#PIFFF2016 : Redécouvrir David Lynch et mourir… et ressusciter

08/12/16 par  |  publié dans : A la une, Cinéma | Tags : , , , , ,

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PIFFF, jour 2 : premiers films en compétition, premier marathon (quatre films en tout), et pour la première fois, aucune tête chauve pour nous bouffer la moitié des sous-titres. On a pris le pli. La mezzanine, à moins de se flanquer contre la rambarde, n’est définitivement pas pour les demi-portions. On préfère s’installer en bas, là où quasiment personne n’ose s’aventurer : les deux premiers rangs. De là, l’écran vous surplombe et vous écrase. Pour ne rien rater d’une scène, la vision périphérique ne suffit plus. Il faut tourner la tête, donner de sa personne et de ses cervicales, explorer l’image de l’intérieur, ou presque. Les conditions idéales pour se faire terrasser par l’étrangeté malsaine de Twin Peaks, Fire Walk with me, au programme de cette deuxième journée. Une redécouverte qui valait bien un torticolis.

I am not a serial killer : I am not a chef d’œuvre

Le film de Billy O’Brien (Isolation) inaugure la compétition pour le prix du public. Dans le patelin américain de Trifouillis-les-Oies (on ne sait pas exactement comment ça s’appelle, donc on invente), un lycéen psychologiquement instable traque un tueur en série. Lequel pourrait bien être son voisin, un sympathique et fatigué vieux monsieur qui ressemble trait pour trait à Doc Brown – mais c’est normal puisque c’est Christopher Lloyd qui l’interprète*.

La première partie de I am not a serial killer nous a convaincu, notamment sa photographie magnifique et son parti-pris formel imposant le grain incomparable du 16 mm, plus qu’adapté à la grisaille ambiante. Pour un peu, on se croirait dans un film-social-anglais explorant les affres de l’adolescence et le naufrage de la vieillesse. L’enthousiasme décroit dés lors que le réalisme cède la place au surnaturel – un mélange des genres qui transportera les uns, décevra les autres. On fait partie de ceux-là.

*[SPOILER]On notera au passage le clin d’œil -volontaire ou non, allez savoir- à la scène de Qui veut la peau de Roger Rabbit où le personnage interprété par Christopher Lloyd connaissait la même fin que celui qu’il incarne ici… Mais quel monde ! [FIN DU SPOILER]

Twin Peaks, Fire Walk with me : le bel écrin du grand écran

twin-peaks-fire-walk-with-meOn fait partie de ceux qui ont découvert le film avant la série, se “spoilant” ainsi involontairement l’identité du tueur de l’iconique Laura Palmer. Peu importe. L’intérêt n’est pas là. En racontant les derniers jours de la triste vie de Laura, David Lynch se réapproprie l’univers de la première saison de la série (l’humour en moins), sur laquelle il avait imprimé son empreinte avant de se décharger de toute responsabilité dans la saison suivante. Laquelle valait surtout pour son dernier épisode magnifiquement what the fuck. A ce titre, la puissance évocatrice du tout premier plan de FWWM est intacte : un poste de télévision explose, après avoir diffusé du néant total pendant la durée du générique. Une métaphore qui en appellera une multitude d’autres dans cette œuvre-monstre traumatisante où Lynch déploie des trésors de créativité pour simplement brosser le portrait d’une lycéenne en dépression.

Après avoir usé VHS et DVD du film depuis tant d’années, le redécouvrir au cinéma revient à le découvrir tout court, tant les clefs de compréhension étaient indiscernables sur petit écran. Le film ressortira bientôt dans les salles. Ne le manquez pas.

Realive : nouveau nouveau-né

Second film en compétition, Realive, de Mateo Gil (complice d’Alejandro Amenabar notamment sur Tesis et Agora), se penche sur la bioéthique, la vie après la mort, la mort après la vie, dans ce film de science-fiction sobre et étonnamment émouvant malgré ses décors aseptisés et sa froideur clinique. On s’y confronte aux turpitudes d’un homme ressuscité par la science un siècle après avoir été cryogénisé, et aux questionnements inhérents (où vais-je, veux-je vivre, pourquoi l’Homme, l’amour dure t-il 100 ans, qui a volé l’orange du marchand ?)

Parfois trop bavard, avec une agaçante propension à surligner par le dialogue ce que l’image raconte très bien toute seule, bourré de clichés, Realive demeure quand-même une vraie surprise, à mi-chemin entre Bienvenue à Gattaca et Johnny got his gun (même si la référence est probablement inconsciente), presque jamais handicapée par son petit budget (3,5 millions d’euros).

David Lynch, the art life : David avant Lynch

Après le choc Twin Peaks de l’après-midi, la journée se termine avec un documentaire consacré au chantre de l’étrangeté filmique. Très loin de la démarche classique remontant le fil d’une carrière via une chronologie filée par le questions-réponses, le film laisse la parole à son sujet – et à personne d’autre. Encore plus étonnant : il ne s’agit pas ici d’évoquer l’œuvre cinématographique de Lynch, mais plutôt d’en explorer les prémisses, par le prisme de sa passion pour le dessin et la peinture. Entre les doigts de David Lynch : une clope qui enfume l’écran ou des pinceaux qui caressent la toile. Mais une caméra ? Jamais. Le portrait ainsi dressé n’en est que plus fascinant, permettant de découvrir les origines de ses obsessions, de son goût pour le bizarre. Le film se termine quand la carrière de réalisateur de Lynch démarre, avec quelques images du tournage de son premier long, Eraserhead. Aucune de son œuvre cinématographique immense, sinon celles, subliminales, que convoquent nos propres souvenirs cinéphiles quand Lynch évoque les siens : une enfance dans un quartier résidentiel auquel notre inconscient prête les contours de celui filmé dans Blue Velvet. Une femme errant nue dans la rue, qu’on imagine sous les traits de Ronette (Twin Peaks). Un bad trip sur une autoroute qui dans notre tête, défile à la manière de celle de Mullholland drive. L’art de ne rien dévoiler et dans le même temps, de tout expliquer. Vertigineux.

lynchartlife

 

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