Sélection Cinéjap 2009

02/05/09 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags : , ,

Mes tickets ciné le disent mieux que moi : le cinéma japonais s’est fait sa place, jusque dans mon portefeuille. Trois petits carrés de papier m’indiquaient son importance le mois dernier. Ces films sont encore à l’affiche, d’autres ne vont pas tarder à arriver, petite sélection trimestrielle du septième art au Japon.

Ponyo sur la falaise d’Hayao Miyazaki (Sortie le 08/04)

A 68 ans, le papa de Totoro rempile pour son dernier dernier film afin de clore une carrière arrêtée chaque année depuis 2002, évidemment reprise tous les ans. S’il gagne quelques (petits) adorateurs au passage, il déçoit quelques (grands) fidèles. Mignonne demoiselle poisson, Ponyo devient humaine pour les beaux yeux du brave Sosuke. Personnages attachants, ingrédients habituels – message, esthétisme et poésie -, dosage différent. Bien moins corsé. Le résultat se veut plus accessible, dommage. Sans l’épice du chef, la recette fait scolaire. Trop de dialogues inutiles, peu de profondeur, de fausses épreuves car rien n’est grave semble dire Hayao à son nouveau public. L’émerveillement visuel et quelques bonnes séquences le laissent en bon terme avec l’ancien. On retrouve le goût des Miyazaki, leur fraicheur, leur pétillant, l’ivresse en moins. Comme servir du “Champomy” aux amateurs de “Veuve Cliquot”.

Tokyo Sonata de Kiyoshi Kurosawa (Sortie le 25/03)

On ne choisit pas sa famille. Mais on s’en contente. Père au chômage, femme dévouée, ainé paumé, cadet ignoré. Tous courent après quelque chose : travail, excitation, sens ou passion. Leurs différents chemins leur donnent des œillères. Faute d’essayer de se comprendre, ils s’affrontent, sauf quand ils se taisent. La clé du portrait familial de Kurosawa réside dans ces mots confiés au fils par la mère, personnage plein de sagesse, un genre de “ce n’est pas si mal”. Pas si mal d’être qui nous sommes, ainsi entourés. Toutefois, pour s’en rendre compte, pour en être sûr, il faut passer par des étapes parfois insensées, souvent douloureuses. Ici, toujours empruntes d’émotions retenues qui entrainent chacun dans des situations excessives. L’irréalisme de Tokyo Sonata fait résonner son réalisme, son universalité. En deux heures d’errances, bercées de musique classique, on comprend le principal : qu’il n’y a que nous pour devenir qui nous sommes.

Still Walking d’Hirokazu Kore-Eda (Sortie le 22/04)

On ne choisit pas sa famille. Mais on l’aime quand même. Un deuxième film sur les paradoxes du foyer, riche mois d’avril, me permet d’en citer l’air de rien un troisième : Rachel se marie de l’américain Jonathan Demme (réalisateur de Philadelphia). Rien à voir si ce n’est ce talent pour saisir les petits riens qui font les liens familiaux et leur complexité, entre amour et confrontation, jugement et respect. Dans Still Walking, il est question d’une réunion en l’honneur du fils ainé décédé : la sœur, son mari et leurs deux enfants, le cadet, sa femme et le fils de cette dernière, les parents. Cruauté de la vie et des regards critiques. Beauté des instants complices magnifiquement capturés. Si le film peine à finir, sa réalisation esthétique n’ennuie jamais : les constats, les repas, la lumière, elle observe et partage. Le temps qui passe, celui qui s’arrête, celui qui n’a pas d’importance, tout est dit. De même pour les enfants ingrats et les parents qui vieillissent, pour l’imperfection de leur affection.

Air Doll d’Hirokazu Kore-Eda (Sortie prochaine)

Après avoir dit du bien de Kore-Eda, également à l’origine de Nobody knows, on ne peut qu’attendre avec impatience son prochain film, présenté à Cannes en compétition officielle, sélection “Un Certain Regard”. Une poupée gonflable possède soudain un cœur, une âme, et tombe amoureuse. On trépigne mais se méfie, les structures psychologiques traditionnelles du réalisateur japonais pourraient être incompatibles avec la trame. Ou bien la confrontation d’un objet sexuel avec un univers patriarcal s’avérera l’idée la plus rusée du festival. Qui sait ? Peut-être Kore-Eda a-t-il décidé pour ce film d’essayer quelque chose de nouveau, moins social, plus drôle. Lorsqu’ils changent de registres, les bons cinéastes sont capables du pire comme du meilleur. On se rappelle l’interlude Je suis un Cyborg de Park Chan-wook, on a confiance.

Departures de Yojiro Takita (Sortie le 03/06)
– Oscar du meilleur film étranger 2009 –

Fous rires, larmes, sourires, pleurs. Petit tour de la palette des émotions par Yojira Takita. Un violoncelliste au chômage répond à l’offre d’emploi d’une société qu’il prend pour agence de voyage, sauf que les départs n’y sont pas touristiques mais mortuaires. Bon garçon, le héros tente le coup malgré sa maladresse et surtout en dépit du tabou qui pèse sur la profession. La lenteur des gestes, le respect d’un cérémonial, les sentiments tus, Departures impose son esthétisme et son ambiance qu’il distille d’humour et de tendresse. Pas très éloigné des animés japonais, il mêle aux traditions un couple et des protagonistes modernes et atypiques. Jeune pour l’un, décalés pour les autres. Le film ne surprend pas par un suspens inexistant mais par l’ingéniosité avec laquelle il dissimule les fils évidents par lesquels il nous entraine. Et par cette scène où Daigo respire la vie, belle et dérangeante, expressive. Léger petit bijou pour lourd sujet et musique originale de Joe Hisaishi, compositeur de Miyazaki!

La boucle est bouclée.
© Le Studio Ghibli, ARP Sélection, Pyramide Distribution, Regent Releasing

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1 commentaire

    Capucinéma  | 06/05/09 à 11 h 16 min

  • Vivement Air Doll et Departures :-)

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