Rencontre avec Jennifer Lee, co-réalisatrice de “La Reine des neiges”

25/04/14 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : , , , ,

Frozen

 Sorti sur les écrans à Noël 2013, La Reine des Neiges, libre adaptation de l’œuvre d’Hans-Christian Andersen marquait le retour en force des studios Disney, qui raflaient par la même occasion en mars l’Oscar du meilleur film d’animation. Désormais disponible en Blu-ray et en VOD – le film cartonne avec plus de 200 000 ventes le premier week-end en France -, petits et grands ont donc tout loisir à découvrir dans leur salon le destin de cette princesse prête à tout pour délivrer sa sœur, dont le malheureux pouvoir de glacer tout ce qu’elle touche a contraint à l’exil. Retour sur la conception de ce projet avec la coréalisatrice Jennifer Lee, qui était jusqu’alors connue pour son travail de scénariste, notamment sur le précédent Disney, Les Mondes de Ralph.

Jennifer Lee“Une histoire d’amour et de peur”

Est-il est plus difficile d’adapter les contes d’Andersen, connus pour être plus torturés et plus sombres que ceux de Grimm ou Perrault par exemple ?

Effectivement, il est très difficile d’adapter Andersen et cette histoire est aussi poétique que noire. Elle traite d’amour et de peur. Cela pouvait rebuter, mais nous y avons vu l’occasion de créer une intrigue sophistiquée, où rien n’est totalement blanc ou noir. Tout est nuancé. C’était à la fois plus complexe et inspirant. Nous étions aussi conscients que Walt Disney lui-même trouvait cette histoire formidable mais nous n’avons retrouvé que très peu de choses dans les archives. Ce n’est qu’il y a quelques mois que nous avons examiné le travail des dessins qui avaient été faits à l’époque. En fait, si cette histoire marche aujourd’hui, je pense que c’est grâce à cette idée de montrer ces deux sœurs que le destin veut séparer. C’est différent du conte, mais le concept apporte un dynamisme et un autre point de vue sur La Reine des Neiges. On comprend mieux ses réactions.

La qualité de l’animation des paysages glacés apporte beaucoup à l’immersion. Cette représentation a-t-elle été compliquée à mettre en œuvre ?

Lorsqu’on a commencé à travailler sur ce film, la technologie ne permettait pas d’obtenir le résultat que l’on voit sur l’écran. Nous avons testé des choses dans le Wyoming, comme marcher ou s’enfoncer dans la neige jusqu’à la taille, pour voir l’interaction entre la neige et les vêtements, les traces de pas… Pour réaliser cela, nous avons créé un outil spécifique. Nous avons également envoyé l’équipe artistique du film jusqu’en Norvège pour examiner les Fjord, les montagnes, le feeling général qui s’en dégageait et c’est à ce moment-là que nous avons décidé de filmer en cinémascope de sorte que l’écran large rende hommage à ces magnifiques paysages. Notre intention était de traiter les décors comme de véritables personnages pour transporter les spectateurs ailleurs, dans un endroit inconnu. C’est aussi pour cette raison que nous avons mélangé par moments, le dessin traditionnel, à la main, avec le numérique.

Comme dans la grande tradition Disney, les chansons sont nombreuses. Comment se passe leur intégration dans le scénario ?

Dès le départ, Chris Buck voulait que la musique soit une partie intégrante de l’histoire, essentiellement car elle a cette capacité de toucher les âmes et qu’elle procure beaucoup d’émotion. Il fallait que tout soit homogène et nous avions chaque jour de longues réunions avec les compositeurs pour arriver à nos fins. Parfois, des scènes inspiraient des chansons et d’autres fois, les chansons étaient tellement puissantes que nous réécrivions le scénario pour être à la hauteur.

“J’aime l’idée de tomber amoureuse à la première rencontre. Malheureusement, la vie m’a montré qu’il en va autrement”

Y’a-t-il un cahier des charges graphiques propre à Disney ?

Non ! Il n’y a pas de charte. D’autant plus que John Lasseter, le directeur artistique, nous demande souvent, en tant que réalisateurs, ce qui nous touche, quels sont les personnages qui nous inspirent et les histoires que nous avons envie de raconter. Dans ce cas précis, avec Chris Buck, nous voulions célébrer les grands classiques de Disney en le faisant d’une manière inédite. Par exemple, pour le renne, nous n’avons pas fait un animal qui parle, et lorsque son maitre, Kristoff, communique avec lui, il imagine les réponses, comme nous le faisons avec nos animaux domestiques. Nous avons donc cherché à introduire des petites choses amusantes et originales au sein des personnages, tout en restant très libres.

Une autre volonté est de montrer un prince charmant quelque peu « différent » de ceux que les dessins animés ont l’habitude de proposer…

C’est intéressant de montrer que les gens ne sont pas forcément ce qu’ils paraissent à la première rencontre. Le prince charmant peut sembler être beau et merveilleux de prime abord et au fil du temps s’avérer être l’opposé. Au contraire, une personne qui parait ne rien avoir à offrir, peut se révéler pleine d’atouts. Je suis moi-même fan de Cendrillon et j’aime l’idée de tomber amoureuse à la première rencontre. Malheureusement, la vie m’a montré qu’il en va autrement. Sur ce sujet nous voulions donc montrer que finalement, la meilleure façon de tomber amoureux est peut-être, d’apprendre à connaître l’autre, en vivant des choses ensemble.

Peut-on dire qu’avec ce film, vous avez réalisé le premier Disney féministe ?

Dire que La reine des neiges est un manifeste féministe est sans doute un grand mot, mais je suis très fière d’avoir créé ces princesses car elles sont des héroïnes complexes, différentes de celles qu’on avait l’habitude de voir. Déjà l’histoire originale, celle d’Andersen, était très puissante et possédait déjà ce côté un peu « féministe », mais avec mon coréalisateur Chris Buck et le producteur Peter Del Vecho, on voulait surtout que tous les personnages, comme dans la vie, aient des failles et soient inspirants. On a donc poussé les personnages au-delà de ce qu’on fait habituellement chez Disney.

La Reine des Neiges (Walt Disney Distribution, 1h42). Disponible en DVD, BLu-Ray, BluRay 3D et VOD.

Photo The Walt Disney Company France / Ramona Rosales pour Hollywood Reporter.

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