Synecdoche, New York

01/11/09 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags :

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Rassembler les fils de sa vie. Crever l’écran de ses nuits blanches. Vieillir. Organiser le chaos. Se confronter à sa propre finitude. « Je » est un autre, l’autre c’est moi aussi. Aimer. All the world is a stage… et seul le vrai est aimable. L’art et la vie qui se parlent en écho. Principe de réalité. Être aimé. Souffrir des erreurs du passé, en oublier de construire le présent. Être le centre du monde. Insignifiant. Qu’est-ce qui nous rend uniques ?

Geste de démiurge :

Geste de démiurge : se mettre en retrait, laisser passer la vie devant soi pour tenter de la capturer. En oublier de la vivre. Et mourir.

Plaqué par sa femme, Caden Cotard, metteur en scène hypocondriaque et déprimé, entreprend de monter une pièce définitive, l’œuvre de sa vie. Sur un plateau géant, il recrée New York, et embauche des doublures pour recréer sa propre vie, mot pour mot. Ses fantasmes, rêves, souvenirs, traumatismes se mêlent sur la scène dans une folle mise en abyme : la réalité rejoint la fiction, la fiction rejoint la réalité, etc. « Synecdoque » : en français comme en anglais, une figure de style qui signifie la partie prise pour le tout et le tout pris pour la partie. L’individu pour le monde, l’art pour la vie.

La première réalisation de Charlie Kaufman est exactement ce qu’on pouvait attendre d’un film réalisé par un scénariste avec une patte aussi marquée : quelque chose de bavard, de jus de cerveau très démonstratif. Le genre de film à vous faire rejouer le débat sur la politique des auteurs : qui doit assumer la paternité d’un film, en définitive : le réal ou le scénariste ? faut-il choisir ? A la lumière de ce film, Michel Gondry (Eternal Sunshine of the spotless mind), et Spike Jonze (Dans la peau de John Malkovitch, Adaptation) pâlissent tandis que l’étoile Kaufman – qui a scénarisé ces quatre films – monte à l’horizon. Le fil conducteur, l’âme de ces long-métrages nous saute ici au visage : quelque chose du temps qui fuit, de la mélancolie, du monde et de la vie comme construction mentale malléable à l’envie. Et une obsession pour le geste artistique.

Entre Woody Allen et Richard Kelly

D’une ambition démesurée, Synecdoche porte en lui des interrogations à la fois très naïves, anciennes et pures. C’est un grand film torturé et farouche, anxiogène et parfois chiant comme la mort, qui s’interroge sur Les Grandes Questions de la Vie. Il faudra accepter de s’accrocher pour suivre ses jeux d’échos incessants entre différentes réalités, et son dédain assumé des conventions. Comme cette maison perpétuellement en flammes où vit l’un des personnages principaux, et ce temps qui file d’une bien curieuse manière. C’est aussi bardé de sens, de fulgurances, beau, tendre et profond, dans la lignée d’Eternal Sunshine – l’un des films de chevet de la rédaction, ou d’un Woody Allen filmé par Richard Kelly (Donnie Darko, Southland Tales)

Laminé par les critiques français, échec commercial dans les rares pays où il est sorti, Synecdoche… exige une réhabilitation en DVD. Sortie le 7 octobre avec des bonus elliptiques :

* Autour de Synecdoche, New York  : making of promotionnel (19′)
* L’histoire de Caden Cotard  : entretien vachement bien avec Philip Seymour Hoffman sur son personnage et son travail avec Charlie Kaufman (12′)
* Master Class de Charlie Kaufman (28′) : quelques questions sur les films du monsieur, très bien mais ne remplace pas un commentaire audio digne de ce nom.
* Bande-annonce
* Bio-filmographies de Charlie Kaufman et Philip Seymour Hoffman

(Quant à ceux qui ne comprendraient strictement rien au film : écoutez de toutes vos oreilles le monologue du prêtre, et le long passage de fin)

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