#PIFFF2014 : Bag Boy Lover Boy / Wake in Fright / The Duke of Burgundy / Why Horror ?

21/11/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , , ,

bag boy lover boy

Rien de mieux qu’un court-métrage bien dégueu pour faciliter la digestion. Ca tombe bien : L’après-midi commence avec Ink, du non illustre Andy Stewart, avec le non moins non illustre (mais qui gagnerait à le devenir) Sam Hayman. On prend la peine de l’évoquer après avoir injustement passé sous silence la qualité des courts jusqu’alors projetés au festival, pour le binôme presque parfait qu’il compose avec le long-métrage en compétition Bag Boy, Lover Boy, d’Andres Torres. Dans l’un comme dans l’autre, il est question de l’impossible “intégration” de marginaux invisibles aux yeux de la société, et animés par la quête du beau, quitte à semer la mort en toute innocence. Dans Ink, c’est son obsession pour les tatouages imprimés sur la peau des autres qui pousse le protagoniste à des actes extrêmes. Dans Bag Boy, … c’est par la photographie que l’étrange personnage central veut se faire une place dans la société. Mais à quel prix…

Bag Boy, Lover Boy : Antisocial

Plusieurs heures après la projection du film d’Andres Torres (son premier), difficile de déterminer si on l’a aimé ou pas. Impossible néanmoins de lui dénier sa capacité à susciter des émotions diverses : dégoût, fascination, perplexité… On rit. Beaucoup. Mais l’humour noir ne désamorce jamais le malaise provoqué par la simple vue du personnage principal, Albert, sorte de freak à la silhouette fragile et au visage étrange, pris entre les filets d’un photographe adepte des séances érotico-sordides. Bag Boy, Lover Boy ne ressemble à rien de connu, sinon au cinéma underground new yorkais dont Abel Ferrara est l’un des chantres. Ses personnages borderline, sa photographie tantôt ultra léchée et parfois granuleuse, ses séquences de shooting photo tournant au cauchemar et tombant dans le nauséeux, en font un objet arty épatant et désagréable, donc forcément digne d’intérêt.

Wake in Fright : Inhuman nature

Dans le cadre de ses “séances cultes”, le PIFFF présente : Wake in Fright (1971), de Ted Kotcheff, duquel on était loin de soupçonner qu’il avait réalisé autre chose que Rambo – First Blood. On regrette d’autant plus de n’avoir jamais eu l’occasion de voir ce grand film malade et complètement fou qu’est Wake in Fright, cauchemar poussiéreux vécu par un jeune instituteur (Gary Bond) en poste dans une école primaire de l’outback australien. Ce dernier se retrouve coincé pour les vacances, dans la ville de Bundanyabba, peuplée de péquenauds descendant la bière par dizaines de litres quotidiennement et passant leurs journées à parier sur des parties de “pile ou face”, à se taper la fille d’un pote et à dézinguer des kangourous lors de parties de chasse nocturnes. C’est d’ailleurs précisément à ce stade de la rédaction qu’on arrêtera de dire du bien de Wake in Fright, car un film montrant des images réelles de massacres d’animaux (dont on ne se contente pas de filmer la mort. Il faut aussi les voir atrocement souffrir) ne trouvera ici personne pour le défendre. Dommage : c’est un chef d’œuvre.

The Duke of Burgundy : Nights in white satin

L’épatantissime* Peter Strickland, qui nous avait terrassés avec Berberian Sound Studio il y a deux ans, poursuit son exploration du cinéma d’exploitation des années 60-70. Après le giallo, c’est aux films issus de la sexploitation que Strickland rend hommage avec The Duke of Burgundy, dont est bannie toute présence masculine. Dans l’ambiance feutrée d’une immense maison nichée au milieu des bois (les décors, intérieurs et extérieurs, sont sublimes), deux femmes se livrent chaque jour à un étrange rituel sado-masochiste figeant leur amour dans une mise en scène qui satisfait pleinement l’une mais pas l’autre. Jusqu’à la rupture ? Il ne faudra pas attendre bien longtemps pour savoir à quoi le titre du film fait référence : dans The Duke of Burgundy, l’une des deux héroïnes, Cynthia, est une spécialiste des papillons, dont elle étudie la moindre spécificité, jusqu’au son que chaque espèce émet pour communiquer. Le son, d’ailleurs, est à nouveau au cœur des recherches formelles menées par Peter Strickland pour livrer cette œuvre magistrale dont les amours saphiques ne sont qu’un prétexte pour aligner des plans à la beauté renversante, mais aussi les expérimentations auditives (la spatialisation sonore est parfaite, chaque bruissement est une musique). Première énorme claque du festival, The Duke of Burgundy est une expérience magnifique, qu’on tentera à nouveau à sa sortie.

* Le mot “épatantissime” n’existe pas. Ne le reproduisez pas chez vous.


The Duke of Burgundy (2014) – Extract par pifff

Why horror ? : Bonne question. Merci de l’avoir posée

WhyHorrorPoster-thumb-630x946-50972Quota de documentaire du PIFFF cette année, Why Horror? lance le journaliste canadien Tal Zimmerman sur les traces de sa passion pour le cinéma fantastique et horrifique, dans lequel il s’est spécialisé. Son enquête lui permet de partir à la rencontre de pointures dans le domaine (John Carpenter, George A. Romero, Don Coscarelli, les sœurs Soska, Eli Roth, Takashi Shimizu, Alexandre Aja etc) et de dresser l’historique du cinéma dit “de genre”, avec des détours picturaux et littéraires. Intéressant, mais un peu inutile dans la mesure où Why Horror, trop partie prenante pour être totalement honnête (mais où sont les “anti”, dans le film?) pose une question à laquelle chacun aura sa propre réponse tant elle relève de la pure subjectivité. Sympathique mais superflu, et nettement moins alléchant que les quelques minutes du Complexe de Frankenstein projetées en avant-première juste avant la séance. Après l’excellent documentaire dédié à Ray Harryhausen (Le titan des effets spéciaux), Gilles Penso et Alexandre Poncet rendent hommage aux créateurs des monstres avec lesquels on a grandi (Alien, Gremlins, Jurassic Park, Robocop etc). Y interviennent notamment Joe Dante, John Landis, Phil Tippett, Rick Baker, Chris Walas, Greg Nicotero… Le film, qui attend pour finir son montage les interventions imminentes de Guillermo Del Toro et Peter Jackson, sortira dans le courant de l’année prochaine. On en reparlera.

Lire notre “report” de la journée précédente en cliquant ici.

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1 commentaire

    Quentin  | 21/11/14 à 4 h 03 min

  • J’adore:) ces critiques son géniales :D
    Et Sam Hayman est un mec a suivre ^^

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