Report Fimé 2012 : des monstres et des notes

16/11/12 par  |  publié dans : Cinéma, Concerts, Musique | Tags : , ,

Pour fêter ses 8 ans d’existence cette année, le festival de ciné-concerts de l’agglomération Toulonnaise a invité les monstres et autres déglingués à faire la numba. Durant 9 jours, les salles obscures ont vibré au son de créations musicales complètement différentes, au service d’une édition riche et d’un fil conducteur des plus excitants : pour le plus grand délice des cinéphiles et autres amateurs d’originalité qui se pressent de plus en plus nombreux aux portes chaque année. Après une superbe clôture provisoire (Le Cabinet du Dr Caligari au théâtre Denis) et en attendant le week-end final dédié à Charlie Chaplin début décembre, retour sur quelques soirées marquantes d’un festival décidément pas comme les autres.

LE GOLEM (1920) de Paul Wegener

« Moi, il faut qu’un titre me parle, m’évoque quelque chose. Monstres &Cie comme thématique de cette 8ème édition nous a semblé idéal, car c’est un clin d’œil rigolo au film de Pixar et ça permet aux gens d’avoir un fil conducteur à suivre tout au long du festival ». Voilà comment Luc Benito, un des fondateurs/directeurs qui s’occupe de la programmation du Fimé, explique le thème de cette année. Avec Laurence Recchia, ils ont créé l’association Filmharmonia et le festival Fimé en 2004, d’abord unis par deux passions communes : ils sont musiciens et cinéphiles avertis amateurs de musiques de film et de spectacle.

C’est donc Le Golem, un des premiers films expressionnistes, qui a ouvert les festivités le vendredi 2 novembre au Théâtre Marelios de La Valette. Adapté du roman de Gustav Meyrink, le film de Paul Wegener et Henrick Galeen évoque une belle figure du judaïsme en puisant dans un vieux mythe. Si le mot golem dans l’Hébreu de la Bible peut désigner une masse informe, il signifie en revanche dans la tradition populaire juive de l’Europe de l’Est, un être artificiel à la forme humaine. La légende voulait que Rabbi Loew ait crée un golem pour protéger les juifs habitant le ghetto de Prague… mais la créature serait devenu incontrôlable quelques années après. C’est ce que raconte – grosso modo – le film, sorti en 1920. Une histoire d’amour entre la fille du rabbin et le messager du roi édulcore un peu l’histoire.

Côté musique, le groupe parisien NLF3 -qui avait marqué les esprits avec sa relecture du chef-d’œuvre inachevé d’Eisenstein, Que viva Mexico !– invente en direct un monde sonore pour Le Golem. Et ça fonctionne. Cette formation, que le festival voulait programmer dès le début de son existence, créé un rock inventif et atmosphérique qui sied parfaitement à la tragédie de l’histoire. Les 4 musiciens (le guitariste expérimental finno-américain Eril Minkinnen rejoint la joyeuse troupe pour l’occasion) livrent un golem tantôt flippant, tantôt tribal. Le combo accompagne la naissance du golem de blizzards mystiques et d’envolée post-rock et rend la scène de la fête des roses complètement décadente et rock’n roll. Finalement, celui qui avait été crée pour sauver tout un peuple n’est qu’un domestique traqué devenu fou, qui trouve refuge dans le parfum d’une rose et la gentillesse d’une fillette. A peine prend-t-il conscience de la beauté (et de l’humanité) du monde, qu’il tombe terrassé, par la main innocente de la gosse qui lui retire sa capsule de vie. Triste ironie du sort qui met en évidence le destin obligatoire d’une créature qui n’appartient à aucun monde…

LA NUIT DES MORTS-VIVANTS (1968) de George A.ROMERO

Quand on leur demande s’ils pensent que les films muets peuvent encore intéresser la génération d’aujourd’hui, Laurence et Luc répondent avec optimisme : « Justement, on a vraiment cherché à intéresser le public jeune. Mais on ne voulait pas céder non plus à l’opportunisme facile, trahir la recette et le concept pour ça. On s’est dit alors qu’on voulait avant tout ancrer le festival sur le territoire et puis, petit à petit, ça a payé. Parce qu’on programme des films cultes aussi, donc intemporels. C’est ça la magie du croisement ciné-concert, ça attire des gens qui n’iraient pas forcément voir ce genre de film ou de musique… »

Après un week-end consacré à l’adultère Loulou de Georg Wilhelm Pabst et au schizophrène Docteur Jeckyll de Robertson, la soirée de mardi est donc très attendue. En effet, les zombies sont prêts à envahir le Cinéma Daudet de Six-Fours d’un instant à l’autre. Il y a du monde pour voir ça, et beaucoup de jeunes, venus (re)voir l’œuvre culte et subversive de Georges Romero. Vrai film indépendant tourné dans une période particulièrement tourmentée (1968), La nuit des morts-vivants inaugure le mythe du zombie au cinéma. Avant, le cinéma horrifique était fait de monstres en caoutchouc, de tombes en carton ou de mains surgissant dans l’ombre. Tout d’un coup, des créatures nues dévorent de la chair humaine, une ado tue sauvagement sa mère avec une truelle et le héros finit par être massacré ! Autre révolution, ce même héros est (- pour la première fois) black.

Seul film parlant de la programmation, les voix en sont pour l’occasion coupées et la bande originale de ce chef-d’œuvre est remplacée ce soir par la création électro de Christian Vialard, qui tente pour la première fois l’expérience. Exercice compliqué et audacieux de composer sur un film de cette durée et qui a choqué à l’époque par ses scènes gores et contestées. Au delà du simple film d’horreur, La nuit des morts-vivants angoisse en dressant une satire sociale des plus acerbes (rôle des médias, des politiques et dysfonctionnement des comportements humains en cas de crise). Le travail sonore de Vialard exprime cette tension avec des bidouillages électroacoustiques qui fonctionnent plus ou moins bien selon les moments. Un texte du musicien expliquant sa démarche défile sur l’écran avant le début du film, nous invitant ironiquement à essayer de ne pas réveiller les zombies. Promis, on a essayé.

NOSFERATU (1922) de F.W MURNAU

« Le lieu est très important dans le Fimé. Il faut qu’il y ait un sens, une cohérence entre le film, la musique et le lieu » expliquent Laurence Recchia et Luc Benito. Ainsi, la contemporaine Villa Noaille a accueilli des films expérimentaux, The lost world a été projeté dans le cosy théâtre du Rocher à la Garde sur une formation jazz des plus guillerettes, l’Opéra de Toulon vibrera sur les gags de Charlot etc.

Jeudi 8 novembre, c’est Nosferatu qui entre dans la place. Il était un peu LA star du festival, celui que tous voulaient voir. Élisant domicile dans le récent Théâtre Liberté de Toulon, le vampire au corps raide et aux dents de rat a fait frémir la foule venue nombreuse. Et pour cause : peu de films ont exercé une influence aussi importante sur le cinéma d’horreur que ce chef-d’œuvre de l’expressionnisme allemand. La capacité de Murnau (qui faute d’obtenir les droits du roman de Bram Stocker reprit à l’identique l’histoire de Dracula en changeant les noms des personnages et des lieux) à déstabiliser et à effrayer le spectateur fait de Nosferatu le vampire un classique intemporel du genre. Son éclairage symphonique, son montage rythmé et sa mise en scène pleine de symbole sont révolutionnaires pour l’époque. Son imagerie horrifique, onirique et dérangeante, a été copiée à l’infini (Herzog, Coppola ou encore Merhige) et le sera sans doute encore.

Après un passage très remarqué en 2006 pour l’accompagnement de Metropolis de Fritz Lang, Turzi et ses musiciens reviennent au Fimé et proposent une relecture de Nosferatu des plus électriques. Entre rock primitif et atmosphères krautrock, le combo apporte une intensité inédite au film. Tout comme Murnau a utilisé des astuces de montage pour exprimer l’aspect illogique des cauchemars par exemple (les plans accélérés quand Orlock remplie son carrosse de cercueils), la folie ou la peur, Turzi joue sur les pauses, les montées en puissances de guitares saturées et grésillantes, ajoutant de la tension à l’ensemble. On ne s’ennuie pas une seconde, complètement happé par la symbiose entre les images et le son. Le vampire à l’allure de chauve souris prend véritablement corps dans la distorsion des rythmes et du thème récurrent qui reste dans la tête longtemps encore après la fin du spectacle. Assurément une des plus belles soirées du festival.

Plus d’infos sur : http://www.fimefestival.fr

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