Séance rattrapage : Une Séparation

16/06/11 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : , ,

Ours d’or au festival de Berlin, ours d’argent pour l’ensemble des acteurs et actrices, Une Séparation d’Asghar Farhadi est encensé par la presse – à raison. L’éternel indécis s’interroge sur la fiabilité des avis critiques et spectateurs, aussi unanimes soient-ils, il se rendra en salle pour trancher. Le phobique de l’élitisme, lui, ne prendra pas son billet. Alors toi, oui toi, cette chronique t’est dédicacée.


La bande est en version originale, te sens pas obligé.

Les américains font dans l’action, les français dans la comédie, les autres dans la longueur, le drame et la politique, très peu pour toi. Néanmoins, contrairement à ses compatriotes iraniens (Panahi et Rasoulof), ce réalisateur-là ne sort pas de prison. Son film se diffuse bien dans son pays qui possède aussi des cinés. Certes, Une Séparation se déroule en Iran, où la culture diffère et où tu n’as jamais mis les pieds. Mais Harry Potter se passait à Poudlard, l’école des sorciers, sans que tu n’en sois contrarié. L’important étant de planter le décor, ce qu’Asghar Farhadi a bien compris. Dans sa scène d’ouverture, un couple demande le divorce : ils ont obtenu un visa pour l’étranger où elle voudrait s’installer avec sa fille et son mari qui refuse pour sa part d’abandonner son père, atteint d’Alzheimer.
Ici, la camera fixe, placée dans le dos du juge de l’affaire, ne renvoie pas le contre-champ, façon Un gars, une fille tu vois, où seuls les deux protagonistes sont à l’écran. L’intrigue et son contexte se posent en un plan : leurs arguments, la place de la femme ou encore la situation politique et religieuse que tu n’as pas besoin de comprendre. Ça dit juste qu’elle est complexe, qu’on ne remet pas ouvertement en cause un état non laïc, parce que ça ne se fait pas. Avec ça, tu saisis d’emblée les enjeux, suit facilement le destin de ces deux personnages de classe moyenne/occidentalisée, et te laisses happer par le suspens qui ne vient qu’après.

De retour dans leur appartement, structuré de baies vitrées, on rencontre Razieh, pauvre et pieuse aide à domicile. La peur de l’homme, de son mari impulsif qui va débarquer, de son employeur laissé sans épouse/chaperon ou même du vieil alité, caractérise ce personnage dont la fausse-couche accidentelle va tout changer. Cadencé comme un polar, rythmé comme un blockbuster (ça te parle, hein), Une Séparation enchaîne haussement de voix et retournement de situations. On ne sait plus qui croire, ils te laisseront en juger, choisir ton camp peut-être, cartes en mains mais pas toutes – comme au Cluedo. Les deux couples s’affronteront dans ce jeu de société (ou lutte sociale) : car le choc des cultures, ce n’est pas entre le film et toi mais entre ces quatre-là, et leurs filles au milieu. Elles échangeront un regard qui te restera peut-être à l’issue du procès. Comme demeurera la question du parti-pris de Temereh dans le divorce de ses parents. Une Séparation n’est pas un film joyeux, il est même intelligent, n’oublie cependant pas ce qui arrive à Dumbledore dans le Prince de Sang-mêlé : tu es fort, tu n’es pas con, tu peux gérer.

Mercredi 15 juin, Une Séparation d’Asghar Farhadi passe de 105 à 161 copies et bénéficie donc d’une plus grande couverture hexagonale, peut-être même dans un multiplexe près de chez toi. Si tu accroches, sache que ressortiront en juillet les précédents long-métrages du réalisateur dont A propos d’Elly sur un groupe d’amis à la plage : quarante minutes de moins que Les petits mouchoirs de Canet, bien mieux ficelé. Si tu n’accroches pas, dis toi que tu pourras toujours briller en société, voire me laisser un commentaire désobligeant ci-dessous : si tu t’es déplacé, pour moi ça valait le coup.

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