Suspiria : ça gicle sur les tutus !

01/12/07 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : ,

Alors que l’ultime volet de la trilogie des « Trois Mères » de Dario Argento, La Terza Madre, tarde à débouler sur nos écrans, l’épisode originel s’offre un lifting pour son 30e anniversaire. Pour les aficionados du maître du giallo*, la liste au père Noël se résumera donc à ça : le DVD collector de Suspiria.

Les expérimentations visuelles d’Argento tombant souvent à plat sur 35 millimètres, force est de constater que la nouvelle copie numérique haute définition lui rend enfin hommage, même si les contrastes saisissants, déjà marquants dans les années 1970, prennent un sacré coup de vieux, à l’heure où l’hémoglobine factice évite de plus en plus le rouge vif et la texture ketchup.
Il n’en demeure pas moins que l’œuvre phare de la filmographie de Dario Argento, duquel on peut toutefois préférer le non moins mythique Profondo Rosso (Les Frissons de l’Angoisse en VF, titre qui s’apparente à un gros foutage de gueule), méritait toutes les largesses offertes par ce coffret précieux, où le DVD de bonus fait déjà saliver : entretiens avec le réalisateur, témoignages de sa « famille de cinéma », rencontres avec plusieurs membres-clés de l’équipe du film (directeur photo, chef décorateur…), ainsi qu’avec des metteurs en scène ayant trouvé en Argento une source d’inspiration pérenne (Gaspar Noé, Christophe Gans…). Sans oublier les inévitables galeries photos, filmographies, bande-annonce… Cerise sur le gâteau, le CD de la bande originale du film, à écouter la nuit dans le noir. Un thème musical lancinant et flippant que les « Goblin » ont fait entrer dans la légende du cinéma d’horreur (allez… du cinéma tout court).

Le film, lui, assumait déjà son décalage scénaristique dans les années 1970, décennie brodée de fil d’or pour les réalisateurs de films d’horreur livrant alors leurs lots de psychopathes et de péloches découpées à coups de tronçonneuse. Faisant fi de la mouvance « Serial Killer », Argento livre en pâture de frêles danseuses à une clique de vieilles sorcières avides d’éternité. Un mythe dont, à l’époque, tout le monde se fout. Trente ans plus tard, la situation n’a pas vraiment changé, les spectateurs tolérant tout juste la présence de sorcières chez Walt Disney.

Mais là ne réside pas l’intérêt du long-métrage d’Argento, qui prend pour prétexte une histoire vieille comme le monde pour expérimenter, à la manière d’un peintre en transe, de nouvelles palettes chromatiques. La cohabitation permanente dans un même plan de couleurs chaudes criardes et de reflets froids franchement inquiétants ne trouvera son pareil – et encore – que dans le second volet de sa trilogie, Inferno, avec moins de répercussions. Dans Suspiria, le baroque terrasse le gothique (un comble, pour une histoire de sorcellerie), la femme tient le couteau, les cœurs battent en gros plan, le sang s’étale au pinceau… Le gore transalpin des années 1970 ne fait pas dans la dentelle, mais si le film a fait sensation contre toute attente en 1977, la peur viscérale ne sera sans doute pas au rendez-vous pour les néophytes. Du sang a coulé sous les ponts. Mais le giallo d’Argento a de beaux restes : esthétique majestueuse, explosions baroques de couleurs, séquences montées comme sur la scène d’un opéra, détails ciselés avec un souci d’orfèvre (on peut à ce titre souligner le travail exceptionnel du chef décorateur et les trouvailles visuelles époustouflantes – comme le verre de vin, la plume de paon ou les draps blancs)… Une manière picturale de filmer l’horreur, dont se réclament de nombreux cinéastes avec plus ou moins de succès (Del Toro pour le meilleur, Eli Roth pour le pire).

Enfin, les fans de Brian De Palma redécouvriront avec plaisir l’actrice Jessica Harper, fantasme du Phantom of the Paradise (1974), et qui une fois de plus, n’échappe pas à ses démons.

* Le giallo est un genre cinématographique, principalement italien, à la frontière entre le cinéma policier, le cinéma de terreur, le fantastique et l’érotisme qui a connu son heure de gloire dans les années 1960 à 1980. Les deux réalisateurs phares du giallo sont Mario Bava et Dario Argento. Il emprunte son nom à celui donné en Italie au roman policier (source : Wikipedia)

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