Dario Argento crée l’événement au #PIFFF2016

13/12/16 par  |  publié dans : A la une, Cinéma | Tags : , , , , , , ,

argentoPIFFF, jour 5. Et 6. C’était à prévoir : le rythme des projections a été interrompu net le samedi par la tenue d’un événement en marge du festival. Dario Argento, la veille de sa venue au PIFFF pour présenter une copie restaurée de Opera, consacre en effet deux heures de son planning à une séance de dédicaces dans la boutique Metaluna Store. Le réalisateur s’y plie à l’exercice avec un sourire immense, quelques mots à l’adresse de ses admirateurs et autant de photos pour lesquelles il pose sans rechigner. Manifestement, Argento est ravi d’être là. “C’est pas comme Carpenter!” persifle un fan qui vient d’immortaliser le moment, “on a payé 150 euros pour le rencontrer et on a même pas eu droit à un sourire!” – faisant référence au concert du réalisateur américain donné au Grand Rex au mois de novembre, et où le backstage était accessible aux fans moyennement une somme tout sauf modique. Le maître de l’horreur transalpine, lui, a offert à la soixantaine de chanceux qui s’étaient manifestés le plus rapidement pour obtenir un numéro de passage, un moment d’échange inestimable, au tarif symbolique de… 10 euros. Soit la somme déboursée pour acquérir un tirage photo à faire dédicacer en plus d’affiches ou DVD personnels. Tout le mérite en revient à l’équipe de Metaluna Store, qui a le bon goût de ne pas prendre ses clients pour des vaches à lait – en plus de regorger de trésors en tous genres (DVD, livres, CD, T-shirts, figurines…) et d’accueillir habitués et néophytes avec moult conseils avisés. En période d’achats de Noël, c’est bien de le souligner.

A part ça, on a quand-même vu un film (Sam was here) avant de filer à la boutique, et comme on l’a bien aimé, on vous en cause fissa.

Dimanche 11 décembre, l’édition 2016 du PIFFF s’est achevée avec la projection d’un film australien hautement réjouissant (Safe Neighborhood) et un palmarès qui a couronné sans surprise, Grave, de Julia Ducournau, dont on avait promis de parler au moment de sa sortie en mars. C’est dans trois mois mais c’est pas grave. Enfin, si, c’est Grave. Oh et puis merde…

Sam was here : tadadada tadadada tadadada tadadada*

L’une des plus belles surprises de ce PIFFF 2016 est française, figurez-vous, même si le désert californien où erre son unique personnage lui sert de toile de fond. VRP roulant dans une voiture qui nargue de son logo à trois branches les caravanes décrépies croisées par ci par là, Sam tombe en panne dans un paysage de désolation où il ne rencontre personne. Pas âme qui vive. Seules voix audibles : celles d’Eddy, animateur d’une émission de radio tournant en continu dans tous les postes que Sam allume, et celles des auditeurs s’émouvant de la cavale d’un tueur pédophile dans leur patelin poussiéreux.

samwashere

Vous pensez deviner la suite ? Attendez-vous à être désarçonnés. A l’image du héros paumé tombant rapidement dans un état de paranoïa avancé, le spectateur peine à obtenir des réponses aux nombreuses questions qu’il se pose. Et pour cause : personne à l’écran ne peut les apporter. Film d’ambiance pure où loin de se nourrir de l’obscurité, l’horreur surgit en pleine lumière, Sam was here est à la fois un survival, un thriller, une oeuvre surnaturelle, un cauchemar, une oeuvre hybride qui ne ressemble à nulle autre même si on pense parfois à Quentin Dupieux pour l’absurde discrètement distillé et ses paysages désertiques à la fois immenses et étriqués, ou à Eden Lake pour d’autres raisons qu’on ne dévoilera pas. On y pense, certes. Et on oublie. Car le réalisateur Christophe Deroo impose un univers qui lui est propre, ingère et régurgite les codes d’un cinéma de genre(s) qu’il aime et trahit joliment. Pour un premier film, doté d’un budget à cinq chiffres, tourné en une douzaine de jours, Sam was here constitue un sacré coup d’essai.

(*Générique de la Quatrième Dimension)

Keeper of darkness : Histoire de fantômes hongkongais

Ca y est : le PIFFF tient son tout premier film hongkongais, et pas n’importe lequel : Keeper of Darkness, de Nick Cheung (un acteur qu’on a beaucoup vu chez Johnnie To, notamment), énorme succès dans son pays au point que Cheung envisagerait une suite, a évidemment tous les atouts pour figurer dans la programmation d’un festival fantastique.

Sorte de croisement entre The Frighteners de Peter Jackson et les Feux de l’amour avec des ectoplasmes, le film suit le parcours d’un medium péroxydé (interprété par Cheung lui-même) capable de converser avec les esprits de l’au-delà -les bons commes les mauvais. Des esprits qui prennent corps à l’image sous forme de silhouettes flottant tout autour du héros, lequel se permet quelques allers-retours entre le monde des vivants et celui des morts, pour stopper net les ardeurs vengeresses d’un ancien dealer mort avec sa famille dans des circonstances tragiques. Entre deux séquences largement surdosées en effets numériques pas toujours heureux, on y rit franchement, on verse une larme parfois, on savoure surtout l’occasion qui nous est donnée de découvrir un cinéma qui assume ses ruptures de ton avec un bel aplomb. Un film à voir absolument en salle, s’il réussit un jour à s’y frayer un chemin au-delà de la grande muraille.

Opéra : Requiem en Dario mineur

L’événement de l’édition 2016 : La file d’attente devant le Max Linder plus d’une demi-heure avant le début de la séance témoigne de l’engouement collectif suscité par la venue de Dario Argento. Le réalisateur italien a accepté de présenter lui-même la copie restaurée de Opera (1987) à un parterre d’admirateurs qui lui réservent une longue ovation. Après une carrière étonnante où les chefs-d’oeuvre cohabitent avec les désastres, l’aura du maître auprès du public est aussi intacte que son humilité et son émotion face à l’accueil qui lui est réservé. A se demander comment un homme dégageant autant de douceur a pu imaginer et mettre en images des histoires aussi tordues. L’oeuvre unique de ce maniériste est bâtie par des figures épouvantables qui sévissent aussi bien dans le fantastique que dans le thriller (giallo, comme on dit à la maison). Dans un univers comme dans l’autre, Argento a souvent excellé (L’oiseau au plumage de cristal, Suspiria, Inferno, Profondo Rosso, Ténèbre, Phenomena…). Il s’y est aussi ces dernières années, abîmé (The Card Player, la Terza Madre, Giallo, Dracula 3D…) Opera est un entre-deux, la parfaite illustration du gouffre séparant le fond de la forme – les idées de mise en scène spectaculaires au service d’un scénario aux incohérences embarrassantes.

Pourtant, à y regarder de plus près, Opera raconte autre chose que ce qu’il montre (une cantatrice traquée par un mystérieux tueur). Il suffit de savoir lire une partition : celle que livre ici Argento est constellée d’auto-citations parfois flagrantes (les paysages de l’épilogue en Suisse rappellant ceux de Phenomena, la mouche qui s’agite devant l’objectif du personnage de Mark, le lacher de corbeaux en vue subjective semblable à un plan mythique de Suspiria…), comme un inventaire de ce que le cinéaste a pu créer de plus beau avant sa mort artistique qu’il semble annoncer via le personnage du réalisateur : “Arrête l’opéra, retourne faire des films d’horreur!” se voit-il suggérer au détour d’une scène tout sauf anodine. Il finira par y laisser sa vie un peu plus tard. Consciemment ou non, Argento pourrait bien nous demander, avec ce film, de le laisser mourir tranquille. La descente aux enfers surviendra effectivement juste après cet Opéra qui a tout d’un requiem.

Safe neighborhood : Maman, j’ai tué les voisins

Pour clôturer cette édition 2016 qui exceptionnellement, s’est tenue en décembre, rien de mieux qu’un bon petit film de Noël. Et celui qu’a ficelé le réalisateur australien Chris Peckover est plutôt relevé. Débutant sur le ton de la comédie pour glisser vers le home-invasion movie puis finir sa course dans l’angoisse pure, Safe Neighborhood tient à la fois de Maman j’ai raté l’avion et de Halloween. Sauf qu’ici, Peckover renverse habilement les rôles et réinvente la figure du déséquilibré avec une audace qui déclenche pas mal de rires… jaunes. Et ceux qui ont vu le film savent que c’est le cas de le dire.

safe-neighbor

Permettant à l’écran, une nouvelle cohabitation entre Olivia DeJonge et Ed Oxenbould (les deux jeunes acteurs de The Visit, de M. Night Shyamalan), le film multiplie les prises de risque et les ruptures de ton sans tomber dans certains écueils du home invasion (les jump-scares moisis, le tueur stéréotypé jusqu’à la hache…) même s’il en utilise certains pour mieux les tourner en ridicule (cf cette scène où la baby-sitter court se réfugier au grenier après avoir raillé devant sa télévision l’héroïne d’un film d’horreur qui… courait se réfugier au grenier). Une petite réussite à peine handicapée par son manque d’irrévérence (c’est vrai qu’on aimerait le voir aller encore plus loin), et qui mériterait une sortie en salle. Refrain connu.

Palmarès

On s’y attendait : Grave, de Julia Ducournau, obtient le prix du public cette année, ainsi que le prix Ciné + Frissons. Côté courts, le jury a sacré Margaux, de Joséphine Hopkins, Rémy Barbe et Joseph Bouquin. Le public, lui, a plébiscité Popsy, de Julien Homsy, tandis que le prix Ciné + frissons va à Dénominateur commun, de Quentin Lecocq. Enfin, dans la compétition internationale, Curve, de Tim Egan, repart en Australie avec son “oeil d’or”. Un palmarès où on a secrètement espéré voir figurer The Greasy Strangler (on lui remet un Envrak d’or, dont personne ne veut mais on s’en fout), notre coup de cœur de cette édition. En attendant la prochaine… Evidemment, on sera de la partie. Avec un peu de chance, Anne Hidalgo aussi.

ducournauLa réalisatrice Julia Ducournau venue chercher L’Œil d’or (prix du public) pour son film “Grave”

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