PIFFF2013 : Animals / Seconds / All Cheerleaders Die / Byzantium

22/11/13 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , ,

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Cette année au PIFFF, on se nourrit presque exclusivement de chewing-gums à la cerise. Pour cette édition, les organisateurs ont revu leur grille horaire : le festival dure 5 jours (contre 10 l’an dernier), mais en contrepartie, il faut sacrifier ses repas, ses cafés, sa vie, ses après-midis, pour assister à toutes les projections et livrer ses articles dans la nuit. Même sanction que l’an dernier, donc : on n’a pas le temps de manger, malgré les efforts déployés par notre logeuse (Engy) pour assurer le ravitaillement. Jour 3 : après une courte nuit (les articles ne s’écrivent pas tout seuls), et une matinée presque grasse (les articles ne se fignolent pas tout seuls non plus), on va enchaîner quatre films, dont deux en compétition. On n’est pas couché…

ANIMALS

animalCurieuse expérience que ce film dans lequel un jeune garçon triste et renfermé, Pol, a pour seuls amis son ours en peluche, Deerhoof, et une camarade de lycée dont il ne saisit jamais la main tendue. L’arrivée d’un nouvel élève et la disparition d’une autre vont faire basculer la vie de Pol et le confronter à toute la noirceur dont il s’était protégé grâce à sa complicité avec Deerhoof que Pol dote, par son imagination, de vie et de parole. Difficile de raconter ce que Marçal Fores montre à l’écran, tant l’abstraction dont il enveloppe son film le fait plus d’une fois flirter avec l’onirisme. Difficile aussi de savoir si que l’on voit est le fruit de l’imagination de Pol ou celui d’une réalité très terre à terre. A ce titre, la scène de la tuerie au lycée est révélatrice des intentions du réalisateur : nous bercer d’illusions. A l’image de celles qui régissent la vie de Pol, personnage qui se cherche (sexuellement, socialement, musicalement) dans un film aussi ambigu que lui : on y parle deux langues (l’anglais et l’espagnol), on hésite entre rester un enfant et devenir un adulte, entre les filles et les garçons, les jouets en peluche ou les êtres humains, on y souffre pour rester en vie, on y croise des vivants et des morts, sans vraiment savoir auquel de ces deux mondes les protagonistes appartiennent. Très beau, très triste et difficilement pénétrable, le film n’a pas fini de faire son chemin dans nos têtes. On y reviendra sans doute.

L’OPÉRATION DIABOLIQUE

Comment un chef d’œuvre pareil a t-il pu se retrouver affublé d’un titre français aussi ridicule ? Les yeux fermés, on était prêt à parier que le film de cette nouvelle séance culte (après Re-Animator la veille), verserait dans l’espionnage ou le satanisme. Le titre original, Seconds, ne nous aurait pas non plus mis sur la voie, il faut dire. Le choc n’en est que plus grand. Réalisé en 1966, Seconds envoute d’entrée de jeu, avec un générique magistralement mis en images par Saul Bass, qui livre par bribes les différentes facettes d’un même visage. Celui qui, un peu plus tard, sera détruit puis reconstruit (la fameuse opération diabolique du titre français). Celui de deux acteurs différents (dont Rock Hudson, génial), incarnant un même personnage. Peinture sombre d’une société matérialiste où les relations humaines sont devenues accessoires, la liberté individuelle inatteignable, et les autres modes de vie illusoires, Seconds étouffe, dérange, hypnotise. Les nombreux gros plans et autres angles de caméra peu conventionnels et séquences cauchemardesques, distillent le malaise, jusqu’au dénouement, implacable. Visuellement très libre, Seconds fascine a posteriori, pour sa mise en scène avant-gardiste et son propos glaçant, toujours actuel.

ALL CHEERLEADERS DIE

alldieAprès avoir été tuées par une bande de méchants voyous qui veulent dominer le lycée du haut de leurs petits pectoraux, quatre pom-pom girls ressuscitent grâce à une copine un peu sorcière et se mettent en tête de se venger. Rien de séduisant dans ce synopsis débile, sinon la présence rassurante, derrière la caméra, de Lucky McKee (May, the Woman…) et Chris Sivertson (The Lost, I Know who Killed me). Honnêtement, on s’attendait à pire. A vrai dire, on ne s’attendait pas du tout à ça. La première séquence, filmée à la première personne, nous embarque vraiment (surtout la chute) et les héroïnes se révèlent beaucoup moins superficielles que ce qu’on craignait, même si le film (à l’inverse de certains de ses personnages), ne vole globalement pas très haut. Sans doute parce qu’il se montre trop ambitieux dans son envie flagrante de survoler tous les genres possibles : à la fois teen-movie, comédie, film de vampires avec aussi une sorcière, des lesbiennes, du cannibalisme, du mauvais goût… Le film pioche sporadiquement dans tout ça à la fois, à tel point qu’on se s’y retrouve plus dans cet énorme bordel vaguement féministe mais assez original. Des bimbos revenant à la vie après avoir ingurgité post-mortem des cailloux fluorescents qui aiguisent leur soif de sang frais, on ne nous l’a pas souvent faite. Dit comme ça, ça a l’air con. Ça l’est quand-même un peu.

BYZANTIUM

byzantiumPresque 20 ans après Entretien avec un Vampire, porté aux nues pour son casting de beaux gosses (Tom Cruise, Brad Pitt, Antonio Banderas…) et décrié pour les mêmes raisons, Neil Jordan explore à nouveau la mythologie d’une créature qui a dû faire l’objet d’environ 300 millions de films depuis que le cinéma existe. Et pourtant, Byzantium se démarque nettement de tout ce qu’on a pu ingurgiter de pire (Twilight) ou de meilleur (Morse) ces dernières années. Car toute tentative d’aller à contrepied des codes habituels, pour maladroite qu’elle soit, est toujours salutaire. Pas de dents pointues, ni d’allergies alimentaires et religieuses, encore moins de cercueils en guise de literie. Les créatures de Neil Jordan sont doublement liées par le sang : celui dont elles s’abreuvent pour rester en “vie”, et celui qui continue de couler dans leurs veines. Mère et fille réunies dans l’éternité par un rituel inhabituel dans le genre (une confrontation avec son propre démon sur une île déserte et rocailleuse – du jamais vu, donc), les deux héroïnes errent en quête d’une socialisation difficile à acquérir.  Ces deux-là ont recours à la prostitution et la mendicité pour subvenir à leurs besoins. Glauque, mais pas que : c’est dans la mort qu’elles accèdent au libre-arbitre (après avoir subi, de leur vivant, leur petit lot d’atrocités) et surtout, à la compassion : l’une d’elles épargne les faibles pour se repaître des bourreaux. L’autre accompagne les personnes mourantes, permettant au film d’aborder un autre thème dont étonnamment, aucun réalisateur (ou très peu) n’avait encore mesuré l’intérêt : l’euthanasie, qui pare le vampire d’une humanité jusque là inédite. La mort non comme châtiment, mais comme offrande. Il fallait y penser. C’est dans ces digressions que le film réussit à surprendre malgré quelques scories scénaristiques qui lui ont valu un accueil mitigé ces derniers mois. Paré de cette originalité tout à son honneur, Byzantium, qui ne connaîtra en janvier qu’une sortie en DVD*, est un film superbement mis en image, au rythme lancinant et baignant dans une obscurité élégante. Mais au dénouement tarte et complètement bâclé.

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*On y reviendra, avec notamment un entretien filmé avec le réalisateur, enregistré il y a quelques mois lors du festival du cinéma irlandais.

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1 commentaire

    Leskimo  | 22/11/13 à 12 h 17 min

  • Seconds, très bon film avec toujours l’univers paranoïaque cher à Frankenheimer.

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