Sean Penn, un cinéaste majeur – acte 1

01/05/08 par  |  publié dans : Cinéastes, Cinéma | Tags : ,

Connu pour ses rôles à fleur de peau, ses prises de position politiques et ses coups de gueule, Sean Penn n’est pas seulement un acteur doué, c’est aussi un réalisateur formidable. Une facette assez méconnue de l’artiste qu’Envrak tient à vous faire découvrir, au moment où il s’apprête à prendre la présidence du jury cannois pendant 15 jours.

Un acteur-né

Avec un père réalisateur (Leo Penn) et une mère actrice (Eileen Ryan), pas étonnant que les frères Penn, Sean et Christopher (décédé en 2006) aient choisi de faire carrière dans le cinéma. Si le cadet se batit d’emblée une filmographie prometteuse (avec Rusty James, de Francis Ford Coppola, ou encore Pale Rider de Clint Eastwood), Sean peine à s’imposer à Hollywood, où il est affublé du surnom peu flatteur de “Monsieur Madonna” (son mariage avec la chanteuse durera 4 ans, de 1985 à 1989 ), et où ses accès de violence à l’encontre des paparazzi font davantage la une des journaux que ses prestations dans des films réussis mais qui ne trouvent pas le succès (Taps, de Harold Becker, Crackers, de Louis Malle, Le Jeu du Faucon, de John Schlesinger, Colors, de Dennis Hopper…) Même Shangai Surprise (Jim Goddard, 1986), dont il partage l’affiche avec son épouse, ne trouve pas son public (et pour cause : il est nul).

Sean Penn et Madonna

C’est avec le magnifique At Close Range (Comme un Chien Enragé, James Foley) en 1986 que Sean Penn attire véritablement l’attention, même si le film ne cartonne pas au box-office (il deviendra culte par la suite). Sa performance face à Christopher Walken bouleverse tous ceux qui avaient encore en tête les souvenirs du fait divers sordide dont s’inspire le long-métrage (un homme à la tête d’un gang de voleurs utilise les services de ses deux fils adolescents et de leurs amis dans un coup qu’il estime lucratif, et les élimine un par un pour effacer les traces du casse, qui ne s’est pas déroulé comme prévu). La carrière de Sean Penn est lancée. Son divorce avec Madonna l’éloigne des journaux à scandale et ses rôles prennent de la consistance. Après deux prestations remarquées dans Outrages (Casualties of war, Brian De Palma, 1989) et Les Anges de la Nuit (State of Grace, Phil Joanou, 1990), Penn décide de se poster derrière la caméra, et réalise en 1991 son premier film, The Indian Runner.

The Indian Runner : frères de sang

1968. Deux frères, Joe et Franck. Le premier est policier, soucieux de respecter et de faire respecter les valeurs traditionnelles de son pays. Le second est indiscipliné, violent, et surtout volontaire pour partir se battre au Viêtnam. A son retour, il apprend que Joe, en état de légitime défense, a abattu un délinquant.

Viggo Mortensen dans The Indian Runner

Inspiré d’une légende indienne évoquant l’épreuve que doivent passer les jeunes gens pour entrer dans l’âge adulte, The Indian Runner surprend par sa beauté (le directeur de la photographie, Anthony B. Richmond, livre un travail remarquable), et la gémellité évidente entre le personnage de Franck (incarné par Viggo Mortensen dans ce qui reste l’un de ses meilleurs rôles) et le réalisateur lui-même, à mi-chemin entre rébellion et rédemption. Proche du cinéma de Clint Eastwood, The Indian Runner, considéré par beaucoup comme le meilleur film de Sean Penn, se paye le luxe d’insérer dans son montage les images (en gros plan) d’un véritable accouchement et par la même d’insuffler un réalisme troublant à son film. Il en profite pour révéler au grand public Benicio Del Toro et Patricia Arquette, et pour donner son dernier rôle à un Charles Bronson bouleversant. Un coup d’essai sur lequel l’étiquette “chef d’oeuvre” ne déparerait pas.

Dés lors, Sean Penn estime que sa place n’est pas devant la caméra, mais bel et bien derrière. Une tragédie qui touche la famille de son ami, Eric Clapton, pendant le tournage du film, va bouleverser la vie de Sean Penn et sa vision du métier de cinéaste.

The Crossing Guard : faire face à la mort d’un enfant

20 mars 1991 : Conor Clapton, 4 ans, fils du chanteur, meurt brutalement des suites d’une chute du 53ème étage de l’appartement de ses parents. Sean Penn, dont l’épouse, Robin Wright, est sur le point d’accoucher, vivra difficilement cette tragédie. Comment surmonter la perte d’un enfant ? Cette question va le hanter des années durant, influant même sur le choix de ses rôles en tant qu’acteur (La Dernière Marche, Sam je suis Sam, Mystic River, et bien entendu 21 grammes, en sont des exemples), mais surtout sur le choix des histoires qu’il va décider de raconter. Passé le choc, Penn commence à écrire un scénario intitulé The Crossing Guard. Il imagine la confrontation imminente entre un père, Freddy, qui a perdu sa petite fille six ans auparavant, et le chauffard qui l’a écrasée, John, ce dernier s’apprêtant à sortir de prison. Le premier, qui a sombré dans l’alcoolisme et vu son mariage voler en éclat, n’a qu’une idée en tête: tuer celui qui lui a enlevé son enfant. Le second, lui, estime qu’il ne mérite plus de vivre après le crime qu’il a commis.

Jack Nicholson dans The Crossing Guard

Le projet ne trouve pas assez de financements, Sean Penn n’a pas les moyens de produire lui-même son film, d’autant que The Indian Runner a été un échec commercial. Bien obligé de reprendre, au moins momentanément, sa carrière d’acteur, Penn décide de tourner dans L’Impasse (Carlito’s Way, 1993), de Brian De Palma, aux côtés d’Al Pacino. Dollars en poche, Penn reprend le projet Crossing Guard et le met en chantier, avec l’aide de son ami Jack Nicholson, qui endosse le rôle du père. Face à lui, David Morse (Joe dans The Indian Runner), dans le rôle du chauffard repenti, et Angelica Huston dans celui de la mère. Sorti en 1995, le film n’attire pas les foules, mais révèle une facette jusqu’à présent peu exploitée de son acteur principal, en état de grâce dans la peau d’un ersatz de l’écrivain Charles Bukowski, proche de Sean Penn, à qui ce dernier dédie d’ailleurs son film. A nouveau, le réalisateur y fait preuve d’une belle maîtrise, épaulé là encore par un directeur photo génial (Vilmos Zsigmond, excellent dans les scènes nocturnes, qui sont légion dans The Crossing Guard) et par un sens du dialogue incontestable.

A grand renfort de ralentis et de gros plans sur les visages de ses acteurs, Sean Penn pose les questions – est-on capable d’accomplir la mort d’un homme pour venger celle de son enfant ? Comment surmonter le fait d’avoir tué une fillette ? – et inverse les rôles : et si le père n’était qu’un alcoolique épris de violence ? Si le meurtrier n’était qu’un être profondément humain méritant sa rédemption ? La fin, magnifique, prend le spectateur à contrepied et reste gravée dans les mémoires à l’issue d’un mouvement de grue aussi christique que celui qui cloturera, 13 ans plus tard, Into the Wild.
Le thème du film, c’est surtout le poids de la rage de Freddy, le poids de la culpabilité de John Both et celui de l’incapacité de gérer la tristesse” déclarera Sean Penn à la sortie de The Crossing Guard en 1995. Un auteur est né.

LIRE LA SUITE : Sean Penn, un cinéaste majeur – Acte 2

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2 commentaires

    LVB  | 01/05/08 à 12 h 37 min

  • The crossing guard, l’exemple parfait du film qui,sur les blogs ou avis “d’allocinéastes”, récoltera des commentaires du genre :”QUEL ENNUI!!!C’EST PAS CA, J’AIME LES DRAMES, LES FILMS LENTS NE ME DEPLAISENT PAS, MAIS LA C’EST TROP !!” … etc … ;)

  • cina  | 12/04/09 à 19 h 00 min

  • j’aime cette acteur il est très fort*

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