PIFFF2013 : The Wicker Man / Wolf Creek 2

26/11/13 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , , ,

Wolf-Creek-2

Dimanche 24 novembre – Jour 6 : Aujourd’hui, on sèche les courts. Besoin de dormir, envie de manger. La séance de 14h se fait sans nous. Il ne reste donc que deux films à découvrir dans cette sélection 2013, à laquelle on reconnaît bien volontiers un niveau de qualité et d’exigence tout à l’honneur de Fausto Fasulo (le directeur artistique du festival. Le mec qui choisit les films, quoi). Quitte à laisser sur la touche ce qu’une partie du public était venue chercher : du gore, de l’horreur et des femmes à poil. Cette année, on a fait dans la dentelle, la finesse, l’onirisme, le raffinement, l’ésotérique, le contemplatif, le spleen, on a élargi la frontière entre réel et imaginaire, on a préféré l’introspection à l’éventration, le trip visuel aux tripes qui débordent. Jugez plutôt : Animals, Real, L’Etrange Couleur des Larmes de ton Corps (encore que… ça gicle quand même pas mal, là dedans), Byzantium, The Battery, Love Eternal… Il n’y avait guère que Christine ou Simetierre pour réconforter les fans d’horreur, Cheerleaders must Die pour assurer le quota de décolletés, Re-Animator pour satisfaire les viandards (nous on s’en fout, on mange des légumes. Pendant le PIFFF, à vrai dire, on mange rien du tout, on n’a pas le temps). Et finalement, Wolf Creek 2 a changé la donne.

The Wicker Man

wicker_man_poster_01The Wicker Man fait partie de ces films dont on connait l’existence parce que le culte qui les entoure ne passe pas inaperçu – mais qu’on a pourtant jamais vus. Heureusement, on parvient à garder les yeux ouverts malgré les très courtes nuits accumulées depuis le début du festival. Difficile d’ailleurs de ne pas être littéralement absorbé par l’étrangeté des premières images, où le survol d’une île écossaise s’accompagne d’une musique folk à la fois rassurante et décontextualisée. On y suit un policier très croyant enquêtant sur la disparition d’une adolescente dans cet endroit où les dieux celtes se célèbrent lors de cérémonies païennes un peu hippies sur les bords, et où on apprend aux écolières à célébrer la toute puissance du phallus (!) Les numéros musicaux s’enchainent à mesure que le sergent Howie assiste impuissant à ce spectacle de dépravation, et que le spectateur cherche encore à comprendre où le réalisateur veut l’emmener. Jusqu’au géant d’osier, en l’occurrence, brûlé en sacrifice aux dieux des récoltes par les villageois. Howie y connaîtra les flammes de l’enfer, s’effondrant en même temps que le géant d’osier, pour laisser le soleil inonder l’écran. L’horreur finale, en pleine lumière (comme la majeure partie du film), tranche pour le moins avec les productions horrifiques britanniques des années 70, et les terreurs nocturnes des films de la Hammer. Avec Wicker Man, Robin Hardy redonne des couleurs (vives) à l’épouvante et offre à Christopher Lee un rôle hallucinant, celui du seigneur de l’île qui guide sa petite communauté vers l’inhumanité la plus… innocente. A la fois conte cruel où se rejouent les guerres de religion, comédie musicale barrée, manifeste bucolique post-mouvement flower power, The Wicker Man est un objet singulier qu’on ne parviendra décidément à faire entrer dans aucune case. Même s’il nous en fait perdre pas mal.

Wolf Creek 2

Cela n’avait échappé à personne : à la fin de Wolf Creek (2005), le psychopathe Mick Taylor s’en sortait sans trop d’encombres, après avoir occis les 3/4 du casting juste pour le fun. Enfin dans la lumière après avoir été presque réduit à une silhouette dans l’épisode précédent, Mick se charge à nouveau d’accueillir les touristes venus souiller SON pays (les offices de tourisme ne s’en relèveront pas) et repeupler son terrain de chasse. Beaucoup plus brutale que Wolf Creek, cette suite prend des risques contrôlés : la surenchère dans la violence, la caractérisation beaucoup plus appuyée du personnage devenu principal après avoir symbolisé une “simple” menace dans l’ombre, l’humour qui ne vient rien désamorcer sinon la certitude que tout finira bien pour la victime… Au passage, la subtilité du premier volet est complètement sacrifiée – à l’évidence, Mick Taylor ne peut être un personnage subtil. Le faire entrer dans la lumière impose qu’on le déleste de cette part d’ambiguïté qui avait contribué à en faire l’un des boogeymen les plus féroces de tous les temps. On y assiste à un déferlement d’horreur (et de kangourous) , de scènes gore et/ou absurdes se succédant à un rythme in(sou)tenable – même les silences mettent KO. Particulièrement ceux qui s’évanouissent à mesure que les sons caractéristiques (et perturbants) de la camionnette de Taylor (les crochets de boucher qui s’entrechoquent) se font entendre. McLean aurait pu se contenter de traumatiser à nouveau les spectateurs. Loin de se reposer sur ce seul et paresseux acquis, le réalisateur livre un film fort bien apprêté, où à l’art du hors champ dans le premier opus, il oppose une horreur plus frontale – construisant ainsi un diptyque presque parfait, à huit ans d’écart. Bien plus élégant que le personnage qu’il a créé, Greg McLean entérine son statut de vrai cinéaste, “le Kubrick du survival” dixit Jean-Philippe, qui est formel : Wolf Creek 2 est le meilleur film de ce PIFFF2013. On a bien envie de plussoyer.


Wolf Creek 2 (2014) – Official Trailer par pifff

Le Palmarès du PIFFF

Les récompenses distribuées à l’issue du PIFFF ont désormais un nom : l’oeil d’or. Effectivement, le public a dû regarder Cheap Thrills d’un seul œil. Loin d’être mauvais, le film de E.L Katz aurait surtout gagné à être raccourci d’une heure et à figurer dans la compétition des courts, tant le concept, pas follement original, est vite soumis à l’usure et la prévisibilité. On continuera à défendre The Battery de toutes nos tripes (Jeremy Gardner gagne l’Envrak d’or, mais il ne le saura jamais, le pauvre), même si on souhaite à Katz de poursuivre son excellent parcours dans les festivals où il est manifestement toujours accueilli avec enthousiasme. Côté courts, le très froid Jiminy rafle tout : public, jury, prix Ciné + Frissons. Inspiré de la série britannique Black Mirror (enfin, on suppute), le film d’Arthur Molard imagine un monde où des “criquets” implantés dans les cerveaux des gens prennent le contrôle de leurs corps pour les doter de compétences physiques préprogrammées. L’exécution est superbe. Le propos est plombant. Chez les courts internationaux, c’est le très joli The Man who Could not Dream qui sort vainqueur. A noter, la présence au palmarès de L’Étrange Couleur des Larmes de ton Corps, qui remporte le prix Ciné+ Frissons.


Cheap Thrills – Trailer par pifff

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