Queen and country de John Boorman – Quinzaine #Cannes2014

29/05/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , ,

queenandcountryLa Quinzaine présente : les souvenirs de John Boorman, ancien troupier de l’armée durant la guerre de Corée. Une comédie romantique au charme particulier.

Le cul entre deux chaises

Difficile d’écrire une critique de Queen and Country quand notre expérience de comédie militaire la plus marquante remonte à Papa Shultz – à l’époque où la série était (re)diffusée sur les chaînes françaises (dans les années 90). Aucun rapport avec le dernier film de John Boorman, si ce n’est ce genre étrange qu’il choisit pour nous conter sa jeunesse : la parodie. Sans la prestation de Caleb Landry Jones dans son rôle de Percy – découvert à Cannes 2012 – nous n’aurions pas su nous positionner sur les traits forcés de cette comédie. Lui qui était impassible et mystérieux dans Antiviral de Brandon Cronenberg interprête dans Queen and Country un personnage complétement hyperactif, tout en tic faciale, moue farçeuse et abus de langage – à la limite du supportable, il faut l’avouer. Hormis celui de Callum Turner (jeune acteur qu’on connait peu et qui campe Boorman lui-même), les (sur)jeux des autres comédiens portent aussi le sceau du burlesque – David Thewlis notamment, à qui la cocasserie sied. Le doute subsiste néanmoins pour ceux qui n’ont pas fait l’armée.

Est-ce vraiment parodique ? N’existe-t-il pas de trublion de l’acabit de Percy ? Le corps militaire n’était-il pas dans les années cinquante, le pôle emploi de la France moderne ? Tel est le cas dans la mémoire de John Boorman, cinéaste britannique renommé, d’aujourd’hui 81 ans – dont ce pourrait être le dernier film. Queen and Country nous ramène à ces 18 ans, en 1952, à Londres. Bill Rohan, jeune cinéphile, est appelé à faire ses classes. Sur une réplique de film, il se lie d’amitié avec Percy. Tous deux passent ensuite instructeurs, pour les deux années qu’il leur reste à tirer, sous le joug de supérieurs dont ils comptent bien se débarrasser. Au gré de leurs permissions, l’un cherche l’amour d’une femme qui lui est inaccessible, noble romantique, l’autre s’amuse comme un petit fou, respire hors de la caserne qui n’est pas loin de le rendre claustro. De la relation des deux garçons, du cœur fleur-bleue du premier, et du long-métrage en général se dégagent autant de tendresse que d’aspects désuets, un qualificatif surligné par la bande-originale. Plus que de l’histoire, on s’émeut des souvenirs enjolivés de papi Boorman et de son regard affectueux sur sa génération et son propre parcours. Lequel, plein d’autodérision, ne manque pas de s’inscrire dans le contexte où il s’est déroulé, en Angleterre donc, tandis qu’une guerre à la morale douteuse envoyait des jeunes hommes se geler – au mieux – dans les tranchées, et qu’Elizabeth II se faisait couronner.

Signé de n’importe quel autre cinéaste, on aurait tiqué davantage sur l’objet cinématographique qui, malgré ses qualités graphiques, nous laisse bien souvent le cul entre deux chaises – c’est charmant mais c’est niaiseux. Venant de l’homme dont c’est l’autoportrait, et la suite, par ailleurs, de son enfance sous les bombardements (Hope and Glory), on se radoucit.

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire