Rio Sex Comedy : film anthropotache

25/09/11 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags :

Ceux qui avaient raté la naissance du cinéaste Jonathan Nossiter – jusqu’alors sommelier de génie – avec Sunday (1997), s’étaient peut-être rattrapés avec le documentaire Mondovino (2004). Une fiction multiprimée et un documentaire porté aux nues, soit deux formats que Nossiter semble parfaitement maîtriser : avec Rio Sex Comedy, le réalisateur en propose une forme hybride, réconciliant réalisme – voire réalité – et fiction pure.

Maladroit, bordélique, irrésistible

Pour apprécier Rio Sex Comedy, il faut patienter, le temps d’une mise en situation complètement anarchique : une anglaise, Charlotte Jones (Charlotte Rampling), chirurgien esthétique, dissuade ses patientes de passer au bistouri ; une anthropologue française (Irène Jacob) réalise un film sur les rapports entre riches propriétaires et domestiques de maisons, tout en trompant son mari avec son caméraman ; un ambassadeur américain (Bill Pullman) fuit ses fonctions en se réfugiant dans une favela, où il devient le complice d’un guide touristique (Fischer Stevens) un peu escroc sur les bords. Ce dernier est flanqué d’une sublime indienne d’Amazonie qui ne jure que par les telenovelas, dont elle aimerait devenir une héroïne, quitte à avoir recours aux services du docteur Jones. Difficile pour Nossiter de rendre tout ceci cohérent et de faire converger ces histoires assez inégalement traitées où tous les personnages portent le prénom de ceux qui les incarnent : l’anthropologue interprétée par Irène Jacob se fait le garant d’un réalisme judicieusement mis en abyme (les images de son documentaire se fondent avec celles de Nossiter), mais reste le personnage le moins intéressant du lot, ses pulsions libidinales n’apportant strictement rien au récit. L’ambassadeur incarné par Bill Pullman, en revanche, confère au film des moments de franche comédie, où l’acteur, souvent en improvisation totale, fait preuve d’un talent burlesque qu’on ne lui connaissait pas. C’est son histoire qui nous intéresse le plus, car elle est celle qui pointe avec le plus de lucidité les raisons d’une cohabitation difficile entre quartiers riches “en bas” et favelas “en haut” : confronté à la misère des quartiers où il élit domicile, Bill l’ambassadeur se grime en mec lambda (bouc et cheveux longs – look de bobo à forte conscience politique) et décide de créer une ONG pour aider les populations des bidonvilles. Ces tentatives d’actions humanitaires donnent lieu à des scènes savoureuses, où en désespoir de cause, Bill et ses acolytes proposent de distribuer des roses rouges aux trafiquants de drogue ou encore d’emballer les favelas sous une bâche géante. Barres de rire garanties.

L’ombre du “cinéma novo”

Enfin, pour apprécier Rio Sex Comedy, passée son introduction un peu foutraque, il faut comprendre les motivations de Jonathan Nossiter, citoyen “carioca” depuis sept ans (ses trois enfants sont nés à Rio) et soucieux de filmer SA ville comme un documentariste amoureux de ceux qui la font vivre : à la manière des grandes heures du “cinéma novo” – courant né dans les années 50 sous l’impulsion de cinéastes qui ont voulu enterrer les fresques mélodramatiques et les comédies musicales ringardes grâce à des films plus réalistes, s’attachant à dépeindre les réalités sociales et culturelles du Brésil, en plongeant les caméras dans les quartiers pauvres du pays. Dans Rio Sex Comedy, les comédiens professionnels donnent la réplique à des citoyens anonymes. Confrontés aux questions de l’anthropologue (in extenso, celles de Nossiter), ces derniers sont les porteurs d’une vérité exempte de tout fantasme de cinéma. Filmer le “vrai Brésil”, pays d’inégalités, où la misère côtoie la richesse, mais le filmer avec humour : un pari audacieux pour un résultat chaotique, brouillon et maladroit, mais attachant, joyeux, follement enrichissant.

 

Rio Sex Comedy, disponible en DVD depuis le mois d’août, avec de nombreux bonus : scènes inédites, entretien avec Jonathan Nossiter et Irène Jacob, rencontres avec les comédiens…

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