Rencontre avec Pascale Ferran

01/05/07 par  |  publié dans : Cinéastes, Cinéma | Tags :

A l’occasion de la sortie en DVD de son troisième long-métrage, l’acclamé et césarisé Lady Chatterley, l’occasion se présente de faire découvrir aux lecteurs d’Envrak les raisons qui ont poussé Pascale Ferran à mettre en chantier un projet aussi ambitieux.

Pourquoi avoir choisi d’adapter la version la moins connue du roman, Lady Chatterley et l’homme des Bois ?

Lorsque j’ai lu Lady Chatterley et l’homme des bois, il s’est passé une espèce d’évidence, de désir immédiat et profond de me réapproprier cette histoire, qui cristallisait un désir de cinéma que j’avais depuis longtemps : raconter une histoire d’amour où la sexualité joue un rôle important en faisant en sorte que ces scènes racontent quelque chose, ce qui est souvent sous-traité ou mal traité. Il y a dans ce livre des moments saturés d’émotion, de sensations, de pensées en mouvement très vives. L’autre grand enjeu était évidemment de filmer la nature et les saisons…

Il y a un côté « roman d’apprentissage » dans cette version.

J’ai une petite réticence avec ce terme. Là j’ai plutôt la sensation que c’est un processus à deux, tout le temps. Ça n’est pas une histoire de pygmalion. Elle décrit une personne qui a peu d’expérience et qui se retrouve transformée, grandie. Comme Constance a peu d’expérience, cette histoire la met dans des émois qu’on a davantage l’habitude de voir à l’adolescence. Mais il s’agit surtout d’un trajet vers la désaliénation, la libération. Lorsque cette aventure se transforme en histoire d’amour, la joie emporte tout, et c’est une joie enfantine, aussi bien pour elle que pour lui…
Parkin, lui, est un personnage enfermé sur lui-même, qui s’ouvre au monde. Tous les deux, d’ailleurs, s’ouvrent au monde, mais de manière différente. Son grand trajet à lui, c’est un trajet vers la parole.
C’est l’histoire d’un homme qui rend son corps à une femme, et d’une femme qui rend la parole à un homme.

 

Comment Marina Hands a-t-elle abordé les scènes de nu ?

Il me parait difficilement concevable qu’une comédienne, face à un tel rôle, n’ait pas peur de la nudité. Je considère que cela fait partie du processus de travail, de parler de tout cela et de trouver des solutions pour surmonter l’appréhension. On a beaucoup travaillé en amont. Constance, au départ, est un personnage pudique. Je trouvais normal que cela soit pareil pour la comédienne. C’est un processus d’apprivoisement réciproque.

Certains plans larges de votre film rappellent des tableaux naturalistes. Est-ce intentionnel ?

Le cinéma est pour moi davantage du côté de la musique que de la peinture. Je suis toujours à la recherche d’un plan ou d’une image qui soit juste. Je veux faire ressentir quelque chose au spectateur. Si cela raconte quelque chose et qu’en plus, c’est beau, alors tant mieux, surtout dans un film qui parle de l’émerveillement face à la beauté du monde.
L’impression que vous avez eue est peut-être due au fait que ce film est une fable assez féerique.

La relation entre Constance et Parkin passe aussi par une hésitation constante entre tutoiement et vouvoiement, chose qui n’existe pas dans le roman puisque cette distinction ne se fait pas, en anglais…

Absolument. J’ai fait ce choix pour aider le spectateur à être dans la tête des personnages et dans leur humeur, pour que ce soit le moteur de ce qu’ils se disent, des gestes qu’ils font. Lors de la préparation du film, Marina et Jean-Louis ne se trompaient d’ailleurs jamais. Le choix s’imposait naturellement en fonction des humeurs de leurs personnages. C’était une transposition qu’il fallait opérer, car dans le livre, le rapport social passe par le langage, mais de manière différente : le garde-chasse parle en patois, ce qui est intransposable en français. Par le tutoiement et le vouvoiement, on a pu récupérer un peu de ça, de ces rapports de proximité et d’éloignement…

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Pas de commentaire

    capucine  | 02/05/07 à 11 h 29 min

  • nan mais comment t as réussi a la rencontrer??? :O

  • sab  | 02/05/07 à 14 h 35 min

  • Je l’ai interviewée à l’occasion de la présentation du film au festival d’automne de Gardanne, et comme je n’ai pu mettre qu’1/10ème de l’interview dans les pages de “La Marseillaise”, voilà les coupes que j’avais du faire. On serait passé à côté de quelques éclairages vraiment intéressants, je trouve ;o) Et c’était passionnant, de discuter avec cette madame. Rien que pour le discours qu’elle a fait en faveur des intermittents lors de la cérémonie des César, je vais voter pour elle au deuxième tour.

  • Bertrand  | 07/05/07 à 15 h 47 min

  • Une interview très sympa qui donne envie d’acheter le DVD… :)

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