[#PIFFF 2015] Tous à poil !

20/11/15 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , , , ,

 

LH

Lucile Hadzihalilovic, venue présenter Evolution au PIFFF.

 

On attend toujours le film qui nous fera chavirer cette année, comme The Cleaner en 2012, The Battery en 2013, ou encore The Duke of Burgundy l’an dernier. Encore raté en cette troisième journée pourtant peu avare en petites réjouissances qui à défaut d’être renversantes, révèlent des talents en gestation et confirment ceux de l’ancienne garde. Côté compétition, le sensoriel aquatique affronte les meurtres surnaturels au rasoir. En parlant de rasoir, entre le singe poilu de Romero et les meufs à poil de Sono Sion, le grand écart nous a fait frôler le claquage.

Some kind of hate, de Adam Egypt Mortimer (en compétition)

Traiter le triste phénomène du harcèlement chez les adolescents par le prisme du slasher surnaturel : l’idée est aussi intéressante qu’adroitement mise en image par le jeune réalisateur Adam Egypt Mortimer qui avec un nom pareil, a peut-être eu quelques problèmes relationnels au lycée. Mais pas aussi sérieux que ceux vécus par sa protagoniste, Moira, assassinée entre les murs d’un établissement pour jeunes à problèmes dirigé par un gourou new age peu regardant sur le respect du règlement intérieur. Quelques années plus tard, la détresse de Lincoln, lui aussi victime de harcèlement, réveille Moira, bien décidée à se venger. Attention : c’est du brutal. Ne s’interdisant aucun excès, Adam Egypt Mortimer privilégie la surenchère de violence à la pure angoisse qu’aurait pu lui inspirer le genre même du film de fantôme. Moira n’a d’ailleurs rien de spectral, la jeune femme apparaissant de façon très concrète aux yeux de ses victimes, qu’elle taillade à coups de rasoir par procuration – en se scarifiant elle-même. Le tout sur une bande-originale blindée de morceaux de death metal se superposant aux hurlements des personnages pour faire plonger le film dans une ambiance proprement hystérique. Beaucoup plus surmontable, ceci dit, que le malaise suscité par l’identification du spectateur à Moira, victime puis bourreau dont on a du mal à condamner les actes malgré leur extrême barbarie.


Some Kind of Hate (2015) – Theatrical Trailer par pifff

Monkey shines (Incidents de Parcours), de George A. Romero (séance culte)

Trois ans après avoir bouclé, en 1985, sa trilogie des morts-vivants (qui deviendra, bien plus tard, une pentalogie – on a la flemme de vérifier si le terme existe), George A. Romero se lance dans un projet dont il n’est pas l’initiateur. Une première pour le réalisateur, qui gardera de cette expérience chapeautée par le studio Orion, des souvenirs désagréables. Mais si la créativité du réalisateur se retrouve entravée, le résultat demeure fascinant. Avec pour personnage central, une petite guenon, Ella, qui officie en tant qu’aide médicale pour un jeune homme tétraplégique, Allan (la proximité phonique des deux noms n’est pas innocente), le film aurait pu sombrer dans le risible, voire pire. Mais Monkey Shines parvient à s’intégrer dans l’univers de Romero, collant au plus près aux marottes du cinéaste, dont l’opposition entre humanité et animalité : à mesure que les manipulations génétiques humanisent dangereusement Ella (à l’image du Bub de Day of the dead), l’accident dont il a été victime révèle la frustration d’Allan, jusqu’à faire éclater sa bestialité. Les deux personnages finissent par établir un lien télépathique à l’origine de plusieurs mises à mort cruelles – la dernière, pas des moindres, amenant presque à s’interroger sur le mauvais virage qu’a pris l’évolution…

monkey-shines

Evolution, de Lucile Hadzihalilovic (en compétition)

On ne s’attendait pas vraiment, de la part de Lucile Hadzihalilovic, à une trame narrative limpide, connaissant le goût de la cinéaste pour l’expérimentation formelle et sensorielle. On ne s’est évidemment pas trompé. S’il est difficile de revenir de cette immersion avec un avis tranché, impossible en revanche, de rester insensible à la renversante beauté des images, en particulier les prises de vue aquatiques qui tendent à faire du film une allégorie de la gestation, de la (re)naissance et du difficile (impossible?) passage à l’âge adulte : au milieu des vagues, des garçonnets s’agitent, n’en émergeant que pour subir des expériences étranges entre les murs d’un hôpital délabré. Toutes les acceptions du terme “délivrance” y sont matérialisées entre deux séquences oniriques, inquiétantes, indéchiffrables, indescriptibles. Beau, fascinant, mais apte, aussi, à faire plonger une partie des spectateurs dans un ennui abyssal – ce que certaines réactions au sortir de la salle ont globalement confirmé.


Evolution (2015) – Teaser International par pifff

Virgin Psychics, de Sono Sion (hors compétition)

C’est une tradition au PIFFF : le quota de cinéma japonais débile. Cette immense responsabilité est confiée, cette année, à Sono Sion. Avec Virgin Psychics, le très prolifique réalisateur (cinq films en 2015) respecte le cahier des charges : des adolescents puceaux se retrouvent flanqués de superpouvoirs leur permettant de sauver le monde menacé par une inquétante prolifération de femmes à poil (ou presque). Profondément con, le film aurait pu être très drôle, à l’image de Hentai Kamen et R100, bizarreries hilarantes également à base de petites culottes, projetés lors des précédentes éditions. Mais malgré quelques personnages vaguement marrants, Virgin Psychics est hélas, plutôt pénible à regarder et finit par sérieusement agacer, en partie à cause de la redondance de certaines séquences aussi excitantes qu’une maîtresse sado-maso en pull jacquard (entre autres, la rencontre entre le héros et la femme de ses rêves, copiée-collée au moins 5 fois). “Plus c’est long, plus c’est bon”, qu’ils disaient…


The Virgin Psychics (2015) – Theatrical Trailer par pifff

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