachtmahr, d’Akiz (en compétition)

Les tourments adolescents, fil rouge du PIFFF cette année (Scream Girl, Some Kind of hate, Don’t grow up, Bridgend…), inspirent à l’artiste plasticien allemand Akiz un curieux croisement entre Basket Case (de Franck Henenlotter, donc) et Donnie Darko. Une sorte de E.T. sous LSD où une jeune fille, suite à une fête électro trop arrosée et enfumée, se retrouve flanquée d’une créature qu’elle semble la seule à voir.

L’adolescence, cette période absolument cauchemardesque où les premiers émois se heurtent aux premiers doutes, où les transformations physiques se font parfois dans la douleur psychique, est un terrain de jeu idéal pour le cinéma fantastique, porte ouverte à toutes les métaphores. Der Nachtmahr n’y déroge pas, même si l’ambiguité règne : manifestation du mal-être de la jeune héroïne ou visiteur impromptu bien réel, la créature imaginée par Akiz – sorte de fœtus centenaire incarnant à la fois la naissance et la mort – est le socle d’interprétations diverses qui de toute évidence, pointent vers une seule conclusion : être ado, ça craint. Avec en outre, une bande son techno et des effets stroboscopiques hyper agressifs, Der Nachtmahr, malgré son minuscule budget (100 000 euros) est une œuvre énigmatique qui plaira autant aux amateurs de gloumoutes qu’aux fans de Sigmund Freud. Pour l’instant, ce qu’on a préféré dans la compétition.


Der Nachtmahr (2015) – Theatrical Trailer par pifff

The Thing, de John Carpenter (séance culte)

Dans le cadre des séances cultes, le chef d’oeuvre de Carpenter est celui qu’on attendait le plus, après l’avoir pourtant vu des dizaines de fois. L’exiguité de la petite lucarne ne rendant pas justice aux effets impressionnants supervisés par le maquilleur Rob Bottin, l’occasion de voir The Thing sur un écran de cinéma ne pouvait évidemment pas se manquer. Trente-deux ans après sa sortie, le film demeure un monument où l’immensité enneigée ne permet aucune échappatoire aux 12 personnages coincés dans une base en Antarctique avec une créature extraterrestre capable de prendre l’apparence de n’importe quel être vivant. On sait déjà tout de The Thing, de sa réception publique et critique désastreuse au culte dont il fait aujourd’hui l’objet, mais toutes les occasions sont bonnes de rappeler que dans le genre parano, on a rarement fait mieux, et que tous les effets numériques du monde ne parviendront jamais à égaler la perfection des créatures monstrueuses de Rob Bottin, qui comme le rappelait le directeur artistique du festival, Fausto Fasulo, en début de séance, a failli y laisser sa vie après avoir passé des mois à enquiller les barres de céréales et les canettes de Coca sur le tournage. Ca casse le mythe.

the thing

The Survivalist, de Stephen Fingleton (en compétition)

Le réalisateur a fait le déplacement ce 20 novembre pour présenter son film au public après quelques triomphes ces derniers mois dans d’autres festivals. Ici en compétition, The Survivalist est l’un des films les plus obsédants de la programmation, par son approche hyper naturaliste du post-apo – terme qu’on est peut-être mal avisé d’utiliser pour définir cet univers bien loin des paysages arides communément mis à contribution. C’est au contraire, au sein d’une forêt luxuriante, que les personnages évoluent. Aucune indication ne permet de dater le récit, se déroulant dans une période de famine où l’argent n’a plus de valeur. Lorsque deux femmes, une mère et sa fille, surgissent aux abords de la cabane où un homme survit seul depuis 7 ans, ce dernier monnayera donc leur droit à puiser dans ses maigres réserves de légumes et de graines, au prix de relations sexuelles avec la fille. La fragile discipline de vie que s’imposait jusqu’alors le protagoniste, va s’en retrouver bouleversée.

Faisant le choix du son mono et de l’absence de sources de lumière extérieures, Stephen Fingleton livre une oeuvre envoutante délestée de tout dialogue superflu, et dont la vision de l’humanité à bout de souffle et gangrénée par l’individualisme et la paranoïa, n’a rien d’optimiste… On n’en ressort pas en pleine forme, mais avec la certitude, toutefois, d’avoir vu naître un cinéaste très, très talentueux.

survivalistfingleton

Deathgasm, de Jason Lei Howden (séance interdite)

Une “comédie gore venue de Nouvelle-Zélande” : presque un pléonasme depuis que Peter Jackson en a fait une spécialité locale avec Bad Taste et Brain Dead dans les années 80-90. On ne compte plus le nombre de bébés Jackson nés dans la foulée, parmi lesquels Jason Lei Howden, qui a toutefois le bon goût de s’inspirer non des méfaits de son aîné (ça peut devenir lassant, faut dire), mais plutôt d’Evil Dead et de Tenacious D, empruntant au premier ses deadites ricanants et parfaitement dégueulasses, et au second, sa géniale trame scénaristique : un patelin chiant comme la mort, des fans de death metal, une partition capable de réveiller des démons… N’en jetez plus. On tient là, LA séance délirante du PIFFF 2015 qu’on pensait pourtant, avant le début du festival, acquise au très décevant Virgin Psychics. Avec ses gags imparables, ses dialogues à vomir de rire, ses créatures occises à coup de sex toys, ses agités de la tronçonneuse, ses giclées d’hémoglobine, Deathgasm est un spectacle généreux et hilarant, en forme de cri d’amour trash à un courant musical dont toutes les préconceptions sont détournées avec beaucoup d’inventivité. On trouvera difficilement mieux ces prochains mois au rayon “comédie gore venue de Nouvelle-Zélande”, donc.


Deathgasm (2015) – Theatrical Trailer par pifff

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