The Incident : le coup de la panne

04/07/12 par  |  publié dans : Cinéma, DVDs | Tags : , ,

Trois amis, membres d’un groupe de rock, rêvent d’enregistrer leur premier album. En attendant, ils gagnent leur vie comme cuisiniers dans un institut psychiatrique. Un soir, un violent orage provoque une coupure de courant. Le système de sécurité de l’établissement tombe en panne, enfermant les trois hommes avec les patients, qui profitent de l’occasion pour sortir de leurs cellules.

On aurait pu découvrir Alexandre Courtès avec Les Infidèles, dont il signait quelques segments en toute discrétion, dans l’ombre de Hazanavicius et Dujardin. On a eu le réflexe d’aller voir, au dernier festival de Gérardmer, ce dont le réalisateur était capable tout seul. Pas sur son nom, certes, mais sur le synopsis de son film (son premier), au postulat on ne peut plus éculé : un asile, trois gentils cuistots, de dangereux aliénés, une coupure de courant… Ça s’appelle The Incident, et tout en balisant un chemin scénaristique usé jusqu’à la pierre, ce film-là est une bombe d’inventivité.

Alexandre Courtès vient du clip (il a notamment collaboré avec U2, Daft Punk et les White Stripes). Pour certains, ce type de background est handicapant (Tony Kaye, American History X). Pour d’autres, il est précieux (Michel Gondry, Human Nature, Eternal Sunshine of a Spotless Mind). Chez Courtès, on fait abstraction. Ici, le seul lien entre son passé de clippeur et son actualité de cinéaste, ce sont ses personnages centraux, quatre musiciens rêvant de gloire. A aucun moment il ne fait le choix de les enfermer dans une mise en scène saturée d’esbroufe et de boursouflures visuelles sans raison d’être. A aucun moment, ou presque : la fin, qui divisera les amateurs d’épouvante vintage (tendance 70-80) et les fans de twists invraisemblables (école 90-2000). Mais avant la fin, il y a le reste. Et dés les premières scènes, en apparence anodines (par la suite, constater qu’un simple mouvement de caméra suffit à annoncer le drame à venir tient du plaisir de cinéphile), les ambitions visuelles sont clairement posées : The Incident marche sur les traces de John Carpenter (on pense évidemment à Assaut, et moins évidemment à The Thing), référence assumée de ce long-métrage où tout, de la très belle utilisation du cinémascope à la bande son inquiétante, de l’angoisse distillée à une exploitation remarquable de l’espace, transpire l’hommage.

La citation sert ici la vision d’un cinéma préférant la peur hors-champ aux séquences faussement jusqu’au-boutistes et inutilement violentes (Xavier Gens, autre cinéaste français exporté, s’y était cassé les dents avec The Divide). Le retour à une horreur qui prend son temps, très loin des standards actuels. Malgré quelques passages éprouvants (dont celui où un homme est brûlé vif sur une gazinière et surtout, celui de “l’épluchage”, à laquelle on prédit un bel avenir comme scène-référence pour nombre de films d’horreur à venir), The Incident ne se veut pas gore malgré son postulat, et fait le choix du viscéral, de la tension, du “survival” enfin crédible (un exploit, de nos jours). A ce titre, la façon dont Courtès met à profit le moindre recoin de l’asile et le peu de lumière dont il finit par disposer (le récit étant en partie axé sur une coupure de courant) est une prouesse. On appréciera aussi, même si le procédé peut paraître évident, l’utilisation de la vitre entre les patients et les cuistots, qui sépare le monde de la folie de celui de la raison. Il faudra attendre qu’elle se brise pour que les repères se brouillent. Attendu, peut-être, mais efficace. Cette cohabitation brutale entre deux univers mentaux est le moteur du film, elle justifie tout, y compris les défauts : les ellipses inexplicables, l’antagonisme trop appuyé entre les leaders des deux camps, les incohérences qui jalonnent le scénario… et la fin, donc, aussi logique que déstabilisante. Après avoir évité les écueils de la violence gratuite, The Incident cède au twist final : une maladresse qui n’empêche pas le film d’être une vraie bonne surprise, et de mettre Alexandre Courtès enfin dans la lumière.

The Incident, d’Alexandre Courtès. Avec Rupert Evans, Richard Brake…

En DVD, Blu Ray et VOD le 4 juillet

Lire aussi: * The Incident au festival de Gérardmer

Mardi prochain sur Envrak : Alexandre Courtès en interview vidéo, et plus d’infos sur les bonus du DVD The Incident. Restez connectés.

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