RENCONTRE AVEC MARTIN SCORSESE

11/05/18 par  |  publié dans : A la une, Cinéastes, Cinéma | Tags : , , ,

Mean Streets – 1976 Copyright Ciné Classic

C’est avec un immense plaisir et une grande fierté partagée que la SRF Société de Réalisateurs de Films a accueilli, au cœur de la programmation de La Quinzaine des Réalisateurs, ce mercredi 08 Mai 2018, le Maître : Martin Scorsese. Lors d’une discussion échangée avec les cinéastes reconnus que sont Jacques Audiard, Rebecca Zlotowski, Bertrand Bonello, Cédric Klapisch et Céline Sciamma, Présidente de la SRF, ils ont ainsi eu l’éloge de décortiquer la carrière et le savoir-faire du réalisateur de Le Loup de Wall Street, Casino, Raging Bull, Gangs of New York, révélé au monde entier au Festival de Cannes en 1976 par Mean Streets. Un souvenir qui le marqua profondément quant à la visibilité mondiale qui s’est soudain offerte à lui et ne l’a plus quitté. Mais ce Premier Festival Cannois est aussi pour lui, la dernière fois où le jeune cinéaste en herbe pouvait alors circuler librement entre les tables, au milieu des gens. Révélant quelques secrets de sa fabrication personnelle dont lui seul a l’Art et la Manière d’allier aussi finement l’esthétique, le style, l’action et le scénario, il nous confie que les fameuses répliques cultes de Travis Bickle (Robert De Niro) dans Taxi Driver « You talking to me » ou de Tommy DeVito (Joe Pesci) dans Les Affranchis « Do you think, i’m funny ? », sont en réalité nées d’accidents heureux. « C’est ce trac-là, cette adrénaline qui font le cinéma. C’est avec ces moments où l’on se dit ça y est, il faut y aller, se lâcher, qu’on y parvient. Bien sûr on espère que ces petites choses interviennent, nous surprennent et c’est comme ça que la magie du film fonctionne. Alors quand ça arrive, je ne vais certainement pas arrêter la prise. Je dis : allez-y continuez ! »

Martin Scorsese – Copyright Weltkino

Ses scénarios sont profondément imprégnés de son enfance au cœur d’un milieu ouvrier, de violences et de « mal-faiteurs », renvoyant indubitablement aux notions de bien, de mal, de moralité. « J’ai toujours eu cette question sur la responsabilité, de l’obligation : jusqu’où peut-on s’engager ? J’ai toujours vu ma famille, mon père notamment, devoir assumer les conséquences de ses agissements. Les enjeux moraux, existentiels, philosophiques sont tous les jours remis en jeux même si on ne les choisit pas forcément ». Comment faire lorsqu’on est entouré de violences pour faire des choses bien ? Peut-on s’en sortir ? Mais également d’amour : Martin Scorsese se souvient de sa famille aimante et pourtant plongée dans ce cercle de violences et qui fut l’inspiration longtemps inconsciente de Mean Streets ainsi que de ces œuvres suivantes. Un art qu’il s’est fondé presque de manière innocente, protégé par un prêtre « mentor » qui l’a aidé à développer ses thématiques phares à travers l’Art, sa passion pour les films d’Elia Kazan et de John Kassavetes qui laissaient se mouvoir les acteurs dans le cadre prédéfini au préalable, de la musique et des dessins qui lui permettaient de se fermer de la dangerosité extérieure de son quartier. Des méthodes qu’il a conservées tout au long de sa carrière et qui s’affinèrent bien plus tard derrière la caméra par la définition d’échelle de plan, de leur composition et de mouvements de caméra.  Et de conclure par sa définition enrichit d’humour et d’humilité de ce qu’est le Cinéma : une envie intense de transmission de son savoir aux nouvelles générations, de ressenti, d’émotions.

Cet échange, précédé de la projection de Mean Streets s’est poursuivi par la Remise du Carrosse d’Or à Martin Scorsese en signe de reconnaissance à l’ensemble de sa carrière par la SRF et en partenariat avec La Quinzaine des Réalisateurs.

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