[POUR] Populaire : un couple star à croquer

06/12/12 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : ,

A la fin des années 50, un agent d’assurance (Romain Duris) veut faire de sa secrétaire (Déborah François) la championne du monde de dactylographie. La belle, sous le charme, espère obtenir en retour l’amour de son patron/entraineur. Mais le bellâtre, ambitieux, pense à la victoire avant tout…

Pour nous, la comédie romantique est morte quelque part entre Elle est lui et Shop Around the corner. On évite d’en regarder, c’est un genre qui nous indiffère, car la plupart du temps on en connait déjà la trame, vue maintes et maintes fois : boy meets girl, ils se séduisent, ils tombent amoureux, ils subissent une ou deux épreuves pour la forme (c’est le retour de l’ex “bombe atomique”, ou bien une vidéo Youtube refait surface dans laquelle le héros professe son dégoût des pieds plats – or l’héroïne a les pieds plats !). Ils se détestent et pleurent chacun de leur côté en mangeant beaucoup de glace / buvant beaucoup de bière, enfin l’un des deux a une épiphanie, il se précipite chez l’autre et ILS TERMINENT ENSEMBLE.

Même quand la rom-com fait mine de parler cash et de bousculer les clichés, comme dans Sexe entre amis : c’est pour ne jamais au grand jamais montrer un bout de sein de Mila Kunis. Qui plus est, c’est un genre – à tort où à raison – peu propice aux prouesses cinématiques. Vite vu, vite digéré. Alors au fond, qu’est-ce qui fait le sel d’une comédie romantique sinon son couple star ? D’ailleurs vous connaissez beaucoup de rom-coms vendues sur autre chose ?

Romain Duris est craquant, Déborah François est purement et simplement délicieuse, basta, pas la peine d’en rajouter, vous pouvez fermer Envrak et passer à la caisse, merci. Ou bien passer votre chemin et renouveler votre abonnement aux Cahiers du Cinéma.

Dans un univers lourdement préempté par OSS 117 et donc propice à la dérision et à la mise à distance, Populaire choisit une voie étonnement premier degré. On se souvient de la polémique lancée par Serge Kaganski sur le “Paris mis sous cloche” d’Amélie PoulainPopulaire, dans sa déclaration d’amour évidente au Technicolor, pourrait être candidat à la même, aurait pu être sucré, trop sucré. Il est surtout très équilibré dans sa légèreté, et ne s’interdit pas de dépeindre une province très provinciale, des rêves très banals, un univers très patriarcal et des joies très simples. Aussi incroyable que cela puisse paraître, avant les vidéos de tueurs en série partagées sur Facebook et notre désenchantement collectif, on pouvait s’éclater dans des concours de machine à écrire. Les Etats-Unis ont toujours leur concours d’orthographe orale, et on en connaît qui pratiquent encore les concours de potiron. C’est aussi ça, le monde, et entre les mains de Régis Roinsard, cela devient du cinéma high concept, rondement mené à défaut de prétendre aux César. Un truc pop qui passerait comme une lettre à La Poste venant d’outre-Manche ou de l’autre côté de l’Atlantique, mais dont les défauts hérissent ici par pur et simple complexe franco-français (Populaire étant finalement le titre le plus méta de l’année).

Perso, notre  maman a grandi à Pégairolles de l’Escalette, trou du cul du monde en Aveyron ; et quand on voit la gueule du village aujourd’hui (148 habitants en 2008, et… autant il y a 50 ans), on imagine sans aucun mal cette France des 50’s / 60’s, faite de blouses grises à fleurs, où Raymond, avec ses 15 vaches – contre 13 pour André – est le meilleur parti du village, et où il vaut mieux partir à la ville sous peine de se voir étouffer par les regards des voisins et les Gitane maïs.

On va se fâcher avec les habitants de Pégairolles, mais Déborah le vaut amplement.

Populaire, de Regis Roinsard
Avec Romain Duris et Déborah François
En salle depuis le 28 novembre 2012

* Lire le [CONTRE] Populaire : le charme nauséabond

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