Somewhere, drame de la demi star

08/01/11 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties

Papa papa, t’es plus dans le coup, papa !
What’s the point ? A quoi bon ? Johnny (Stephen Dorff), acteur de second plan, est abattu par cette question du début à la fin de Somewhere. A quoi bon attendre un prochain tournage dans une chambre d’hôtel devenue maison, à quoi bon être vaguement reconnu à la terrasse du resto par des ados gloussantes ?
En effet, ça ne sert à rien, tout ça. D’autant que Johnny vieillit. Les plans insistent sur l’usure, celle de sa peau surtout, et celle de son regard. Preuve que son corps commence à le trahir, au début du film il a le bras plâtré. Plus tard, il a rendez-vous pour le moulage d’un masque sensé le vieillir de quarante ans. Le visage recouvert de plâtre, il est devenu un fantôme. On entend juste sa respiration, tandis que la caméra se rapproche de lui peu à peu. Contemplant le résultat, il a un léger choc. Viendra peut-être un temps où les rides n’auront plus rien de sexy.
Non seulement Johnny vieillit, sa vie fait du sur place. Le premier plan du film, une voiture de sport roulant à toute blinde sur la même route encore et encore, dans un paysage aride, donne le ton. Le véhicule est présent dans la dernière scène, bizarre et surprenante.

L’arrivée puis le départ de la fille de Johnny, Cleo (Elle Fanning), structure le film en trois parties. Chapitre 1 : Johnny s’ennuie et s’interroge sur le sens de son existence. Chapitre 2 : Voilà Cleo! Festival de moments sympas, glaces en pleine nuit dans un hôtel italien, parties de Wii face à balcon ensoleillé… Tableaux de bien-être toujours réussis, presque on sent le vent au bord de la piscine. Chapitre 3 : Cleo s’en est allée sans que son papa n’ait réussi à s’excuser d’être si peu présent pour elle. Johnny déprime encore plus qu’au début. Cette dernière partie est la plus dure pour le personnage, le plaisir à peine éprouvé aux côtés de Cleo tranchant cruellement avec la solitude présente.

Ce n’est pas la première fois que Sofia Coppola met en scène l’ennui et l’isolement d’individus dont tous les besoins matériels sont comblés. Il s’agit même d’un de ses thèmes récurrents, obsédants. Mais il manque quelque chose à Somewhere, et c’est par cette faille que se glisse dans l’esprit du spectateur une question, celle-là même qui plombe le personnage central: What’s the point ? Qu’est ce que ça nous dit, ce portrait d’une star qui n’en est pas une ? Et aussi : Est ce que ça nous intéresse ? Dès lors que la question se pose, c’est mauvais signe.

Par ailleurs Somewhere est très joli, émouvant aux moments-clés et à d’autres inattendus. Nos yeux n’en ont que pour le père et la fille. Cleo, sautillante, solaire, est animée par une joie de vivre irréfléchie propre à l’enfance, là où son père a lâché prise. Aussi juste que d’habitude, Sofia Coppola a capté une mélancolie, une tristesse chez le père et aussi chez la fille. Elle filme une intimité familiale hors normes, grandie dans un confort impersonnel et artificiel. Mais intimité tout de même. La relation des personnages ne s’inscrit pas dans le quotidien, pour cette raison elle échappe aux tensions, mêmes minimes. Johnny et Cleo savourent ce tête-à-tête imprévu car ils le savent exceptionnel. Pas le temps pour s’engueuler, on pleurera juste, vite fait, dans la voiture. Et puis, pour se disputer, il faut beaucoup parler, parler pour ne rien dire, or Sofia Coppola est toujours aussi avare en dialogues.

On sait que pour Somewhere, la réalisatrice a filmé un monde qu’elle a beaucoup fréquenté. Avant, elle avait su se perdre à Tokyo ou dans les froufrous de robes flottantes, en restant dans le “contemplatif”. Cette fois, elle a semble-t-il cherché le dénuement. Mais de contemplatif à paresseux, il n’y a qu’un pas qu’elle vient peut-être bien de franchir. On est si bien au bord de la piscine qu’il est tentant de ne plus en bouger.

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