[#PIFFF 2015] Une journée “monstres”

19/11/15 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , ,

complexe

La compétition démarre en ce second jour de festival, avec en guise de challengers, un rideau de douche baladeur et un cauchemar caniculaire qui donne soif. Côté séance culte, un Darkman qu’on a toujours considéré comme sympa-mais-sans-plus dans la filmo de Sam Raimi et qu’après avoir vu enfin sur grand écran, on considère comme… sympa-mais-sans-plus. Comme souvent, le coup de coeur est à chercher hors compétition, avec la projection du documentaire Le Complexe de Frankenstein, hommage aux magiciens qui dans l’ombre des grands réalisateurs, font naître les grands monstres.

Curtain, de Jaron Henrie-McCrea (en compétition)

L’affiche vendait du rêve. Un rideau de douche, deux yeux maléfiques, la promesse d’un premier film un peu foufou, bricolé avec trois pinces à linge et beaucoup d’humour. Il y a un peu de tout ça, dans Curtain, mais aussi beaucoup (trop) de passages à vide, des maladresses techniques imputables au budget famélique du film (financé par crowdfunding), un scénario qui aurait gagné à être plus fun, et des rideaux qu’on préfèrerait éclaboussés d’un gore joyeux plutôt que paresseusement aspirés par le mur de la salle de bain. On veut bien reconnaître au film une originalité à toute épreuve (la porte de l’enfer à un mètre du lavabo, on ne nous l’avait encore jamais faite) mais on s’attendait à un peu moins de retenue.


Curtain (2015) – Theatrical Trailer par pifff

Darkman, de Sam Raimi

DarkmanPremière séance culte du PIFFF consacrée au personnage imaginé par Sam Raimi en 1990. Pas vraiment le film qu’on cite spontanément pour souligner le génie créatif du réalisateur d’Evil Dead mais celui qu’on aime brandir en bon cinéphile lorsqu’on veut faire taire ceux pour qui Spiderman est le seul film de super-héros tissé par Raimi (oui, il y en a). Indubitablement, le grand écran rend justice au génie du réalisateur, qui par la grâce d’une mise en scène spectaculaire (et avec la complicité du compositeur Danny Elfman, fraîchement revenu du succès du Batman de Tim Burton), iconise un homme blessé qui n’a finalement aucun pouvoir sinon celui de changer de visage (de préférence celui de ses ennemis). Le scénario, balisant les chemins les plus courts pour caractériser des personnages caricaturaux à mort, n’est certes pas le point fort de Darkman, mais il reste, vingt-cinq ans après, toujours aussi émouvant. On en dira peut-être pas autant, en 2030, des innombrables films de superhéros super formatés et parfois super bourrins qui monopolisent les écrans ces derniers temps.

Blind Sun, de Joyce A. Nashawati (en compétition)

Voilà une petite expérience visuelle qui erre encore, quelques heures après sa projection au Grand Rex, dans l’hémisphère gauche de notre cerveau. Le contexte géographique (la Grèce), météorologique (la chaleur suffocante et les restrictions d’eau) et politique (le protagoniste est un immigré sur lequel se pose une multitude de regards suspiscieux) permet à la réalisatrice de livrer une oeuvre paradoxalement glaçante – “un film de peur au soleil” résume t-elle à l’issue de la projection. Pensé et exécuté comme un cauchemar caniculaire, Blind Sun est un terrain d’expérimentation visuelle pour Joyce A. Nashawati (et son directeur de la photographie, particulièrement inspiré), mais dont l’abstraction pourra faire sombrer une partie du public dans la léthargie. Pour nous, l’effet hypnotique a été immédiat.


Blind Sun (2015) – Theatrical Trailer par pifff

Le complexe de Frankenstein, de Gilles Penso et Alexandre Poncet (hors compétition)

Après Ray Harryhausen, le Titan des effets spéciaux, Alexandre Poncet et Gilles Penso partent à la rencontre de ceux qui donnent vie aux créatures peuplant l’imaginaire des grands cinéastes du fantastique et de l’horreur. Avec pour figures tutélaires les premiers magiciens que furent Lon Chaney, Willis O’Brien (King-Kong, 1933) ou encore Jack Pierce (le maquilleur de Frankenstein), les différents intervenants (Guillermo Del Toro, Joe Dante, John Landis, les frères Chiodo, Rick Baker…) évoquent la naissance de leurs monstres les plus emblématiques – manipulations et démonstrations à l’appui, du slow motion aux prothèses de latex en passant par les marionnettes. “On voulait les montrer non comme des techniciens, mais comme des artistes“, explique Alexandre Poncet. Le cahier des charges est plus que respecté. Même si les exposés techniques ne manquent pas, le processus créatif à l’oeuvre dans la naissance des Gremlins, loups-garous, Predator, Alien et autres Critters qui hantent notre bestiaire de cinéma, ne peut s’accomplir qu’à condition de ne jamais sacrifier sa part d’enfance – la notre et la leur. Généreux en images inédites, en interviews passionnantes et en anecdotes savoureuses, Le Complexe de Frankenstein offre en outre, l’occasion de s’interroger sur les effets néfastes ou bienfaiteurs des trucages numériques, avec en témoins charnières de la transition, les dinosaures de Jurassic Park. Le même type de débat avait été lancé en 2012 au PIFFF avec le documentaire Side by Side, qui arbitrait le combat entre pellicule et numérique. On avait alors sans hésitation, choisi notre camp – celui des puristes, diront les médisants. Après avoir vu Le Complexe de Frankenstein, on n’est pas près de changer d’avis. “Quand on sera saturé d’images de synthèse, on reviendra sans doute aux images brutes” prédit Gilles Penso. Un pronostic que le prochain Star Wars, s’il redonne comme promis la part belle aux effets mécaniques, confirmera peut-être.

 

 

 

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1 commentaire

    Quentin  | 19/11/15 à 12 h 51 min

  • le complexe de Frankenstein a vraiment l’air génial !!!!

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