Quartier très lointain

02/12/10 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags :

On a lu et adoré Quartier lointain, de Jiro Taniguchi. D’ailleurs, on a lu et adoré pas mal de livres de Jiro Taniguchi. Plus encore, on hésite jamais à conseiller de lire Le journal de mon père ou Le sommet des dieux. Véritablement sensible, intelligent et poétique, le mangaka n’a pas son pareil pour nous plonger dans un Japon désabusé et en recherche d’identité. Apologie de la lenteur, de l’humilité, des traditions ; magnifié par des dessins en lignes claires, pures et simples. Critique d’une société en perte de repères et violence étouffée de personnages qui doutent de tout. Taniguchi sait toucher les cordes sensibles sans tomber dans la sensiblerie.

Sam Gabarski a réalisé Le tango des Rashevski et Irina Palm, qu’on avait bien aimés. On se dit qu’il aurait dû réfléchir d’avantage son adaptation de Quartier Lointain (en salle depuis le 24 novembre). Adaptation ? Non. Transposition est plus juste. Dans cette mise en image mobile, on quitte le Japon pour s’installer dans un village français en 1967. Aïe.

Avant d’aller plus loin, le pitch : un auteur de BD s’ennuie ferme dans sa vie. Se rendant à un festival, il prend le mauvais train et se retrouve dans son village d’enfance, où il n’a pas remis les pieds depuis 30 ans. Avant de reprendre un train pour Paris, il file faire un tour au cimetière sur la tombe maternelle. Là, il a un malaise et se réveille en 1967, dans le corps d’un garçon de 14 ans : le sien ; ou comment revivre son adolescence quand on a 50 ans. Ajoutons qu’il arrive une semaine avant que son père ne l’abandonne, événement traumatisant qui aura bousculé sa vie entière.

De ce départ d’où Taniguchi tire une œuvre incroyablement puissante, Sam Gabarski tire une œuvre incroyablement ennuyeuse. Dans le manga, le personnage se trompe de Shinkansen. Il s’arrête au premier arrêt d’où il pourra faire demi tour, qui se trouve être son village d’enfance. Ok. Se planter de quai et monter dans le mauvais train, ça arrive. Dans le film, le principe est le même. Sauf qu’au lieu de monter dans le TGV pour Paris, le mec se débrouille pour grimper dans un TER Rhones Alpes. Là, il faut m’expliquer ! Comment peut-on monter par erreur dans un TER alors qu’on doit prendre un TGV ? Pascal Greggory a une telle tête de chien battu qu’on aurait pu (à la rigueur) lui accorder la méprise si on ne l’avait pas vu se faire chier à un stand de dédicace, en crise familiale et en doute sur son activité d’auteur de BD. En bref, si on n’avait pas sa tête de chien battu en gros plan depuis un quart d’heure.

La vrai question est là : pourquoi avoir mis en scène ce désœuvrement que Taniguchi passe en quelques mots d’une voix off ? Réponse cinématographique : pour virer la voix off. Sauf que le film ne nous l’épargne pas. Alors pourquoi ce début poussif et sans intérêt ? Mystère. Surtout : pourquoi réduire la voix off à un conteur redondant qui installe le film dans une narration de littérature fantastique de bas étage ? 2ème mystère…

Le film se passe en France. Exit la culture japonaise. 3ème mystère du film. Quel est l’intérêt de transposer le livre de Taniguchi en France ? Exit l’humilité. Forcément, en France, on a du caractère et on ne se laisse pas faire. Exit les non-dits. Forcément en France, il faut parler et s’expliquer. Surement qu’on est trop con pour comprendre les choses, sinon. Exit la pudeur, exit la sensibilité. Il ne reste que la vulgarité et le pathos crétin.

Et ça n’est même pas assumé ! Tous les comédiens passent leur temps à chuchoter et à échanger des regards vides rendus caduques par le dialogue qui les suit. Et il faut entendre les dialogues : « Je l’ai toujours su », « mais pourquoi il a fait ça », « tu peux pas comprendre », « j’en ai marre que tu me prennes pour une gamine »… Banalités ridicules et ineptes.

Mais ne soyons pas trop durs avec les partis pris de Sam Gabarski. Ils auraient pu être amusants si les comédiens n’étaient pas aussi insupportables. Parpaing d’or à Léo Legrand qui joue l’adolescent habité par l’adulte qu’il deviendra. Jonathan Zaccaï, pourtant pas manchot, le mérite aussi. Que dire d’Alexandra Maria Lara, qui joue une mère aussi expressive qu’une laitue ?

Quand aux partis pris, à y réfléchir, il n’y a pas à être gentil. Souvenir douloureux de la scène dans le bar où notre adolescent préféré se saoule. Souvenir douloureux de la scène où il se dispute avec sa petite amie. Souvenir douloureux de la scène du premier baiser et d‘une érection déplacée. Aaaaahhhhh ! Comment peut-on faire ça à Taniguchi ?! Ah oui, j’oubliais : C’est une transposition. En France, on est sensuel ! Même pas peur de parler de cul !.. Et j’en passe.

Non, vraiment, contentez vous de lire le livre. Prenez plaisir à fondre en larmes dès le 3ème chapitre. Perdez-vous dans la délicatesse et la justesse du récit. Mais n’allez pas voir ce film.

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1 commentaire

    Betty Pelican  | 02/12/10 à 17 h 30 min

  • Personnellement, j’avais trouvé Irina Palm dégoulinant de bons sentiments et de poncifs (malgré toute ma tendresse pour la jolie composition de Marianne). Je suis donc triste, mais pas étonnée, par ton injonction à fuir. Dommage pour Tanigushi.

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