The artist : bla, bla, bla, bla…

11/10/11 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags :

Hollywood, 1927. George Valentin est une vedette du cinéma muet à qui tout sourit. L’arrivée des films parlants va le faire sombrer dans l’oubli. Peppy Miller, jeune figurante, va elle, être propulsée au firmament des stars.

Ôter la parole à des acteurs français dans un film sur Hollywood, 18 ans après avoir donné une seconde voix française à des acteurs hollywoodiens (in Le Grand Détournement) : la démarche artistique de Michel Hazanavicius n’est pas banale. Elle se tient. Il y a dans The Artist, comme dans cette fameuse Classe Américaine rendue culte par un John Wayne drôlement canonisé, une fascination prégnante pour le mythe. Et tout en évoquant – jusqu’à le citer de façon excessive – les grandes heures du cinéma muet (celui des Lumières de la Ville, ou de L’Aurore), Hazanavicius fait honneur à son propre cinéma, au cinéma français dans sa globalité, livrant un objet à la dimension paradoxalement très personnelle, et dans lequel cohabitent dans un même silence Jean Dujardin, Bérénice Béjo, John Goodman, James Cromwell, Penelope Ann Miller et Malcolm McDowell (pour une apparition très anecdotique). Privés de leur voix, tous ces acteurs le sont aussi de leurs nationalités : on ne soucie plus de savoir si l’école française prévaut sur l’actor’s studio, car ici, tous jouent avec leurs corps – avec les sourcils, dans le cas de Dujardin – ils n’ont plus que ça pour faire vivre leurs personnages.

LE DERNIER RETRO

Le seul, dans ces circonstances, à devoir donner sa parole au film – car c’est bien à The Artist, et pas à son interprète, de devoir s’expliquer sur sa légitimité à exister dans les années 2000 – c’est Michel Hazanavicius. On sait le réalisateur capable du meilleur (OSS 117 – Le Caire nid d’espions) comme du meilleur (OSS 117 – Rio ne répond plus). On attendait de lui qu’il relève ce pari absolument dément avec l’ironie qui le caractérise depuis La Classe Américaine : on avait tort. Car contrairement à son prédécesseur, Mel Brooks, et son hilarant Silent Movie (que les déferlantes d’articles et de critiques vont avoir tendance à oublier) c’est dans le registre du mélodrame qu’il va ancrer son Artist. Et au cœur d’une intrigue simple, gentille, imperméable au sarcasme, Hazanavicius sublime la mise en abyme et le méta-cinéma, filmant les tournages, les réalisateurs, les acteurs qui pleurent, ceux qui rient, les films qui défilent sur les écrans et les figurants qui gesticulent, avec un plaisir enfantin de cinéphile. En dépit d’une image beaucoup trop propre pour ne pas refléter les évolutions de ce 7ème art dont il dépeint les premiers pas mal assurés (c’est bien là le seul gros regret éprouvé à la vision du film), The Artist est une réussite. Elle n’en appelle aucune autre : on imagine mal, ici ou ailleurs, d’autres réalisateurs se frotter à l’exercice, même si The Artist est condamné au succès.

Justice est faite aujourd’hui pour cet immense acteur qu’est Jean Dujardin, jusqu’alors engoncé dans ses oripeaux d’Auguste malgré ses belles incursions chez Jan Kounen (99 Francs) et Nicole Garcia (Un Balcon sur la Mer), et qui ici, mime le succès, la déchéance, la colère et le chagrin, avec une aisance étonnante. Entre Clark Gable et James Stewart, l’Artist qu’il incarne offre à l’acteur l’occasion de briller au delà des mots. Comment mime t-on “bravo” avec les sourcils ?

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