#PIFFF2016 : Anthropophagie, cyber-punk et chasse au redneck

10/12/16 par  |  publié dans : A la une, Cinéma | Tags : , , , , ,

31

PIFFF, jour 4 : on a arrêté de consommer de la viande il y a une douzaine d’années, et ça n’est pas la programmation du jour qui va nous faire changer de régime alimentaire. Au cœur de l’intrigue dans K-Shop et Grave, au détour d’une scène de 31, l’anthropophagie -pur hasard du planning- sert de fil rouge à cette quatrième journée. En parlant de bouffe : on a enfin pris le temps de se poser pour manger (une salade), pendant la séance de Grave, de Julia Ducournau, qu’on a vu au festival d’automne de Gardanne dans une salle qui s’est déchargée de cinq spectateurs dont une repartie sur une civière de pompiers (“rien à voir avec le film, elle manque juste de sucre” avaient-ils alors affirmé. Mouais).Ce dernier bénéficiera d’une sortie salle au mois de mars. Un exploit pour un film d’horreur français réalisé, cerise sur le gâteau, par une femme, et cerise sur la cerise, ancienne élève de la Femis. Le résultat : un petit bijou tenant davantage de Trouble Everyday que de Cannibal Holocaust. On a adoré. On en reparlera.

K-Shop : Salade, tomates, oignons, intestin, petit doigt…

On aurait aimé l’aimer, celui-là, après avoir découvert sa bande-annonce efficace et son synopsis prometteur. Entre les mains d’un réalisateur anglais (Dan Pringle), cette relecture de Sweeney Todd version kebab aurait pu élever sa portée sociale (le racisme, la connerie, la déchéance de la jeunesse anglaise quand sonne minuit…) par l’humour noir. Mais en l’absence de second degré, K-Shop est juste un film de vengeance moralement discutable où la seule surconsommation d’alcool justifie d’être transformé en plat du jour. Malgré la performance convaincante de Ziad Abaza, difficile de s’intéresser aux agissements nocturnes de son personnage après le premier bras hâché. Redondant, lourd, long, un poil moralisateur et traînant dans son scénario un personnage de “méchant” inintéressant et stéréotypé et un second rôle féminin qui n’apporte strictement rien à l’intrigue, K-Shop ne manque pas de bons moments, de belles idées et de scènes joliment immondes, mais pas assez pour qu’on ait envie de le revoir.


Bande-Annonce de K-Shop de Dan Pringle (VOSTF) par pifff

Hardware : ghost in the machine

Troisième et avant-dernière “séance culte”, la parabole futuriste et cyber-punk complètement fauchée de Richard Stanley, Hardware (1990), est présentée par son réalisateur en personne. L’occasion pour lui de revenir sur la production et le tournage de ce premier long-métrage comparé à tort à Terminator, comme à peu près tous les films opposant les humains aux robots dans un futur plus ou moins proche (on rappelle en passant que Mondwest a été réalisé avant Terminator. Alors maintenant taisez-vous). Empruntant davantage au cinéma de Dario Argento (notamment pour sa colorimétrie si particulière) qu’à celui de Cameron, Hardware est un combat brutal en huis-clos dans l’appartement d’une artiste manipulant le métal comme personne et bien plus canon que Sarah Connor (mais c’est pas difficile).

richardstanley(Oui, la braguette de Richard Stanley est ouverte. Et alors?)

Avec moins d’un million de budget à sa disposition, Stanley a dû redoubler d’inventivité pour rendre crédible l’univers post-apo de son film, limitant les prises de vue extérieures et patinant l’image de filtres aux couleurs chaudes, soignant également le look de son androïde détraqué qui défouraille le peu de décors avec une rage peu commune. Evidemment, le crâne de la créature arborant les couleurs du drapeau américain surligne la parabole, mais on ne voit aucune raison de le lui reprocher. Le questions-réponses suivant la projection a permis à Stanley de réaffirmer ses positions féministes, écologistes et antilibérales, et de régler ses comptes avec Harvey Weinstein : le producteur n’a manifestement pas laissé un souvenir agréable au réalisateur, qui le décrit comme un escroc (“je n’ai jamais touché d’argent sur Hardware alors que le film est toujours en exploitation aujourd’hui“) et un pervers (“il a juré de ruiner la carrière de Stacey Travis qui avait refusé ses avances. Il a tenu parole“). Bizarrement, l’anecdote n’a étonné personne.


Bande-Annonce de Hardware de Richard Stanley par pifff

31 : Rob Zombie fait ce qu’il sait faire de mieux : du Rob Zombie

La “séance interdite” de l’édition 2016 a offert aux spectateurs la chance inouïe de découvrir le dernier film de Rob Zombie dans une salle de cinéma. Une occasion devenue de plus en plus rare. Zombie a beau être l’un des réalisateurs les plus excitants de ces dernières années, il est aussi l’un des plus méprisés par ceux qui tiennent les cordons de la bourse. A tel point que pour boucler la post-production de 31, il a dû recourir au financement participatif. Loin de se laisser abattre par la perspective de réaliser un film à tout petit budget, Rob Zombie s’engouffre avec générosité dans l’univers qui l’a révélé en 2003 avec La Maison des mille morts : le grand-guignol trash voyant des rednecks se faire décimer par des tarés. Hommage totalement assumé au séminal Massacre à la tronçonneuse, 31 est un rollercoaster horrifique hanté par la présence traumatisante de Richard Brake qui après s’être bouffé un doigt dans The Incident, s’auto-pète la gueule avec beaucoup de conviction. Mais le film ne restera finalement pas dans les mémoires, handicapé par sa gémellité avec le premier long du cinéaste, ses personnages sous-exploités (Malcolm McDowell), son scénario écrit sur du papier cul et la permanente de Sheri-Moon Zombie. Il serait peut-être temps pour le cinéaste de passer à autre chose, comme il l’avait tenté avec The Lords of Salem, qui avait fortement divisé les spectateurs (on faisait partie des enthousiastes) mais avait au-moins le mérite de baliser d’autres univers.

Lire aussi : le 3e jour du PIFFF 2014

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