Polisse : les enfants d’abord !

19/10/11 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties

Ça commence hélas comme dans la vie, une petite fille tente de répondre à l’interrogatoire d’un agent de la brigade des mineurs. Exercice douloureux… verbalisation délicate… C’est le même cruel refrain auquel on va assister tout au long de Polisse.
De victimes en martyrs, enfance violée, enfance volée, le film de Maïwenn est ce cri de vérité que les jeunes proies sans défense s’interdisent de pousser parce que l’inceste, la pédophilie, la violence subie laissent peu de langage pour traduire la douleur profonde. Une caméra aux cadres serrés qui s’efface par magie, là où la photographe  (jouée par Maïwenn) apparaît dans de nombreux champs allégeant notre regard.

Polisse n’est pas impudique, il est discret. Polisse n’est pas policé, il est plutôt guide… Encadré par une troupe d’agents fonctionnaires de l’état qui ne trouvent grâce que dans la scrupuleuse tâche qu’ils s’évertuent à mener pour rétablir une certaine justice. Un film chorale où les histoires d’amour, d’honneur, de famille, de rivalité se plaquent à celles plus cruelles d’enfants meurtris.

Une brigade de mineurs qui connait bien le sujet, pour en avoir été victime, probablement. Des enfants que l’on va aider à vomir quelques mots témoins de cette réalité atroce pour au moins, les en libérer. Des prédateurs dont on va exiger des excuses, pour un minimum de dignité. Un Joey Star bourru, mais empli d’humanité. Une brochette d’acteurs de Marina Foïs à Nicolas Duvauchelle, Karin Viard ou encore Jérémy El Kaïm, authentiques.
A l’image d’un documentaire-fiction, les gardes à vues de pédophiles, les arrestations de pickpockets, mais aussi les pauses-déjeuner où l’on se raconte ses problèmes conjugaux, se déroulent sous nos yeux captés par un scénario sans faute, une mise en scène fluide et des scènes phares comme celle mémorable de Joey Starr qui pose son attribut de policier pour celui de l’humaniste déchiré face à un enfant abandonné par sa mère. Idem pour une des scènes liante au sein de cette brigade disloquée, dans une boîte de nuit où les corps enfin s’abandonnent à une certaine apesanteur de la danse.

Si la fin tragique vient assombrir le décor déjà très grave, ce n’est pas sans oublier toutes ces autocensures qui asphyxient la vie d’un policier de la brigade de mineurs: ne pas arriver à laver sa propre fille par peur, tenter de rester au plus près des enfants même lorsqu’on les arrache à leurs parents parce qu’ils ne sont pas en règle… Autant de bouleversements et de violence que Maïwenn a suivis de près au sein d’une brigade de mineurs qu’elle a longuement observée avant de peaufiner son scénario avec Emmanuelle Berco. Et parce que tout cela est réel, et admirablement “rejoué”, le film fait partie des incontournables…

 

Polisse, de Maïwenn Le Besco, en sortie nationale le 19 octobre, avec Karin Viard, Marina Foïs, Joey Starr, Nicolas Duvauchelle, Maïwenn Le Besco, Sandrine Kiberlain, Jeremy Elkaïm…

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