“Predestination” : L’oeuf, la poule et le sablier

22/01/15 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : , ,

187674On aurait pu vous en parler un peu avant sa sortie, puisqu’on l’a découvert en avant-première, au mois de novembre, à l’occasion du Paris International Fantastic Film Festival. Evidemment, on est très en retard. Mais pour revenir à la bonne date, celle du 1er décembre (tout de même…), rien de plus simple : un étui à violon et le tour est joué. C’est en tout cas l’objet qu’utilise Ethan Hawke dans Predestination pour voyager d’une décennie à l’autre. Et ça n’est pas là la moindre originalité du long-métrage des frères Spierig, jamais les derniers à faire preuve d’inventivité pour pallier aux petits budgets qu’on leur alloue pour trousser leurs films : 800 000 dollars pour Undead (2003), dix fois plus pour Daybreakers (2009), environ 17 millions pour Predestination. Pas assez, en somme, pour chiader les mêmes effets spéciaux que ceux de Terminator ou Retour vers le Futur. Les jumeaux australiens s’en fichent pas mal, eux qui préfèrent de toute évidence, consacrer la majeure partie de leur film à caractériser au mieux deux personnages dont on se demande lequel sera véritablement au coeur de l’intrigue.

Les premières minutes introduisent celui incarné par Ethan Hawke (déjà à l’oeuvre dans Daybreakers), gueule cassée par une trop grande implication dans la traque d’un terroriste pyromane. Pour l’attraper, Hawke voyage dans le passé. Il est un agent temporel, employé d’une société qui dispose de toute une collection d’étuis à violon plus pratiques à transporter qu’une vieille Delorean toute pourrie. Dans le cadre de sa mission en cours, il se fait passer pour un serveur, dans un bar où les clients ne se bousculent pas. Un jeune homme s’assoit, commande un verre, sympathise avec Hawke, finit par lui raconter son histoire… Première rupture narrative de taille : on laisse Ethan Hawke dans la marge du scénario, pour écouter avec lui le récit qui se déroule à l’écran. Un premier saut dans le passé, purement illustratif, opéré par les frères Spierig qui multiplient les rebondissements sitôt que le long flash-back consacré à ce nouveau personnage, prend fin. Il faudra donc attendre trois quarts d’heure pour entrer dans le vif du sujet, mais ces trois quarts d’heure là permettent de faire naître à l’écran une actrice immense – Sarah Snook, qu’on ne connaissait pas mais qu’on espère recroiser souvent.

 Quand Hermès, Oedipe et Aphrodite jouent du violon

On parle beaucoup de “paradoxe temporel” quand il s’agit d’aborder la thématique du voyage dans le temps. Le paradoxe temporel, ici, est presque à prendre dans son acception la plus littérale: quoi de plus paradoxal que de prendre à ce point son temps pour mieux en parler – du temps ?

Passée cette longue introduction passionnante, Ethan Hawke et son nouvel ami vont user et abuser de l’étui à violon à leur disposition pour démêler les fils d’un récit aussi alambiqué qu’un whisky écossais, et où les rebondissements fusent à 88 miles à l’heure. La créativité dont font preuve les réalisateurs, aussi bien au scénario (on vous prévient : votre cerveau va risquer la surchauffe) qu’à la caméra, aurait mérité bien davantage qu’une pauvre sortie Direct to Video. Si parfois, les contraintes budgétaires limitent le champ du spectaculaire, si souvent, les méandres narratifs nous perdent, on retient de Predestination son culot assez incroyable, et l’aplomb avec lequel il nous fait avaler toutes les couleuvres d’un récit oedipien et onaniste (on exagère à peine) dont la conclusion lui permet de boucler la boucle d’un scénario aussi original que le concerto d’un violoniste sous champi.

“Predestination”, de Michael et Peter Spierig, avec Ethan Hawke, Sarah Snook, Noah Taylor, en DVD et Blu-Ray depuis le 1er décembre.
 

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2 commentaires

    Gauvrit  | 22/01/15 à 21 h 28 min

  • Ce film est MORTEL !!!! :D

  • Leski  | 22/01/15 à 21 h 37 min

  • mortel on a dit !

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