Rachel se marie, vous êtes invités !

03/01/10 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs

Depuis octobre dans les bacs, le film de Jonathan Demme mérite une séance de rattrapage. On vous explique pourquoi.
Fin 2009, j’épluche ma soixantaine de tickets cinéma auxquels s’ajoute un nombre décourageant de projections presse, faire mon top ten de l’année s’avère laborieux. Au milieu des Wrestler et autres Là-Haut populaires, des Morse ou Mary & Max qu’on a vu sortir du lot, se trouvent quelques curiosités moins unanimes. Parmi elles, déjà subtilement cité dans un article ou deux, Rachel se marie, coup de cœur qui s’explique de la façon la plus banale qui soit : l’identification. Deux ex-enfants, deux femmes, deux sœurs : Rachel et Kim. Je ne peux pas être l’une des deux, il faut que je fouille dans chacune et que je le veuille pour y arriver. Quoique me revient tout mon scepticisme suite à cette envie soudaine d’appeler mon répertoire téléphonique à la sortie de la séance, ce n’est qu’un film pourtant?!

Depuis trois mois dans les bacs DVD français, Rachel se marie. En réalité, ou plutôt en fiction, c’est aux Etats-Unis que Rachel se marie, sous la camera de Jonathan Demme, réalisateur de Philadelphia. Et si Rachel se marie, c’est parce qu’elle a trouvé l’âme sœur en la présence d’un musicien qui invitera au mariage tout un tas d’amis peace and love. L’âme de la sœur de Rachel, en revanche, n’est pas en paix et garde pour elle son amour. Fraichement sortie de cure de désintoxication, Kim gère mal le squat pré-mariage de la maison familiale. Les joyeux préparatifs pèsent sur son triste état d’esprit, d’autant plus qu’ils ne tournent pas – ou justement trop – autour de sa personne.

Contrairement aux apparences véhiculées par la bande annonce (qu’Envrak ne conseille pas), Rachel se marie n’est pas une comédie indépendante légère, puisqu’elle porte tout le poids des non-dits familiaux. Celui des tensions et des rivalités aussi, de toutes ces petites choses qui minent les familles, les complexifient jusqu’à les rendre à la fois uniques et universelles. Caméra à l’épaule, style documentaire, le film se présente comme “la plus belle vidéo amateur jamais tournée” dixit son réalisateur. Et en effet, ses incursions ressemblent fort à celles d’un membre de la famille, d’un participant invisible et omniscient qui fait nôtres ses indiscrétions. Car cette famille nous appartient peu à peu. Les personnages agacent parfois, leurs défauts sautent aux yeux, mais ils s’apprécient malgré leurs erreurs et leurs (sales) caractères. Les rapports des deux sœurs, entre domination, jalousie et amour inconditionnel ont quelque chose de criant de vérité, à l’image de ce concours de remplissage de lave-vaisselle, épisode anecdotique dont chaque famille possède sa déclinaison. On cherche dans ses souvenirs, on se sent mal mais on se sent compris, on aime.

Les bonus

A la première vision, vous rentrez dans le film. A la deuxième, la révélation est moins forte – oui oui, vous pouvez y sentir une pointe de désenchantement – mais l’intérêt cinématographique constant. A la troisième, vous choisirez les commentaires audio de la productrice Neda Armian, de la scénariste Jenny Lumet et du monteur Tim Squyres, ou le trio qui fit le film (moins Jonathan Demme – pourquoi?). A la quatrième, ceux qui ne sont pas lassés des nuances apprécieront sur la galette la version de l’actrice Rosemarie DeWitt (alias Rachel). Les petits bonheurs du long terme DVD.
Quelques documentaires sur la musique (8 min), le tournage (16 min), les interviews des acteurs et de l’équipe (47 min) chauffent l’intérêt des coulisses. Neuf scènes supplémentaires (et savoureuses), approfondissent la relation entre Kym et Kerian et les réunions des douze étapes post-addiction. Parce que Rachel se marie, ce n’est pas que la famille, c’est aussi la vie.

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