Precious, c’est du lourd

17/11/11 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags :

Precious a 16 ans, elle est noire, pèse un double-quintal, rêve d’être blonde et de tourner dans des clips. Elle est abusée par son père, qui lui a déjà fait un enfant (une petite fille trisomique qu’elle a baptisée Mongo) et qui vient de la mettre à nouveau en cloque. La mère de Precious cultive à l’égard de sa fille une haine dictée par la jalousie mal placée (“tu couches avec mon mec, mais tu sais pas c’que c’est, une vraie femme, salope !“) Precious aimerait bien avoir une autre vie que celle-là, mais en attendant, elle fait avec.

Attention, mélo. A la lecture du synopsis de Precious, on ne s’attend évidemment pas à passer un moment de franche rigolade. A dire vrai, on sait précisément à quoi s’attendre, car découvrir Precious en DVD présente un inconvénient : on a assisté au phénomène médiatique généré par la sortie en salles de ce film qui, peu de temps après, allait créer la surprise aux Oscars. Mais qu’importe : on a malgré tout envie, comme tout le monde avant nous, de faire la connaissance de ce personnage en qui on est invité à se reconnaître. Diantre : on se fiche de nous ? Cette Precious flanquée de toutes les tares du monde devrait nous renvoyer notre propre image ? Et pourquoi pas, s’interroge Lee Daniels, artisan de cette adaptation d’un roman à succès (Push, de Sapphire). Car si Precious s’en prend plein la poire devant la caméra (à tel point qu’on en arrive même à se la fendre devant un tel acharnement),  elle rêve, loin du violent tumulte familial, comme toutes les autres adolescentes de son âge : en polychrome, en musique, bardée de plumes et de maquillage flashy, montée sur des escarpins de poupées Barbie. Cette Precious-là apporte un souffle de répit à chaque séquence éprouvante et instaure un équilibre lacrymal bienvenu. Sans elle, on pourrait crier au viol émotionnel. Mais pour gagner le droit de rire et de rêver avec Precious, il va falloir en passer, avec elle, par toute une série de situations difficilement surmontables : Precious se bat au collège, Precious se fait molester par des jeunes dans la rue, Precious se fait violer par son père, Precious se fait tabasser par sa mère, Precious apprend qu’elle est séropositive…

Face à ce panel d’humiliations, le réalisateur Lee Daniels aurait pu faire le choix de la retenue. Au risque de verser dans l’auto-satisfaction, il choisit donc l’option inverse, prenant comme prétexte les rêves naïfs et colorés de son héroïne pour se mettre lui-même en avant. Autant pour le misérabilisme, pourtant traité au couteau (l’ultime confrontation entre la mère et la fille fait froid dans le dos). Et tant mieux pour le film, qui y gagne ainsi en fantaisie là où il perd en crédibilité (tant de malheurs jetés sur une même jeune fille, est-ce bien raisonnable ?). Tant mieux aussi pour ses actrices, qui rendent Precious aussi précieux : Gabourey Sidibe, impressionnante, tout comme sa mère de cinéma, Mo’Nique (oscar à la clef) et, plus inattendue mais tout aussi surprenante, Mariah Carey, sans fard, sans décolleté et sans stridences vocales. Parvenir à tirer autant d’authenticité de ce monstre superficiel relève de l’exploit. Seul mâle à s’imposer au casting, Lenny Kravitz, en infirmier au cœur d’or, statufie le fantasme de toutes les Precious de ce monde.


PRECIOUS – BANDE-ANNONCE
Precious, de Lee Daniels, avec Gabourey Sidibe, Mo’Nique, Paula Patton, Mariah Carey et Lenny Kravitz, en DVD le 22 novembre (et en Blu-Ray depuis le 15 novembre) chez ARP Sélection.

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1 commentaire

    erable  | 18/11/11 à 11 h 34 min

  • J’ai adoré ce film, vraiment excellent !
    et Paula Patton …

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