PIFFF2013 : L’Etrange Couleur des Larmes / Cheap Thrills / Nuit Stephen King

24/11/13 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , ,

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Samedi 23 novembre – JOUR 5 : On tient le rythme. En tout cas, on essaie. Mais comme il faut écrire vite avant d’attaquer les projections du lendemain (et parce qu’on a envie de dormir), on va tout de suite abréger ce paragraphe d’introduction.

L’ÉTRANGE COULEUR DES LARMES DE TON CORPS

larmesLe voilà enfin, le film qu’on a attendu des mois en lacérant des vestes en cuir et des tranches de jambon à coups de Gillette pour se mettre dans l’ambiance. Le second long-métrage de Bruno Forzani et Hélène Cattet est beau comme son titre, mais ressemble finalement trop à son prédécesseur pour nous renverser. Après avoir vu Amer, ainsi que le segment O for Orgasm de The ABCs of Death (et le jingle vidéo du PIFFF, variation autour du Chien Andalou de Buñuel), on sait à quoi s’attendre visuellement : une réappropriation des codes du giallo, une expérience purement sensorielle où l’intrigue se noie dans un déferlement de visions d’horreur et des séquences dont on ne sait plus trop si elles sont rêvées ou réelles. La sensation est ici un socle formel, et tout entendement est banni – sauf si on ouvre assez les yeux pour tenter de déchiffrer ce qui se passe à l’écran : un homme cherche son épouse disparue, se perd dans les dédales d’un immeuble où même les murs ont des secrets, et où les femmes s’évanouissent, ne laissant derrière elles qu’un chœur de soupirs extatiques. Un film de Cattet-Forzani ne se comprend pas, il se regarde, comme une œuvre d’art à l’état pur. Une œuvre forcément violente. Les deux maniéristes lacèrent l’image, meurtrissent les chairs des personnages, étranglent les conventions. Un peu trop long pour fasciner entièrement, L’Étrange Couleur… est aussi un film qui s’écoute, même si cette fois, les limites sont franchies niveau auditif. Le travail sonore est remarquable, mais broie les tympans, agressant plus que de raison le spectateur vite épuisé par l’expérience. A rapprocher du travail de Peter Strickland (qui a d’ailleurs collaboré à l’Étrange Couleur… et qui explorait également le mystère du son au cinéma dans son magnifique Berberian Sound Studio), pour sa beauté plastique, son approche expérimentale et la mise à l’épreuve qu’il impose au spectateur.

CHEAP THRILLS

cheapDeux amis qui ont commencé leur soirée dans un bar vont la finir dans la maison d’un couple d’excentriques qui leur proposent beaucoup d’argent contre des défis à relever. D’abord anodins, les défis deviennent de plus en plus violents, malsains et pervers. Une excellente idée de court. Étirée sur plus d’une heure et demi, elle devient vite lassante. Les scénaristes usent le concept jusqu’à la corde, meublent les vides entre deux paris avec quelques dialogues superflus, mais peuvent compter sur le quatuor d’acteurs, tous impeccables, pour faire oublier que le film n’a finalement pas grand chose d’original à agiter, sinon cette question que tout le monde (et une multitude de films) s’est déjà posée : jusqu’où serait-on prêt à aller pour de l’argent ? Ne pouvant compter sur la folle audace de sa trame scénaristique, le film a la bonne idée de tout miser sur l’humour, s’imposant davantage comme la bonne comédie trash qu’il est, que comme le mauvais film d’horreur qu’il aurait pu être.

NUIT STEPHEN KING : CARRIE, LA VENGEANCE

Organiser une nuit Stephen King quelques jours seulement après la première visite de l’écrivain en France (lire notre dossier) : bien ! Projeter en exclu la nouvelle version de son premier roman, Carrie : pas bien !

carrieOn s’attendait à ce que ce soit mauvais. On avait tort : c’est encore pire que ça. On ne fera pas à cette relecture du Carrie de Stephen King l’honneur de lui consacrer plus de 10 lignes. Véritable insulte à l’œuvre de De Palma, ce nouveau Carrie a bien fait marrer les festivaliers du PIFFF, ce qui en dit long sur le ratage intersidéral de la réalisatrice Kimberly Pierce, mais aussi celui de Chloe Grace Moretz, en surjeu permanent. Julianne Moore s’en sort plus ou moins bien, même si son personnage (la mère abusive) – au potentiel dramatique pourtant illimité – est ridiculisé par la caricature dont il fait l’objet. On passera rapidement sur la caractérisation inexistante de seconds rôles essentiels et sur les pouvoirs démultipliés de Carrie (et maintenant, elle vole, figurez-vous…) pour pleurer un bon coup sur la catastrophique mise en images du dénouement, les dialogues affligeants, les effets spéciaux pourris, la musique plutôt moche (en même temps, passer après Pino Donaggio…), et encore une fois, l’incapacité de l’actrice principale à rendre crédible la moindre des situations dans laquelle elle se trouve – même quand elle cout sa robe, on n’y croit pas. Quant au procédé consistant à entourer Chloé Moretz d’un casting de bimbos hyper bustées et glossées à mort pour faire croire qu’elle est dotée d’un physique ingrat, libre à chacun de croire que le spectateur n’est pas un peu pris pour un con. Ici en tout cas, on n’est pas dupes.

Le reste de la nuit Stephen King est consacrée heureusement aux valeurs sûres que sont Creepshow (un Romero sans zombies, culte à mort. Un peu vieillot. Mais on s’en fout), Simetierre (toujours aussi terrifiant. Un peu daté. Mais on s’en fout aussi) et le Christine de John Carpenter, monument du fantastique des années 80, grand film sur l’adolescence (on l’oublie un peu trop souvent) qui arrive même, à de nombreuses reprises, à surpasser le roman de King.

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1 commentaire

    Aline  | 24/11/13 à 17 h 44 min

  • Magnifique compte rendu de cette folle journée … Tout à fait d accord avec notre impétueuse journaliste (qui n hésite pas a donner de sa personne pour défendre les couleurs du fantastique).
    Tiens, je ne suis pas la seule à être sortie épuisée par l étrange couleur…. Magnifique film,bad trip…
    J étais sûre que la nuit S. King en mettrait pleins les mirettes…
    Vivement le palmarès …

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