Soixantième festival de Cannes

01/05/07 par  |  publié dans : Cinéma | Tags :

Alors que les éternels habitués s’apprêtent à fouler le tapis rouge en attendant la consécration cannoise (sont notamment en lice les frères Coen, Wong Kar Wai, Gus Van Sant, Emir Kusturica… comme d’habitude), le festival, lui, fête ses 60 ans.

Si les rideaux se sont ouverts en 1946, la fameuse palme d’or est apparue en… 1955. Premier véritable “palmé”, le film américain Marty n’a pas fait date, à l’instar de nombreux longs métrages à qui les prix “moindres” ont souvent fait de l’ombre. Qui se souvient du discours de remerciements de Théo Angeloupoulos en 1998, venu chercher sa récompense quelques minutes après le show de Roberto Benigni, présent à l’époque pour La vie est belle ? Neuf années plus tard, tout le monde a oublié L’éternité et un jour. Pire : personne ne l’a vu, alors que La vie est belle a trouvé son public.
Qui, sur la croisette en 1997, n’a pas hurlé son désespoir lorsque le jury présidé par Isabelle Adjani a préféré le soporifique Abbas Kiarostami et son Goût de la cerise au chef d’oeuvre absolu d’Atom Egoyan, De beaux lendemains?
Qui n’a pas été déçu de voir repartir Lars Von Trier avec un lot de consolation en 1998 pour Breaking the waves au profit de l’anglais Mike Leigh et de son plus conventionnel Secrets et Mensonges?
Qui, en 1987, aurait parié une flute au Martinez sur la victoire de Maurice Pialat, consacré sous les huées pour Sous le soleil de Satan, alors que Wim Wenders avait gagné d’avance les faveurs du public pour Les ailes du désir?
D’autres ont eu plus de chance: révélations précieuses (Claude Lelouch en 1966, Steven Soderbergh en 1989, David Lynch en 1990, Quentin Tarantino en 1994), consécrations tardives (Roman Polanski en 2002, Ken Loach en 2006), double-palmés (Francis Ford Coppola, Emir Kusturica, les frères Dardenne, Shohei Imamura, Bille August), multiprimés en tout genre: Lars Von Trier, champion toute catégorie, a raflé à peu près tous les prix possibles avec la quasi intégralité de sa filmographie: Grand prix de la commission supérieure technique en 1984 pour son premier film Element of Crime, prix du jury en 1991 avec Europa, Grand Prix du Jury en 1996 avec Breaking the Waves, Palme d’or et prix d’interprétation féminine en 2000 pour Dancer in the Dark
Le festival trimballe depuis 60 ans une réputation qui n’est plus à faire, son lot de festivités incontournables pour les non badgés et les réfractaires au 7ème Art, ses controverses inoubliables – la pause imposée de mai 68, le bras d’honneur de Pialat…, ses écarts impardonnables – top models et joueurs de foot sur les marches – et ses palmarès hétéroclites. En attendant le verdict de cette soixantième édition (sélection complète disponible ICI), voici quelques-unes des palmes d’or les plus marquantes depuis la création du festival.

1952 Othello, Orson Welles (États-Unis)
1953 Le Salaire de la peur, Henri-Georges Clouzot (France)
1956 Le Monde du silence, Jacques-Yves Cousteau & Louis Malle (France)
1960 La Dolce Vita, Federico Fellini (Italie)
1963 Le Guépard, Luchino Visconti (Italie)
1964 Les Parapluies de Cherbourg, Jacques Demy (France)
1966 Un homme et une femme, Claude Lelouch (France)
1967 Blow-Up, Michelangelo Antonioni (Italie)
1970 M.A.S.H., Robert Altman (États-Unis)
1976 Taxi driver, Martin Scorsese (États-Unis)
1979 ex æquo Apocalypse Now, Francis Ford Coppola (États-Unis)
ex æquo Le Tambour, Volker Schlöndorff (RFA)
1984 Paris, Texas, Wim Wenders (RFA)
1985 Papa est en voyage d’affaires, Emir Kusturica (Yougoslavie)
1989 Sexe, mensonges et vidéo, Steven Soderbergh (États-Unis)
1990 Sailor et Lula, David Lynch (États-Unis)
1991 Barton Fink, Joel & Ethan Coen (États-Unis)
1993 ex æquo Adieu ma concubine, Chen Kaige (Chine)
La Leçon de piano, Jane Campion (Nouvelle-Zélande)
1994 Pulp Fiction, Quentin Tarantino (États-Unis)
1995 Underground, Emir Kusturica (Yougoslavie)
2000 Dancer in the Dark, Lars von Trier (Danemark)
2001 La Chambre du fils, Nanni Moretti (Italie)
2002 Le Pianiste, Roman Polanski (France)
2003 Elephant, Gus Van Sant (États-Unis)
2004 Fahrenheit 9/11, Michael Moore (États-Unis)
2006 Le vent se lève, Ken Loach (Royaume-Uni)
(Source: Wikipedia)

Coups de coeur ou coups de gueule, les envrakés font leur festival :

Engy :
La Dolce Vita de Federico Fellini.
Audacieux, dérangeant et culte : « voilà un film qu’il me faut voir ! » vous dites-vous… moui, peut-être. Novateur pour son époque, La Dolce Vita est aujourd’hui difficile à apprécier si on ne possède une bonne culture cinématographique de ces années-là. Théorique et italienne de préférence, la culture, pour pouvoir saisir le talent de la réalisation et l’esthétique de la lenteur. Durant près de 3h, un journaliste parcourt les lieux mondains de Rome en cachant difficilement son ennui… cela vous fera un point commun.

Dancer in the Dark de Lars von Trier
Comment révolutionner un genre en reprenant ses éléments classiques mais en innovant sur la mise en scène ? Demandez donc au réalisateur Danois. Renouant avec le musical tragique et l’importance du bruit rythmé, il a choisi la chanteuse Björk pour donner une âme à son film et tourné avec cent cameras pour en transmettre la puissance. Une mère célibataire mal voyante se démène pour payer l’opération de son fils. Un drame en crescendo, des chansons émouvantes et une touche de folie pour un film différent.

Sabrina :
J’ai moins envie de parler d’une palme en particulier que d’un palmarès ahurissant, celui de 1999, année où, sous la présidence de David Cronenberg, le jury s’est amusé à donner des prix à tout et n’importe quoi, avec notamment une avalanche de distinctions pour L’humanité, insipide second film de Bruno Dumont, reparti avec les trois prix les moins mérités du palmarès (interprétation masculine, interprétation féminine, grand prix), à la barbe et au nez de David Lynch (Une histoire vraie), Pedro Almodovar (Tout sur ma mère), Takeshi Kitano (L’été de Kikujiro) ou encore des frères Coen (O brother where art thou?). Huit ans après, nombreux sont ceux qui défendent bec et ongles la thèse de la grosse blague. J’en fais partie.

Pauline :
Le Tambour de Volker Schlöndorff
Observer le monde des adultes avec des yeux d’enfants… nous l’avons tous fait, qui ne rêve pas de s’en rappeler ? Oscar ne veut pas oublier ça. Il a forcé la nature et a décidé de rester petit. Le héros du roman du Günter Grass, Die Blechtrommel, porté à l’écran par Volker Schlöndorff, nous balade dans notre monde de perversions au rythme de son tambour. Mais n’imaginez pas un voyage enfantin mielleux, le résultat est déroutant, dérangeant. Les scènes en contre-plongée que nous observons avec Oscar fait de nous des voyeurs à ses côtés. Vous retrouverez un instant vos yeux d’enfants, mais pas à n’importe quel prix.

Un homme et une femme de Claude Lelouch
Des regards, quelques paroles, beaucoup de place pour que le spectateur interprète librement les non-dits, c’est ce qui constitue l’histoire d’amour qui naît entre Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant. Les plages de Deauville, les voyages en voiture, les rencontres qui se répètent, un peu plus intenses à chaque fois. Tout est contenu, subtil, endormant diront certains. Mais on peut facilement se laisser emporter par ce morceau de vie en noir et blanc aux images et aux répliques économisées et tout autant percutantes.

Marie:
La leçon de piano de Jane Campion
Voici un film émouvant comme on n’en trouve peu!
Amour du piano et amour charnel se mélangent avec poésie, sensibilité et subtilité. Le scénario original, l’interprétation exceptionnelle, que dis-je, époustouflante, des acteurs et la réalisation esthétique sont autant de raisons pour apprécier ce drame poignant.

Rosetta de Jean-Pierre et Luc Dardenne
Certes Emilie Dequenne est remarquable dans ce film, certes il s’agit d’une grosse critique de la société qui nous aide à réfléchir, mais franchement, est-ce que ça mérite une palme d’or? Et bien je répond non. On se demande si un scénario a été préalablement écrit tant on subit des situations de plus en plus dramatiques, voire violentes. Il s’agit d’un étalage d’horreur nous poussant à sortir nos mouchoirs plus que d’un “chef d’oeuvre” cinématographique.

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11 commentaires

    Marie  | 07/05/07 à 16 h 09 min

  • Et les autres, vous n’avez pas d’avis sur toutes ces palmes d’or?

  • Sab  | 07/05/07 à 19 h 51 min

  • C’est quoi votre année de naissance? Histoire de voir celui qui “a” la plus belle palme. Moi c’est Apocalypse Now. Ca va, c’est classe. “Le tambour”, aussi, la même année, mais quand même… Apocalypse Now, quoi… Classe

  • Bertrand  | 07/05/07 à 23 h 06 min

  • Taxi Driver en 1976 : la rencontre Scorsese – De Niro, c’était quelque chose…

  • Sab  | 09/05/07 à 15 h 47 min

  • Mes préférées: Paris Texas, Taxi Driver, The Mission (oui, j’avoue), Elephant, Apocalypse Now, Pulp Fiction, If, Blow Up. Pas dans cet ordre-là.
    Franchement, Le Guépard, c’est chiant non?

  • engy  | 09/05/07 à 17 h 41 min

  • Moi je suis née l’année de la Mission, j’ai pas vu le film mais j’ai lu le synopsis, je ne suis pas sure de ce que je dois penser et ton aveux un peu honteux ne m’aide pas vraiment!

  • Sab  | 09/05/07 à 21 h 32 min

  • Non, c’est pas honteux, c’est juste que c’est encore une de ces palmes à polémique. Raison évoquée alors: trop académique. Je trouve que c’est un très beau film, beaucoup moins connu que sa musique (culte)

  • Sab  | 09/05/07 à 21 h 34 min

  • Remarque, maintenant que j’y pense, toutes les palmes que j’ai citées comme étant mes préférées ont provoqué des polémiques, mis à part Paris-Texas (enfin une palme consensuelle, tiens)

  • Marie  | 13/05/07 à 18 h 49 min

  • Ah ben moi pour l’année de ma naissance, la palme d’or était Czlowiek Z Zelaza (L’Homme de fer) de Andrzej Wajda. Autant vous dire que je ne connais ni le film, ni le réalisateur et que je sais encore moins les prononcer…

  • Sab  | 14/05/07 à 12 h 40 min

  • Ah ouais t’as pas de bol, toi…

  • Marie  | 15/05/07 à 21 h 43 min

  • Jamais… :D
    Pour ceux que ça intéressent, il y a La leçon de piano ce soir sur France3.

  • Sab  | 23/05/07 à 13 h 39 min

  • Je reviens de Cannes, j’ai vu le film des frères Coen (entre autres, hein), et j’ai rien à dire de plus, sauf que vous allez devoir attendre jusqu’à février pour le voir, et ça, c’est une catastrophe (je dis ça parce que le film, dans tous les sens du terme… c’est une TUERIE !)

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