Rendons à César…

01/02/11 par  |  publié dans : Cinéma | Tags :

La 36ème cérémonie des César se déroulera le 25 février prochain au théâtre du Chatelet. Un point sur les nominations.
Le petit monde du cinéma est euphorique : les professionnels de la profession s’apprêtent à enrubanner leurs meilleurs élèves, ceux qui ont tiré les meilleures bobines ou – selon de quel côté de l’Atlantique on se place – ceux qui ont engrangé le plus de dollars. Il faut dire qu’en France, on ne se laisse pas amadouer par le succès : exit donc Les Petits mouchoirs de Guillaume Canet – qui avait déjà berné l’académie avec Ne le dis à personne (césar du meilleur réalisateur en 2007) – et qui ne dupe désormais plus personne avec son mélo mielleux à la gloire de l’ostréiculture et du vin rosé. Non madame : ici, on fait les choses bien. On acclame l’auteur Beauvois, ses hommes, ses dieux, ses acteurs (Wilson, Lonsdale et les autres) ; on adoube Amalric et ses rondes interprètes de Tournée ; on dégraisse le Mammuth, road-movie doux amer du génial duo Kervern-Delépine (oubliés l’an dernier pour Louise-Michel) ; et puis – chose assez inédite – on a envie de se marrer, alors on donne à la comédie la place qu’elle mérite au sein de la sélection. Certains y verront peut-être la conséquence du coup de gueule de Dany Boon, ignoré pour les Ch’tis (car d’après lui, les César ne récompensent pas les comédies, alors qu’en vérité, les César ne récompensent pas les films pourris. Nuance). Les autres, plus lucides, s’empresseront de rappeler que le niveau des comédies françaises en 2010 a été particulièrement élevé : Tournée, donc, mais aussi Le nom des gens, Potiche, Les émotifs anonymes ou encore L’arnacoeur s’affichent ainsi dans les nominations (deux d’entre eux briguant la récompense suprême – voir détail ci-dessous), au même titre que Tout ce qui brille, cité dans la catégorie “premier film”.

Et puis il faut bien le dire, ici à Envrak, on est content : l’immense Roman Polanski sera lui aussi présent. Certes, The Ghost writer n’est pas un chef d’œuvre. Mais ce Polanski mineur est un grand film, et l’Académie des César (contrairement à celle des Oscars, qui tient visiblement à éviter toute polémique) l’a bien compris. On ne s’étonne donc pas de le retrouver parmi les outsiders de l’année. On a même espéré que ses pairs lui fassent l’honneur d’un César… d’honneur. Mais finalement, cette distinction reviendra à Quentin Tarantino. Et puisque les César 2011 sont placés sous le signe de la comédie, rions un peu : Quentin Tarantino. César d’Honneur. Pourquoi ? Pour l’ensemble de sa carrière. Le postulat est tellement grotesque qu’on ne prendra pas la peine de commenter.

The Ghost writer : plébiscité aux César, boycotté aux Oscars. Tiens donc…

Ils vont sûrement gagner : Le César du meilleur film n’échappera sans doute pas à Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois. Tout comme celui du meilleur réalisateur, même si Amalric est un challenger de taille (il a remporté le prix de la mise en scène à Cannes). Chez les acteurs, on rêve, trente ans après Le dernier métro, d’assister à la consécration de la potiche et du mammuth – Deneuve et Depardieu. La grande Catherine – injustement privée de la récompense qui lui revenait de droit pour Un conte de Noël il y a deux ans – devra se défaire de Kristin Scott Thomas (potentielle lauréate), tandis que le gros Gégé fera face à Lambert Wilson, son principal adversaire dans cette catégorie. Chez les seconds rôles, on mise sur l’excellente Valérie Bonneton, unique (bonne) raison d’aller voir Les petits mouchoirs, même si Anne Alvaro est une habituée. Michael Lonsdale, lui, semble tout désigné pour remporter haut la main cette récompense, qui pourrait ainsi couronner une carrière impressionnante. Pour lui, le champ est libre. Du côté des documentaires, on mise absolument tout – notre webzine, nos articles, notre vie… tout – sur Benda Bilili. Le meilleur premier film pourrait bien être une comédie, cette année : si Tout ce qui brille ne l’emporte pas, l’Académie récompensera peut-être L’Arnacoeur (même si on ne l’y encourage pas…)
Historiquement – avec le césar de la meilleure actrice – la catégorie “meilleur film étranger” est celle qui réserve le plus de surprise (sauf quand Almodovar fait partie des nommés). Après sa consécration l’an dernier pour Gran Torino, revoilà Clint, avec Invictus. Pourquoi pas ? Nous, on parie plutôt sur Dans ses yeux ou Les amours imaginaires.

Deneuve en potiche : fallait Ozon…

On les soutient : Chez les réalisateurs, Roman Polanski est notre choix de l’année. Son film n’a pas les armes pour lutter contre celui de Xavier Beauvois, mais les votants ont par le passé, eu de nombreuses occasions de répartir les récompenses (meilleur réalisateur et meilleur film ne vont pas systématiquement de pair, contrairement aux Oscars). On a également beaucoup aimé Mammuth, marginal, atypique, émouvant, et surtout, l’interprétation de Depardieu. Complètement snobbée l’an dernier pour Antichrist (pourtant prix d’interprétation à Cannes), Charlotte Gainsbourg revient pour L’Arbre, et comme on l’aime fort, c’est elle qu’on soutient. Valérie Bonneton, quant à elle, nous a é-pa-tés dans Les petits mouchoirs. On vote pour elle. Grégoire Leprince-Ringuet n’en peut plus d’être nommé dans la catégorie “espoir” depuis le siècle dernier. Histoire qu’il puisse enfin concourir chez les grands l’année prochaine, on vote pour lui. Les décors de The Ghost Writer nous ont soufflés. On vote pour. Le scénario de The Ghost writer envoie sévère. On vote pour. On prend le temps de s’arrêter une seconde sur les nommés à la meilleure musique originale, pour signaler en passant que la partition d’Alexandre Desplats pour The ghost writer est la meilleure de l’année, tous pays confondus. C’est dit.

Gérard Depardieu, à la poursuite d’une retraite bien méritée dans Mammuth

On a du mal à comprendre : Selon l’ONU il existe 191 pays reconnus par la communauté internationale. Selon le site PopulationData, il y aurait 231 pays, car sont dénombrés les territoires plus ou moins autonomes (ex. Jersey & Guernesey) et les pays reconnus mais dont la souveraineté est contestée (ex. Taiwan, Kosovo, Palestine…) Arrondissons à 200. 200 pays, donc. Ça en fait, des films… Alors il faudrait qu’on nous explique pourquoi, cette année encore, les films américains sont sur-représentés. Invictus, Inception et The social network dans la même catégorie, ça nous gonfle. Ce gros mégalo de Tarantino récompensé pour sa “carrière”, ça nous gonfle. Une suggestion pour l’année prochaine : créer une catégorie “meilleur film américain”.
Cette année, chez les seconds rôles masculins, c’est la débandade : ce flan de Gilles Lellouche est nommé pour sa performance poussive dans les Petits mouchoirs. On aurait préféré voir à sa place Fabrice Luchini, tout simplement génial dans Potiche. De même, malgré notre amour sans limite pour Romain Duris, sa prestation dans l’Arnacoeur mérite moins d’être récompensée que celle de Benoît Poelvoorde dans Les émotifs anonymes (d’autant qu’Isabelle Carré, sa partenaire, est citée dans la catégorie meilleure actrice).
Enfin, on regrette l’absence de Gaetan Roussel, qui avait pourtant offert une très belle musique à Mammuth. A la place, on lui a préféré le classicisme des partitions de Bruno Coulais ou Philippe Sarde. Un peu d’audace n’a pourtant jamais fait de mal… (le chanteur M, lauréat en 2007 pour Ne le dis à personne, ne prétendra pas le contraire)

Principales nominations :

Meilleure Actrice :
– Isabelle Carré dans LES ÉMOTIFS ANONYMES
– Catherine Deneuve dans POTICHE
– Sara Forestier dans LE NOM DES GENS
– Charlotte Gainsbourg dans L’ARBRE
– Kristin Scott Thomas dans ELLE S’APPELAIT SARAH

Meilleur Acteur :
– Gérard Depardieu dans MAMMUTH
– Romain Duris dans L’ARNACOEUR
– Eric Elmosnino dans GAINSBOURG (VIE HÉROÏQUE)
– Jacques Gamblin dans LE NOM DES GENS
– Lambert Wilson dans DES HOMMES ET DES DIEUX

Meilleure Actrice dans un second rôle :
– Anne Alvaro dans LE BRUIT DES GLAÇONS
– Valérie Bonneton dans LES PETITS MOUCHOIRS
– Laetitia Casta dans GAINSBOURG (VIE HÉROÏQUE)
– Julie Ferrier dans L’ARNACOEUR
– Karin Viard dans POTICHE

Meilleur Acteur dans un second rôle :
– Niels Arestrup dans L’HOMME QUI VOULAIT VIVRE SA VIE
– François Damiens dans L’ARNACOEUR
– Gilles Lellouche dans LES PETITS MOUCHOIRS
– Michael Lonsdale dans DES HOMMES ET DES DIEUX
– Olivier Rabourdin dans DES HOMMES ET DES DIEUX

Meilleur Espoir Féminin :
– Leïla Bekhti dans TOUT CE QUI BRILLE
– Anaïs Demoustier dans D’AMOUR ET D’EAU FRAÎCHE
– Audrey Lamy dans TOUT CE QUI BRILLE
– Léa Seydoux dans BELLE ÉPINE
– Yahima Torrès dans VÉNUS NOIRE

Meilleur Espoir Masculin :
– Arthur Dupont dans BUS PALLADIUM
– Grégoire Leprince-Ringuet dans LA PRINCESSE DE MONTPENSIER
– Pio Marmaï dans D’AMOUR ET D’EAU FRAÎCHE
– Raphaël Personnaz dans LA PRINCESSE DE MONTPENSIER
– Edgar Ramirez dans CARLOS, LE FILM

Meilleur Scénario Original :
– Mathieu Amalric, Philippe Di Folco, Marcelo Novais Teles, Raphaëlle Valbrune pour TOURNÉE
– Bertrand Blier pour LE BRUIT DES GLAÇONS
– Etienne Comar, Xavier Beauvois pour DES HOMMES ET DES DIEUX
– Benoît Delépine, Gustave Kervern pour MAMMUTH
– Baya Kasmi, Michel Leclerc pour LE NOM DES GENS

Meilleure Adaptation
– Julie Bertuccelli pour L’ARBRE
– Jean Cosmos, François-Olivier Rousseau, Bertrand Tavernier pour LA PRINCESSE DE MONTPENSIER
– Robert Harris, Roman Polanski pour THE GHOST WRITER
– Eric Lartigau, Laurent de Bartillat pour L’HOMME QUI VOULAIT VIVRE SA VIE
– François Ozon pour POTICHE

Meilleur Réalisateur :
– Mathieu Amalric pour TOURNÉE
– Olivier Assayas pour CARLOS, LE FILM
– Xavier Beauvois pour DES HOMMES ET DES DIEUX
– Bertrand Blier pour LE BRUIT DES GLAÇONS
– Roman Polanski pour THE GHOST WRITER

Meilleur Film d’Animation :
– ARTHUR 3 LA GUERRE DES DEUX MONDES réalisé par Luc Besson.
– L’HOMME À LA GORDINI réalisé par Jean-Christophe Lie.
– L’ILLUSIONNISTE réalisé par Sylvain Chomet.
– LOGORAMA réalisé par François Alaux, Hervé de Crécy, et Ludovic Houplain.
– UNE VIE DE CHAT réalisé par Jean-Loup Felicioli et Alain Gagnol.

Meilleur Film Documentaire :
– BENDA BILILI ! réalisé par Florent de la Tullaye et Renaud Barret.
– CLEVELAND CONTRE WALL STREET réalisé par Jean-Stéphane Bron.
– ENTRE NOS MAINS réalisé par Mariana Otero.
– OCÉANS réalisé par Jacques Perrin et Jacques Cluzaud.
– YVES SAINT LAURENT – PIERRE BERGÉ, L’AMOUR FOU réalisé par Pierre Thoretton.

Meilleur Premier Film :
– L’ARNACOEUR réalisé par Pascal Chaumeil.
– GAINSBOURG (VIE HÉROÏQUE) réalisé par Joann Sfar.
– SIMON WERNER A DISPARU… réalisé par Fabrice Gobert.
– TÊTE DE TURC réalisé par Pascal Elbé.
– TOUT CE QUI BRILLE réalisé par Géraldine Nakache et Hervé Mimran.

Meilleur Film Étranger :
– LES AMOURS IMAGINAIRES réalisé par Xavier Dolan.
– BRIGHT STAR réalisé par Jane Campion.
– DANS SES YEUX réalisé par Juan José Campanella.
– ILLÉGAL réalisé par Olivier Masset-Depasse.
– INCEPTION réalisé par Christopher Nolan.
– INVICTUS réalisé par Clint Eastwood.
– THE SOCIAL NETWORK réalisé par David Fincher.

Meilleur Film :
– L’ARNACOEUR réalisé par Pascal Chaumeil
– DES HOMMES ET DES DIEUX réalisé par Xavier Beauvois
– GAINSBOURG (VIE HÉROÏQUE) réalisé par Joann Sfar
– MAMMUTH réalisé par Benoît Delépine et Gustave Kervern
– LE NOM DES GENS réalisé par Michel Leclerc
– THE GHOST WRITER réalisé par Roman Polanski
– TOURNÉE réalisé par Mathieu Amalric

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1 commentaire

    nempower  | 24/02/11 à 17 h 14 min

  • très bien…Attendons le verdict.

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