SEA FOG de Shim Sung-Bo : grand scénariste deviendra grand réalisateur

31/03/15 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : , ,

seafog

Avant-propos

Ce 1er avril sort Sea Fog de Shim Sung-Bo, premier film en tant que réalisateur du scénariste de Memories of Murder de Bong Joon Ho, ici producteur de l’essai de son protégé. Ses deux films les plus populaires, Snowpiercer et The Host, son nom, en bonne place sur l’affiche, agissent comme un label, brandi par ceux qui auraient tort de s’en priver – Envrak inclus, puisqu’on l’a rencontré. Les attachés de presse, les distributeurs, et les amateurs de cinéma sud-coréen (des gens biens) qui veulent y traîner leurs potes réticents s’emparent de l’argument. Le véritable carotte, ils la connaissent pourtant.

« Un film sud-coréen c’est toujours bien, ou du moins c’est toujours beau » Capucine Henry.

Bien, beau, et cruel. Memories of Murder et Mother – les deux œuvres de Bong Joon Ho qui n’apparaissent pas sur l’image – témoignaient de la cruauté humaine, de sa bêtise et de la passion. C’est dans leur lignée que s’inscrit Sea Fog de Shim Sung-Bo (qui n’a pas volé son avertissement « sensibilité du spectateur »). Dans un contexte social fort, en quasi huis clos, il s’empare de la douleur des hommes pour la mener à une violence inévitable, que subliment les conditions climatique. Bien, beau et cruel. Le premier film de Shim Sung-Bo s’avère à la hauteur du cinéma coréen contemporain qui gratifie les salles de cinéma de chefs-d’œuvre depuis les années 2000. S’il n’en constitue pas un pour autant, il bénéficie au niveau de la photographie, de la décoration, du jeu de ses acteurs – et à tous niveaux d’ailleurs – d’un travail exemplaire.

Une humanité à la mer

sea-fog-équipageTirée d’un fait réel (et d’une pièce de théâtre), l’histoire de Sea Fog prend place en Juillet 1998, après la crise économique asiatique de 1997 qui a plongé le continent dans le désespoir (chômage, suicide, prostitution). Elle s’embarque à bord du Junjin, chalutier tombé en désuétude, que tente de faire prospérer son commandant, dont la gloire passée n’a d’égal que le dévouement présent. Pour que le Junjin ne finisse pas à la casse, pour que ces cinq marins ne se retrouvent pas sur la terre ferme, le capitaine Kang prend la décision de transporter des clandestins.

Ce que ses hommes d’équipage doivent faire, ils le font. Pour des raisons qui leur sont propres : l’honneur, la loyauté, l’argent, les filles, l’aventure, la famille. Et parce que leur chef – ce héros – le leur demande. Tandis que les membres du Junjin mettent en jeu leur carrière, leurs valeurs, les sino-coréens immigrés risquent leur vie sur cette mer merveilleusement filmée. Pour les premiers, les seconds représentent aussi une phobie, celle d’une main d’œuvre à bas coût qui leur volera leur pays : le propos social jaillit des dialogues dans les situations extrêmes. Parmi ces clandestins, deux femmes (et deux représentations de la femme), qui mettront en émoi les jeunes marins et seront les pivots du drame, du thriller, de la romance (un peu faible parfois), que les touches de burlesque coréen n’allègent que succinctement.

La narration de Shim Sung-Bo, sa réalisation même, et le travail de ses collaborateurs suit la navigation de son bateau. Tandis qu’il vogue, les personnalités se dévoilent. Lorsque le temps se dégrade, l’humain aussi. L’image, elle, sort sa griffe, ne faiblit pas contre la pluie, la fumée, les vagues qui s’éclatent sur la coque du bateau en perdition. Quand la tempête se déchaîne sur le Junjin, les dilemmes s’abattent sur chacun. Puis le brouillard s’empare du pont et surgissent les démons. Le spectateur contemple l’Homme se perdre avec effroi. L’omniprésence du métal, et parfois presque de l’odeur et du froid se sont chargées depuis longtemps de l’immerger. Au sein de ce navire, dans son impressionnante salle des machines surtout, se cristallise ainsi ce que Sea Fog entend dire sur l’humanité, entend questionner. Dommage que la musique trop présente en ouverture et clôture du film, trop appuyée dans les moments touchants, nous empêche de toujours l’écouter.

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