Ruban blanc et draps souillés

16/03/10 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags :

Bien qu’ils soient mystérieux et séduisants, je n’ai jamais laissé les films Michael Haneke me toucher, jusqu’au Ruban blanc sorti en salles le 21 octobre dernier et ce mois-ci en DVD. Après des années d’abstinence cinéphile, il était plus que temps de permettre à l’atmosphère du réalisateur autrichien de me pénétrer. “C’est malin” vous moquez-vous. C’était dangereux surtout.


Das Weisse Band

(F)rigidité

Quelle idée pour une première fois de choisir un long-métrage dur, violent et froid. C’est que ça ne se prévoit pas, comme je n’envisageais pas de pouvoir m’ennuyer. Les on-dit promettaient volupté, expérience nouvelle à chaque fois, certes un peu brutale avec Haneke mais je trouvais ça enivrant, la bestialité. Je me trompais. Le Ruban Blanc n’est pas du genre à vous plaquer contre le siège et vous arracher les sentiments. C’est un pervers, qui aime regarder mais n’aime pas (tout) montrer. Son cinéaste préfère la violence hors champ et le sexe hors caméra, il fait dans la domination psychologique – le mindfuck – à tout va. En réalité, il savoure sa distance parce qu’il vous sait culturellement piégés (- on n’interrompt pas un film si stylisé, tout comme je n’ai pas mis fin aux ronflements de mon voisin).

Michael Haneke suppose qu’on réfléchit mieux quand on n’est pas dedans mais si on n’est pas dedans, on prend moins son pied (dixit les garçons). Pour le croire incapable de penser dans le feu de l’action, il faut prendre le spectateur pour un con. D’autant qu’avec un objet si maitrisé, la jouissance est faussement frustrée. Le magnifique noir et blanc made by Christian Berger (- plus électrisant que celui des Dieux du Stade) puise dans l’esthétisme allemand pour asséner austérité et répression : le cadre est parfait, seule manque l’émotion. Elle transpire dans l’interprétation irréprochable des acteurs qu’Haneke ne nous laisse pas effleurer – des fois que frémissent ses automates manichéens – et fait parler crument pour choquer : « Tu es laide, négligée, etc » (- de nos jours, je connais des filles que ça fait mouiller). Pour le priver du plaisir de se masturber, Le Ruban Blanc attache même à son lit le fils du pasteur. Offrir ses tabous (un peu d’inceste et d’enfants battus) sur plateau d’argent, c’est se montrer moins sévère avec les intellectuels.

Weiß ist die Farbe der Unschuld

Coup d’un film

« Je t’assure, on s’y fait ». Ok, Sabrina, toi qui lis Mad Movies, je veux bien croire que tu aimes être violentée, qu’on prend goût à l’expérience une fois répétée (- a posteriori, le coup de fusil d’Anna dans Funny Games, j’ai presque convulsé). Néanmoins, comme tous rapports non protégés, je continuerai à fuir Le Ruban Blanc : conte sordide dont la voix off explicative sert d’unique lubrifiant. Elle introduit l’ouverture sur cette année pré-première guerre mondiale (1913), afin d’enquêter les fondements du nazisme (- intention précisée au passage par le narrateur, au cas où les critiques n’auraient pas saisi). Prétentieux, même pour un réalisateur de taille, car cette dernière compte moins que l’usage. Et Michael Haneke s’inscrit dans la lignée des cinéastes qui pensent surtout à eux : comme l’excitation du spectateur, son investigation n’aboutira pas. Faire l’étoile de mer et me finir seule post-générique, très peu pour moi.

D’autant qu’opter exclusivement pour cette position anti-fascisme, c’est un peu réducteur, quand bien même ce serait le choix de l’instituteur (– on a évité de peu celui du missionnaire). Les niais d’un côté, les frustrés de l’autre, il y a des jeux de rôles plus complexes à expérimenter que le stéréotype de base dominants/dominés. Quant à la mise en scène pourtant bien montée, elle finit par sembler machinale à mesure que la narration linéaire voit les saisons passer. On se connait à peine que Michael se dévoile déjà routinier. Tout ça pour aborder les débuts du totalitarisme comme un jugeur précoce – et couvert : « il est possible qu’ils soient susceptibles d’éclairer certains événements ». Sauf que la cruauté a des accouplements antérieurs et se poursuit bien au delà du XXe siècle, de la guerre et du nazisme : l’horreur s’avère plus humaine qu’une théorie simulée. Tant qu’à fantasmer la réalité, autant le faire au Village des Damnés.

Eine deutsche Kindergeschichte

Une palme d’or, ça irrite toujours un peu parce qu’on est jamais tout à fait consentant avec les choix du jury. Certes “plus c’est long, plus c’est bon”, mais 2h24 de préliminaire, je me demande comment elle peut en jouir, Isabelle Huppert. Moi, je n’ai pas réussi. Moquez-vous encore, mais le champ lexical du sexe ne figure pas que dans ma métaphore filée, j’ai souligné le vocabulaire des critiques et en toute mauvaise foi : ça sent la promo canapé.

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire