PIFFF2013 : Alex De La Iglesia ouvre les festivités

20/11/13 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , , ,

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On retrouve le PIFFF tel qu’on l’avait laissé en novembre 2012 : deux files d’attente à l’entrée du Gaumont Opéra Capucines, une salle chauffée à 400 degrés celsius, des bénévoles en t-shirt (ils sont habitués au climat du lieu, il faut dire), un discours de Gérard Cohen (le président du PIFFF) sur la nécessaire mobilisation face aux difficultés rencontrées par le cinéma “de genre” pour trouver le chemin des salles. Et un film d’ouverture un peu déjanté. Juste ce qu’il faut, histoire de donner le ton. L’an dernier, Don Coscarelli n’avait pas fait le déplacement, mais son film John Dies at the End, avait ouvert les festivités dans un déluge d’anti-conformisme rafraîchissant. Alex de la Iglesia, lui, est venu d’Espagne pour présenter les Sorcières de Zuggaramurdi, avec une fougue peu commune: “vous allez voir un mauvais film, réalisé par un mauvais cinéaste, dans un mauvais festival” lance t-il joyeusement au public, qui rit de bon cœur sans comprendre la blague. A moins que ce n’en soit pas une.

LES SORCIERES DE ZUGARRAMURDI

Trois braqueurs – dont un enfant de 10 ans, en fuite vers la frontière française, vont se réfugier pour la nuit dans la ville de Zugarramurdi, haut lieu de la sorcellerie, à la veille d’une très importante réunion de milliers de sorcières.

Alex de La Iglesia ne fait pas dans le conventionnel. Y compris pour promouvoir ses films, comme en attestent les vidéos qui ont circulé il y a quelques semaines, alors que sortait Les Sorcières de Zugarramurdi en Espagne. Dans les abris bus ou un cinéma de Madrid, de grandes affiches du film dissimulaient une femme grimée en sorcière qui surgissait de sa cachette pour effrayer les passants, montés sur ressorts. On ne sursaute pourtant pas souvent devant Les sorcières…, film plus drôle que terrifiant, plein du début à la fin de cette folie furieuse chère au réalisateur espagnol, quitte à frôler parfois, l’indigestion de gros n’importe quoi. Déjanté, explosif, oscillant de la comédie au fantastique, de l’absurde au fantasque, le film ne ressemble à rien de connu, sinon à du Alex de La Iglesia (Le Jour de la Bête, entre autres). Dés le générique, où des portraits de femmes célèbres défilent (on y croise Eva Braun, Margaret Thatcher, Frida Kahlo, Angela Merkel…), d’emblée assimilées aux créatures passablement hystériques qui s’apprêtent à hanter l’écran, le cinéaste se pose en pseudo misogyne. Il nous avait prévenus dans son discours : le film s’inspire en partie de son divorce. Il a des comptes à régler. Mais il ne nous leurre pas longtemps, son ambition réelle, à mille lieux des velléités machistes qu’il prétend mettre en avant, étant de célébrer la femme sous tous ses aspects. Belle, moche, jeune, vieille, très vieille, castratrice, aimante. Ensorcelante. Ici personnifiée par trois sorcières qui, si elles laissent les balais au placard (sauf au détour d’une scène puissamment sexy), consomment du crapaud et de la chair humaine avec un appétit égal, la Femme y gagne une majuscule, et les hommes redeviennent tout petits – jusqu’à se faire littéralement bouffer.

las-brujasLes protagonistes, braqueurs amateurs qui dévalisent un magasin d’or déguisés en soldat vert, en Jésus, Minnie et Bob l’Eponge, sont des machos en puissance – l’un d’eux, un garçonnet décomplexé de la gâchette, est un macho en devenir. Après une séquence d’ouverture géniale, traversée de fulgurances et de parti-pris un peu barjos – l’enfant prend les armes, Bob l’éponge périt sous les balles, des innocents qui passaient par là se font descendre dans la foulée – le film change brutalement de cap. Le basculement dans le fantastique se fait dans la douleur pour les héros : quel pire cauchemar, pour des hommes qui méprisent les femmes, que de se retrouver coincés dans un village de sorcières ? Sans jamais sacrifier l’humour barré et le jusqu’au-boutisme dont il fait sa marque de fabrique, De la Iglesia déroule avec fracas son scénario improbable, enflamme les conventions et la bien-pensance, fait marcher ses sorcières au plafond et ses machos à la baguette, et décoche une réplique de génie par dialogue. Sans être le film de l’année, Les Sorcières de Zugarramurdi fait le job : il réhabilite la femme caractérielle aux yeux des hommes qui, au final, rendent la culotte qu’ils croyaient porter. Si la fin du film, frappée d’une hystérie collective indigeste et lourdingue, permet encore de décrocher quelques sourires, on rit moins franchement face à certains choix formels dont celui qui consiste à parer l’image d’une photographie verdâtre assez détestable – œuvre d’un chef op daltonien ou d’un étalonneur bourré – qui finit rapidement par nous sortir par les yeux.

Les Sorcières de Zuggaramurdi de Alex de la Iglesia, sortie salle le 8 janvier 2014.
Plus d’infos PIFFF : http://www.pifff.fr/

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